mercredi 15 février 2012

Cherves-Richemont : un religieux condamné pour atteinte sexuelle sur enfant

Robert San Augustin Gomez, alias frère Luigi, était absent au moment du délibéré.

En janvier, le frère Luigi était à son procès. Hier, il était absent pour le délibéré. (Ph. archives T. Kluba/« so »)
Dix-huit mois de prison avec sursis, cinq années de suivi socio-judiciaire avec obligation de soins et deux années de prison ferme si ce suivi n'est pas respecté… Hier, Robert San Augustin Gomez, un missionnaire mexicain de la congrégation Saint-Jean de Cherves-Richemont, a été reconnu coupable d'atteinte sexuelle sur un enfant de 12 ans. Plus connu sous le nom de frère Luigi, Robert San Augustin Gomez devra verser 3 000 € de dommages et intérêts à sa victime, ainsi que 450 € pour chacun des parents du jeune homme.

Mais hier, au moment de la lecture du délibéré par Dominique Chinour, le président du tribunal d'Angoulême, le frère Luigi avait déserté les bancs du palais de justice, au grand dam de la télévision mexicaine qui avait fait le déplacement jusqu'au prétoire charentais.

Frère Luigi n'est pas né de la dernière pluie : le religieux savait qu'il n'avait rien à gagner à se montrer à l'heure du jugement. Une absence qui tranche avec la posture du prévenu, le 10 janvier dernier. Ce jour-là, encadré et soutenu par deux frères missionnaires, Robert San Augustin Gomez avait nié en bloc les accusations, dans la discrétion du huis clos judiciaire.

La victime lui reprochait pourtant avec force des attouchements, entre mars et septembre 2009, en marge d'un cours de catéchisme au collège Saint-Joseph de Cognac ou même dans la crypte de l'église de Richemont, au détour des préparatifs de la messe du dimanche. Depuis, le frère Luigi a été mis en examen dans le cadre d'une autre affaire de pédophilie, à Cluny. Une affaire actuellement instruite par le tribunal de grande instance de Mâcon.

Une lettre à l'évêque 

À Angoulême, la sanction pénale prononcée par le tribunal à l'encontre du religieux pédophile est conforme aux réquisitions du parquet. « Nous avons un regret. Qu'il n'ait jamais reconnu les faits. C'est quelque chose de très difficile à vivre pour la famille de la victime », note Me Virginie Barraud-Le Boulc'h, avocate des parties civiles.

Justement, à la sortie du tribunal, Olivier, le père la victime, serre les poings et ravale ses larmes. Non, il n'est pas soulagé par la peine prononcée, ni par la culpabilité reconnue du religieux. Persuadé que le frère Luigi fera appel, ou qu'il échappera au contrôle socio-judiciaire, protégé par sa communauté, à l'abri des cloîtres, l'homme a choisi de témoigner, à visage découvert, avec l'accord de son fils. « J'ai trouvé exécrable que cet homme sorte par la grande porte du tribunal, la dernière fois, soutenu par ses frères. Je suis catholique, mais nous ne devons pas avoir le même Dieu. »

Olivier a choisi de s'émouvoir de la situation auprès de l'évêque d'Angoulême, Mgr Dagens, « parce qu'il a une grande part de responsabilité » dans cette « loi du silence ».

« Je suis sûr que mon fils n'est pas la seule victime de cet homme », ajoute-t-il tout en constatant que le frère Luigi n'est pas le premier religieux à avoir ainsi fauté : « Si les organismes divers qui emploient les frères de la communauté ne remettent pas cela en cause, je le dirai haut et fort. Pour moi, c'est la communauté religieuse dans son ensemble. Être chrétien, ce n'est pas aller à la messe le dimanche et multiplier les vacheries pendant la messe. Et je n'oublie pas qu'ils ont voulu faire passer mon fils pour un menteur. »

Dans la soirée, la communauté Saint-Jean s'exprimait par communiqué. Un texte racontant que la communauté avait encouragé la maman de la victime à porter plainte. « Nous tirons les leçons de cette histoire pour sensibiliser encore davantage nos frères à cette question de la pédophilie », dit également le communiqué.

Par Bertrand Ruiz

Source: Sud Ouest, mercredi 15 février 2012
http://www.sudouest.fr/2012/02/15/luigi-fait-faux-bond-633688-813.php