jeudi 22 novembre 2012

Enseignement des sciences humaines, la polémique. Accusée d’ésotérisme, la fac de médecine d’Angers contre-attaque

Mise en cause par plusieurs articles de presse, la faculté de médecine d’Angers réfute l’introduction du chamanisme dans l’enseignement des sciences humaines qu’elle dispense à ses étudiants. Les doyens rappellent leur attachement à une matière « légitime et nécessaire ».
 
UN ARTICLE de Sciences et Avenir a mis en émoi l’Université d’Angers. Dans un dossier consacré aux sectes à l’hôpital, la revue a pointé du doigt un ouvrage collectif de sciences humaines et sociales (SHS) de 700 pages. Sciences et Avenir accuse la faculté d’exposer les « vertus supposées des thérapies chamaniques » et de dénigrer la médecine par les preuves (EBM) pendant le cursus en médecine. Cette mise en cause a été reprise par Ouest France fin octobre. Le coefficient « considérable » accordé aux sciences humaines dans le cursus de médecine (« 200 points sur 500 ») y était critiqué.

Devant ces accusations, l’Université d’Angers a souhaité réagir. « L’enseignement des sciences humaines dispensé à Angers ne représente que 20 % des enseignements obligatoires en première année, à savoir 200 points sur un total de 1000 », corrige le Pr Isabelle Richard, doyen d’Angers.

Surtout, la faculté réfute les accusations de chamanisme alors même que l’enseignement en sciences humaines présente aux étudiants des notions aussi diverses que le droit médical, l’histoire des sciences, la sociologie ou encore l’éthique. « L’évocation du chamanisme, cité dans l’article, s’inscrit dans une approche épistémologique et ne représente qu’une part infime de cet enseignement », précise l’université d’Angers, dans un communiqué mis en ligne sur son site Internet. Le président de l’université, Jean-Paul Saint-André, ajoute que le manuel mis en cause est « tout à fait légitime », et qu’il est au programme d’une vingtaine de facultés françaises.

Une matière défendue par les doyens.

Afin de lever tout soupçon sur la qualité de sa formation, Jean-Paul Saint-André a demandé une inspection aux ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé. Aucune décision n’a pour l’heure été prise par les pouvoirs publics. L’université d’Angers est très irritée par cette polémique. « Nous nous réservons le droit d’aller en justice », déclare Isabelle Richard. Selon plusieurs sources, un contentieux entre chercheurs pourrait être à l’origine de ces accusations d’infiltration de la faculté par des pratiques sectaires.

Cette affaire a en tout cas relancé l’opposition de certains universitaires contre les sciences humaines dans le cursus de médecine. « Nous sommes prêts à débattre de cette question mais pas sur la base de telles accusations », affirme le Pr Richard.

La faculté de médecine d’Angers a reçu le soutien de la conférence des doyens. « Nous défendons l’enseignement des sciences humaines pendant le premier cycle des études médicales, explique son président le Pr Dominique Perrotin. Il est complémentaire de la formation scientifique et clinique, mais aussi légitime et nécessaire à la formation de médecins conscients (...) des enjeux de la médecine humaniste qu’ils devront pratiquer ». A Angers, les SHS représentent 55 heures d’enseignement obligatoire en première année, et 24 heures par an en 2e et en 3e années. Des enseignements optionnels peuvent également être choisis par les étudiants.

Cette matière est le plus souvent appréciée des carabins. Une lettre de soutien a reçu la signature de plus d’un millier de personnes, majoritairement enseignants et étudiants en santé. « La grande force de la première année angevine, ce sont ses sciences humaines, confie une ex-P1, passée sur les bancs de la faculté en première année. J’y ai appris du droit, de la philosophie, de la sémiologie, de l’épistémologie... Cela permet de former des toubibs un peu plus ouverts ».
CHRISTOPHE GATTUSO

Source : Le Quotidien du Médecin, jeudi 22 novembre 2012
http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/formation/accusee-d-esoterisme-la-fac-de-medecine-d-angers-contre-attaque Mots-clefs: Jean-Marc Mouillie