vendredi 19 avril 2013

Tonneins : guérir par l’hypnose ?

Un quadragénaire démarre une activité d’hypnothérapeute dans le Tonneinquais. Décryptage d’une profession ouverte à tous les fantasmes.
Qui n’a pas encore eu entre les mains ce tract publicitaire de couleur jaune qui annonce l’arrivée d’un hypnothérapeute dans le Tonneinquais ? David C. prospecte depuis un mois à Tonneins. Il compte s’installer à Marmande à la rentrée prochaine. L’homme de 41 ans confie avoir eu « une vie chaotique » après la vente de la ferme familiale. Maçon un temps, il tombe malade et doit raccrocher la truelle. Il se lance alors dans la naturopathie pour « guérir sans médicament », avant d’atterrir à l’École française d’hypnose où il suit une semaine de formation pour devenir hypnothérapeute.

État modifié de conscience

« J’avais une maladie inflammatoire de la colonne vertébrale. Les médecins disaient que mon corps allait se paralyser si je ne me faisais pas perfuser tous les mois à l’hôpital. » David C. prétend se soigner sans médicament. Selon lui, il n’y a rien de sorcier. « Je fais attention à ce que je mange, je fais un peu de sport et je me suis auto-hypnotisé. » Tout simplement !

L’ancien maçon dit pouvoir aider les Tonneinquais à travailler sur eux-mêmes en accédant à leur inconscient par hypnose. David C. utilise la méthode du professeur Erik Erikson qui fait des émules en France. La technique consiste à mettre le client dans un « état modifié de conscience » afin de suggérer un nouveau comportement à l’inconscient.

« Nous ne parlons pas de patients, mais bien de clients, car nous ne prodiguons pas des soins, nous appliquons des thérapies brèves », tient à préciser David C. . Il assure, par exemple, pouvoir faire disparaître l’envie de fumer en deux séances d’hypnose.

La séance débute par l’anamnèse (« souvenir » en grec) qui est le récit des antécédents du client. Ce dernier raconte sa vie en une demi-heure au thérapeute qui débute en suivant l’hypnose proprement dite. « L’objectif est de saturer la conscience du client assoupi dans un fauteuil, concentré sur sa propre respiration, les yeux fermés en fixant un point. On va l’ennuyer par des paroles, jusqu’à ce qu’il accepte qu’on lui suggère une histoire. »

Des sceptiques

Ceux qui veulent arrêter de fumer sont invités à s’imaginer une montgolfière qui monte dans les nuages en lâchant du leste. Les phobiques, quant à eux, ont besoin d’au moins cinq séances. « Il va de soi qu’on ne fait pas monter un client qui a le vertige dans une montgolfière. On préférera le faire descendre un escalier qui conduit à une porte. »

Mais dans le Tonneinquais, on a encore du mal à croire en l’hypnothérapie. Certains sont méfiants, d’autres carrément hostiles. Benssaoud raconte qu’au Maroc, des comme lui, il y en a beaucoup. « Ils ont chacun leur façon de faire. Ils mélangent quelques fois l’hypnose avec la religion ou la sorcellerie. Ils visent les vieilles personnes ou les personnes fragiles pour leur prendre de l’argent. »

David C. se défend d’être un charlatan sans prétendre être un psychologue ou psychothérapeute. À bon endormeur…

Par Olivier Darrioumerle

Source : Sud Ouest, vendredi 19 avril 2013