dimanche 14 avril 2013

Secte - Nantes, le combat d’une mère pour retrouver sa fille

TEMOIGNAGE – Il y a trois ans, Fathia Wycisk a vu sa fille de 18 ans partir de chez elle, pour rejoindre les témoins de Jehovah. Depuis, elle n’a quasiment plus de contacts. Elle a pris un avocat pour tenter de récupérer sa fille. 

Fatiha a choisi de se battre sur le terrain de la justice pour tenter de retrouver sa fille. Elle alimente 
aussi une page Facebook intitulée "Les Témoins de Jéhovah ont endoctriné mon enfant". Photo : SL/Metr

Fatiha Wycisk n’a pas vu sa fille depuis trois ans. Quand elle en parle, les larmes lui montent aux yeux : à 18 ans, Maroussia, a quitté la maison, pour rejoindre les Témoins de Jéhovah. Sa mère n’a plus que de rares contacts. Depuis ce jour, elle lutte pour récupérer sa fille.

De 1975 à 1985, Fatiha a elle-même fait partie de cette communauté, considérée par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) comme une "groupe à dérive sectaire". "J’y suis rentrée à l'âge de 15 ans", explique-t-elle. En quête de spiritualité, Fatiha se fait baptiser, fait du porte-à-porte, participe à des réunions trois soirs par semaine.

 Excommuniée des Témoins de Jéhovah

Puis peu à peu, elle prend conscience d’un "endoctrinement" : "Je me coupais de mon entourage. Au début, les Témoins nous déroulent le tapis rouge. Puis il faut donner de l’argent, se justifier quand on n’est pas présent..." Pour avoir choisi de partir, Fatiha est excommuniée : les membres avec qui elle a partagé sa vie n’ont plus le droit de lui parler. "Je me suis retrouvée toute seule, avec mes deux filles. Cela a été très douloureux."

La jeune femme tente de se reconstruire. Jusqu’à ce qu’en 2003, des Témoins de Jéhovah tapent à sa porte. En grande précarité, affaiblie par une maladie, Fatiha accepte qu'ils parlent avec sa fille de 11 ans, pour des études bibliques". Elle reconnaît sa faiblesse : "Je voulais juste donner à ma fille un catéchisme de base. Je pensais pouvoir contrôler."

"Ils font beaucoup de dégâts, en silence"

Mais peu à peu, Maroussia s’implique de plus en plus dans l’organisation. "Elle s’est trouvée une famille de substitution. J'ai senti que je la perdais", reconnaît sa mère. En juin 2010, à sa majorité, Maroussia quitte la maison. "Elle m’a juste dit qu’elle partait. Les Témoins de Jéhovah lui avaient trouvé un logement et un travail", raconte Fatiha.

Alors elle a choisi de se battre. D’abord sur le terrain de la justice : Fatiha a pris un avocat, qui tente de démontrer le caractère sectaire du dossier pour abus de faiblesse. Une plainte a été déposée en 2010 auprès du procureur. En février dernier, Fatiha a été convoquée par un juge d’instruction, une enquête a été ouverte. Cette mère a aussi choisi de parler : "Je veux témoigner, pour qu’on sache qui sont ces Témoins de Jéhovah. Ils travaillent en silence, mais sont très efficaces et font beaucoup de dégâts."
Christian Couillaud, responsable local des Témoins, déplore la médiatisation de l’affaire, pour laquelle "la jeune fille est majeure, elle a déjà eu l’occasion de s’expliquer sur cela." Pour lui, c’est un problème qui regarde uniquement la mère et la fille.

Source : Metrofrance, Nantes, 14 avril 2013
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Ziva, l’Géo ! Faites citer les Témoins

Ce n’est pas un détournement de mineur, juste un détournemaman orchestré de longue date. Les Témoins de Jéhovah ont parfois des problèmes de dates, mais pas pour repérer la fin de la minorité d’une adepte en milieu hostile
Préambule  : les Témoins de Jéhovah sont des gens très bien. Mais il faut être tolérant envers ceux qui ne les trouvent pas adorables. Comme Fatiha Wisick, qui vivait seule avec sa fille. Quelques jours après les dix-huit ans de cette dernière, en juin dernier, un mot sur la table de la cuisine. Maroussia a quitté la maison pour rejoindre les Témoins de Jéhovah, coupant les ponts avec sa mère qui n’a droit qu’à quelques vagues SMS et ne sait pas où dort sa fille. Les Témoins de Jéhovah qui ne fêtent jamais les anniversaires (c’est bassement païen) ont quand même bien repéré la date de sa majorité. La jeune fille peut donc refuser toute transmission sanguine, entrer dans l’organisation pyramidale, prévoir la fin des temps toutes les semaines, croire à la destruction de l’ancien monde, Armageddon, déjà annoncée pour 1914 (finalement non), puis 1925  (encore raté  !), reportée à 1975 (pas mieux), et désormais officiellement programmée pour 2034.
Emploi du temps
Seulement voilà, tout a commencé quand Maroussia était mineure. «  Ado, j’ai été moi même Témoin de Jéhovah, mais j’en suis sortie, dit sa mère, toujours très croyante. Quand ma fille avait 10  ans, j’étais malade, seule, et j’ai pensé que j’allais pouvoir accompagner une étude de la bible, une heure pas semaine à la maison, en prendre et en laisser. Les Témoins de Jéhovah ont su jouer sur mes peurs de la tentation de la drogue pour ma fille. Elle a été invitée à des pique-niques, elle a reçu des petits cadeaux. La situation m’a échappé  ». à 13 ans, Maroussia est enrôlée dans des tournées de porte-à-porte, pour faire du prêchi-prêcha le dimanche matin, accompagnée par un adulte Témoah de Jéovain. Entre huit et quinze heures par mois, sans compter les moments de prière quatre fois par jour, et trois réunions par semaine. La fille dîne enfermée dans sa chambre, prend ses distances avec sa mère. Réponse toute prête soufflée par les Témoins  : «  Le royaume de Dieu passe avant la famille  ». Passons. Bonne élève au collège puis au lycée, elle est quand même épuisée. Les Téjéhovah font le forcing pour qu’elle soit baptisée avant ses 18 ans. La mère refuse.
Evidemment, ces Témoins que rien le clament  : ce n’est pas une secte, ah mais pas du tout, d’ailleurs ce sont eux qui le disent, alors. Et puis c’est très mauvais pour le commerce, cette réputation.
Endurance
La mère a pris un avocat. Comme si le droit pouvait gérer le commerce des âmes. Me Benjamin Boucher a écrit une lettre aux Téhovah de moins J, alignant tout un tas de gros mots qu’on ne devrait pas répéter : «  état de sujétion  », «  chantage affectif  », «  conditionnement psychique  », «  emprise morale  », «   enfermement sectaire  », «  endoctrinement  » et tant qu’il y est, «  abus de faiblesse  », un truc réprimé par le code pénal, qui peut valoir jusqu’à trois ans à quatre ou cinq 24  h  /24 dans une cellule de méditation, matelas par terre, calendrier des mutineries à demander à l’administration pénitentiaire, transfusion sanguine sur rendez-vous.
On se demande où l’avocat va chercher tout ça. En fait, il a trouvé des mots dans les cahiers personnels où l’ado a consigné son quotidien et parle de sa «  famille égarée spirituellement  », recopie des phrases comme «  Le mari considère sa femme comme un vase précieux  », «  Le diable essaye de faire sombrer le monde dans l’indifférence spirituelle  », ou «  Ne pas renoncer  ! Endurer  !  »
Un mot d’un Témoin atteste comment on prépare à se défier des méchants  : «  As-tu rencontré des pressions sournoises (ou persécutions) dans les cadres familial, scolaire  ?  », écrit un certain Bruno Fouchez.
En 2006, un «  rapport parlementaire sur l’influence des mouvements à caractère sectaire sur la santé physique et mentale des mineur  » épingle les Témoins de Jéhovah sur le conditionnement et la culpabilisation des enfants, les troubles psychologiques induits par «  la séparation d’avec le monde  », la surcharge de l’emploi du temps, l’incapacité du développement de l’autonomie, les risques de non-dénonciation d’abus sexuels sur mineurs, le problème des transfusions sanguines.
Une décision du 8 avril 2008 de la cour d’appel de Caen a été transmise à tous les parquets. Elle indique qu’en matière de secte, un parent peut se constituer partie civile même pour un enfant majeur, et relever l’abus de faiblesse sur les années antérieures.
Il faut être tolérant. à Nantes, Mathieu Fohlen, substitut du procureur chargé des sectes, n’en a pas tenu compte    : «  L’enquête préliminaire vérifie juste si la jeune femme va bien. Il n’y a pas d’infraction pour l’instant. Quand elle était mineure, elle était sous l’autorité de sa mère...  » Pour Guy Canonici, président de la fédération des témoins de Jéhovah en France, «  Il ne s’agit que d’une affaire de mésentente familiale. Ça ne nous concerne pas pour l’instant  ». L’instant, ça doit être ce petit ennui juste avant la fin des temps.
Armand Guédon
Source : La Lettre à Lulu, n° 72 avril 2011 
http://www.lalettrealulu.com/Ziva-l-Geo--Faites-citer-les-Temoins_a2057.html