mercredi 31 octobre 2012

Angers - Accusation d’ésotérisme : la fac de médecine s’explique



POLEMIQUE Le professeur angevin Jean-Marc Mouillie, co-auteur de « Médecine, santé et sciences humaines », est accusé d’enseigner le chamanisme et l’ésotérisme à ses étudiants, dans le numéro 789 de Sciences et avenir. De quoi faire bondir la doyenne de la faculté de médecine, Isabelle Richard.
55h de sciences humaines en première année de médecine, 24h en deuxième et en troisième année : la faculté d’Angers suit scrupuleusement les règles établies par le ministère de l’Enseignement supérieur avant la réforme des études de médecine, en 2009, jamais reprécisées depuis, explique Isabelle Richard, doyenne de la faculté de médecine d’Angers. Elle l’assure : « Avec un coefficient de 20% en première année, 6% en deuxième et troisième année, il n’y a pas d’originalité angevine ».
Sur le contenu, pas de mystère non plus : sociologie, linguistique, épistémologie, histoire et droit médical en première année, approche de la bioéthique en deuxième année, éthique médicale et inégalités sociales de santé en troisième année. « Le programme est disponible sur internet, comme les cours qui sont tous filmés » souligne-t-elle. Le message est clair : pas question de se laisser démonter par l’enquête de Sciences et avenir, qui accuse l’université d’Angers d’ésotérisme, voire de sectarisme, dans son dernier numéro paru le 20 octobre.
Le professeur mis en cause, Jean-Marc Mouillie, rappelle que le manuel mis en cause
« Médecine, santé et sciences humaines », édité sous la responsabilité du Collège national des enseignants en sciences humaines et sociales en médecine, fait référence. « La question du chamanisme y est bien abordée, admet-il... En trois ou quatre pages sur plus de 300, comme d’autres médecines traditionnelles. Cela permet aux étudiants de comprendre que la médecine n’a pas toujours été scientifique, et donc de mieux appréhender les attentes des patients ».
L’objectif est « d’inciter les étudiants à développer leur esprit critique, leur capacité de questionnement... souligne Jean-Marc Mouillie. Je pourrais d’ailleurs inviter M. Hertel (l'auteur de l'article de Sciences et avenir, NDLR) à suivre cet enseignement ! Car réduire la médecine à l’application d’un savoir scientifique pose question. A Angers, nous avons l’ambition de former des médecins compétents, pratiquant un savoir scientifique, mais également conscients des responsabilités qui leur incombent ».
Depuis la parution de l’article, les principaux intéressés défendent d’ailleurs bec et ongles cet enseignement : la CoMA (corporation de médecine d’Angers) a cosigné un courrier de la direction destiné aux étudiants, exprimant « très fermement (son) soutien à l’enseignement dispensé en sciences humaines », et la Fé2A (fédération étudiante des associations angevines) a envoyé un courrier de soutien.
Selon la doyenne de la faculté, le « papier » est tout simplement « malveillant », avec un
« amalgame de plusieurs choses » : en effet, Sciences et avenir établit un lien entre des pratiques médicales liées à des sectes (qui n’ont rien à voir avec Angers) et une affaire de harcèlement moral, associée une dérive sectaire (survenue dans un laboratoire de l’Inserm à Angers). « Et entre ces deux éléments, pour faire le lien je dirais, on retrouve la critique de l’enseignement en sciences humaines à la faculté de médecine d’Angers » conclut Isabelle Rochard.
La doyenne de faculté de médecine n’a été contactée « ni avant, ni après » la parution de l’article, contrairement à Jean-Marc Mouillie qui avait reçu avant l’été un mail d’Olivier Hertel, l’auteur de l’enquête dans Sciences et avenir. « Pris dans les impératifs et les examens de fin d’année, je l’ai complètement oublié... Croyez bien que je m’en repends aujourd’hui ! »
L’université d’Angers a déjà demandé un droit de réponse aux différents médias qui se sont fait l’écho de cette « campagne » qui « nous fait un tort considérable » estime Isabelle Richard. « Nous avons envoyé un courrier à nos deux ministres de tutelle, ministre de l’Enseignement supérieur et ministre de la Santé, pour demander une inspection conjointe ». Cependant l’université n’envisage pas de porter plainte.
Source : La Tribune d’Angers, 31 octobre 2012
http://www.tribune-angers.fr/news/accusation-d-esoterisme-la-fac-de-medecine-s-explique jean-marc mouillié