lundi 5 mars 2012

Angers - L'article de Rue 89 peut réapparaître

Le juge des référés de la cour d'appel d'Angers considère qu'il ne constitue pas un trouble manifestement illicite.

Deux juges et deux décisions opposées. L'article du journaliste nantais Nicolas de la Casinière, publié sur le e-journal Rue 89, et intitulé «  Face au cancer, la fasciathérapie continue de diviser à Angers »,  divise aussi les magistrats angevins. En octobre 2011, la juge des référés du tribunal de grande instance avait prononcé sa suppression : « Cet article litigieux conduit le lecteur à une confusion. Il porte atteinte à l'honneur et à la considération d'un médecin immunologue et à l'Institut de cancérologie de l'Ouest. »

Revirement complet, la semaine dernière. En appel, une seconde juge des référés soutient le contraire : « Cet article s'inscrit dans une discussion de santé publique et dans la mise en garde des dangers que représentent les sectes ou leurs groupes satellites. »

Dans son écrit, Nicolas de la Casinière racontait que la fasciathérapie, une technique thérapeutique à base de massages, introduite au CHU d'Angers depuis 2007, n'avait aucune valeur scientifique. Il l'assimilait à un mouvement sectaire prétendant soigner les malades atteints d'un cancer. Et évoquait « des méthodes de charlatans et des pratiques douteuses ».

« Un article mensonger d'insinuations et d'affirmations déguisées », avaient relevé les avocats du médecin incriminé et de l'Institut de cancérologie de l'Ouest. Quand l'avocat du journaliste et du site Rue 89 parlait de censure : «Nous apportons preuves et documents qui ont inspiré le journaliste.»

La magistrate de la cour d'appel, sans se prononcer sur le fond de la diffamation, qui sera évoqué le 21 mai prochain à Angers, relève : « L'enquête journalistique de Nicolas de la Casinière s'accorde d'une objectivité apparente. Les imputations précises présentées sur une forme polémique ne dénotent d'aucune animosité personnelle contre quiconque. » Alors, pour elle, « il ne relevait pas des pouvoirs du juge des référés d'ordonner la suppression sous astreinte de cet article ».

Yves LAUNAY

Source: Angers.Maville.com, Lundi 05 mars 2012,
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Un journaliste assigné en diffamation

Un médecin chercheur angevin et l’institut de cancérologie de l’Ouest demandent la suppression d’un article sur un site.
« C'est ignoble. Un tel article mensonger fissure le fondement de la liberté de la presse ! » Le bâtonnier d'Angers, Alain Fouquet, ne mâche pas ses mots : « Au fil d'affirmations déguisées et d'insinuations, ce journaliste stigmatise l’Institut de cancérologie et un médecin immunologue. Il faut enlever immédiatement cet article sur le net. »
Dans la salle d'audience, devant le tribunal des référés d'Angers, le journaliste nantais Nicolas de la Casinière et le directeur de la publication du site internet Rue 89 lèvent les yeux au ciel. « C’est de la censure », tonne leur avocat parisien, Me Antoine Comte. Et ce- lui-ci de demander au juge des référés, Geneviève Le Callenec, de botter en touche : « Vous n'êtes pas le juge de la diffamation mais de l'évidence. À savoir, y a-t-il ou pas un trouble manifestement illicite ? » , Et I' avocat de soutenir: « J'apporte des preuves, les documents et pièces qui ont inspiré le journaliste. »
Dans un long article intitulé « Face au cancer, Ia fasciathérapie continue de diviser à Angers », le journaliste raconte que cette technique thérapeutique n'a aucune validation scientifique. Pire, Nicolas de la Casinière l'assimile à un mouvement sectaire prétendant soigner les malades « avec des méthodes de charlatans et des pratiques douteuses ». Et de désigner alors le médecin chercheur, une femme, et plusieurs de ses collègues, à l'origine de cette thérapie introduite depuis 2007 à I' hôpital d'Angers auprès de malades atteints de cancer.
« C’est honteux, a repris Me Pascal Rouiller pour I' Institut de cancérologie de l'Ouest. Que vont penser les malades et les familles lorsqu'on traite de charlatans leurs médecins ? Et lorsqu'on insinue que cet institut héberge des membres d’un mouvement sectaire ? » L'avocat, comme son collègue Me Alain Fouquet, demande la suppression de l’article sous astreinte de 1 000 € par jour, et la publication, durant deux mois, du jugement des référés d’Angers.
Réponse du juge le 20 octobre.
Yves LAUNAY.
Source : Ouest-France, Angers, 7 octobre 2011
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Face au cancer, la fasciathérapie continue de diviser à Angers
 
Nicolas de la Casinière | Journaliste

(D’Angers) Dans les couloirs du centre de cancérologie d’Angers, jusqu’ici dénommé Centre Paul-Papin, on appelle ça des thérapies adjuvantes, ou « soins de support en soins palliatifs ». Ni reconnue ni règlementée, la fasciathérapie n’a aucune validation scientifique, mais elle a quand même été introduite en 2007 et 2008 par l’hôpital d’Angers qui a financé l’étude en son sein.

Sans précédent dans le circuit de la santé publique, ce premier test clinique est intitulé « Essai randomisé évaluant l’efficacité de la fasciathérapie en soin de patientes ayant un cancer du sein et recevant une chimiothérapie adjuvante ». Avec notamment pour but d’« évaluer l’impact de la fasciathérapie sur la qualité de vie, le sentiment d’existence, et la prescription des autres soins de support ».

Un "bien-être" et une douleur "possiblement" réduite 

L’étude auprès de huit malades conclut que le massage procure un « bien-être » dans les trois quarts des cas et réduit « possiblement » la douleur. Un diplôme universitaire, « Stress, traumatisme et pathologies », a par ailleurs été soutenu à la fac de médecine Pitié-Salpétrière en 2008, validant le bien fondé de la fasciathérapie en s’appuyant sur la première étude clinique réalisée à Angers sur les huit patientes.

Une seconde étude clinique est lancée depuis septembre 2010 : « La fasciathérapie comme soin de support chez les patientes traitées par chimiothérapie adjuvante pour un cancer du sein », dûment enregistrée par le site de l'Institut national du cancer (Inca). L’étude s’achèvera dans six mois. Réalisées par un praticien privé payé en honoraires, 138 séances de fasciathérapie sont prévues, pour 23 patientes.

Des oncologues aux côtés du maître à penser

Le 28 mars 2009, deux médecins de l’Institut de cancérologie de l’Ouest (ex-Centre Paul-Papin), Eric Jadaud et Martine Georgin-Mège, tous deux oncologues et radiothérapeutes, participent à Ivry-sur-Seine à une table ronde avec Danis Bois, le maître à penser de la fasciathérapie.

Le cancer est fâché avec les miracles

L’alerte a été lancée très officiellement. Attention aux "traitements miracles“ et méthodes de charlatan prétendant soigner les malades, préviennent l’Inca, l’Institut national du cancer, et la Miviludes.
Si les deux organismes mettent en garde contre les dangers des pratiques douteuses "non validées scientifiquement", ce même institut valide pourtant des pratiques de fasciathérapie. "Un genre de massage qui entend soigner autant le corps que l’esprit. Ce n’est pas une médecine conventionnelle, mais elle n’est pratiquée que par des kinés diplomés", assure Danis Bois.

Danis Bois a été séduit il y a trente ans par un certain Shri Ram Chandra dont le mouvement en France a été depuis repéré par les Renseignements généraux (RG). Il raconte dans un livre paru en 1995 comment il a rencontré le "maître", lui a demandé sa "bénédiction" pour ouvrir une école de thérapie manuelle en France, et a travaillé avec son "soutien invisible".
 
Mais il regrette aujourd’hui ces références, et considère cet épisode comme appartenant à un passé lointain :

"Après sa mort (en 1983), j’ai trouvé douteux celui qui lui a succédé et je suis devenu plus que dissident au mouvement, dont je n’ai jamais fait partie. Je suis un laïc !"
Dans leurs congrès internes, leurs publications, les partisans de ces pratiques ‘ holistiques ’ mettent en avant l’expérience d’Angers.

Ce qui permet de donner une caution scientifique à une prétendue thérapie, mise à l’index en 2007 par la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires et par l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes.

Eric Jadaud concède :

"C’est vrai, la fasciathérapie n’est pas reconnue comme standard thérapeutique, mais elle a toute sa place comme soin de support. Je sais qu’il y a une dimension spirituelle du soin, qui peut prêter à interprétation ou à déformation, mais physiologiquement, c’est intéressant.

On espère réduire les effets secondaires de la chimiothérapie et améliorer la qualité de vie. Je connais les thérapeutes, j’ai assisté à une formation à l’école de fasciathérapie. Rien à voir avec un esprit sectaire ou fumeux..."

La Miviludes : "L'irrationnel attire de plus en plus"

Très vigilant contre ces pratiques ‘considérées comme dangereuses en oncologie, car elles risquent de détourner les patients du traitement de référence ’, la Miviludes se focalise dans son rapport 2010 sur les traitements du cancer : " Le recours aux pratiques non-conventionnelles à visée thérapeutique est extrêmement fréquent. Il s’agit dans la majorité des cas de méthodes et de théories qui ont pour socle le discours d’un personnage emblématique, qui dans bien des cas présente toutes les caractéristiques du gourou, ou bien des approches de la santé dans l’air du temps et d’inspiration new age ".

Ces méthodes sont mises en œuvre le plus souvent par des non-médecins dont une majorité n’a bénéficié d’aucune formation académique [...]. En ce début du troisième millénaire, l’irrationnel attire de plus en plus.

"Il est difficile de lutter contre les "sectes" guérisseuses, car elles ne cessent de s’autodissoudre et de renaître. On assiste à une explosion de microstructures qui gravitent autour de la santé et qui diversifient leurs méthodes. ” (Télécharger le rapport) 

"Fort ascendant" et "suspicions d'abus sexuels"

Recrutée en 2003 au laboratoire Inserm d’Angers, Pascale Jeannin, médecin immunologue, s’avère très liée au groupe Omalpha, qui préconise la fasciathérapie, revendique le shivaïsme tantrique du Cachemire, et convie régulièrement à des conférences données par des membres de sectes reconnues, comme Ashram Shambala ou “ Académie du bonheur ” prônant le “ chamanisme sibérien ”.

Accusé de viols, d’agressions sexuelles et de création d’un groupe portant atteinte à la personnalité des adeptes, le Russe Konstantin Rudnev, gourou d'Ashram Shambala a été arrêté en octobre 2010. Il est jugé  depuis le 19 juillet à Novosibirsk.

A Angers, les tutelles sont prévenues de ces suspicions d’infiltration. Certains réagissent en interne contre le recours à des méthodes si peu orthodoxes. L’Inserm, le CNRS, la fac de médecine, la présidence de l’université angevine sont alertés, mais personne ne bouge. Seule la Miviludes a réagi, en novembre 2009, préconisant de prendre ses distances avec Omalpha. Le courrier adressé à l’université liste les dangers :
  • affirmation d’une vérité inconditionnelle ;
  • fort ascendant sur les adeptes ;
  • suspicions d’abus sexuels ;
  • existence d’un réseau international articulé autour d’échanges et de voyages ;
  • vente de prestation ;
  • liens avec des pratiques non-conventionnelles à visées thérapeutiques, notamment la fasciathérapie “ dont ni l’efficacité, ni l’innocuité ne sont avérées et qui ne sont pas reconnues par les instances médicales ”.
Procès en harcèlement moral et diffamation

Depuis le climat entre les équipes de recherche est des plus tendus. Pascale Jannin, l’immunologue membre d’Omalpha, multiplie les procès en harcèlement moral et diffamation, d’abord contre un chercheur reconnu, Hugues Gascan, oncologue.

Il dirige le labo de recherche qui l’a accueillie, et n’a pas caché sa défiance envers la fasciathérapie, la caution scientifique médicale apportée de l’intérieur et les accointances avec les mouvements ésotériques.

“ Je ne veux rien dire. Et si vous n’en parliez pas, ce serait mieux ”, répond Pascale Jeannin en renvoyant à son avocat Me Alain Fouquet qui résume l’affaire à “ un phénomène de rumeurs utilisé par un mandarin dans un but de harcèlement. Pascale Jeannin n’a pas le moindre rapport avec la fasciathérapie ”.

Quant à Omalpha, “ ce n’est pas une secte, juste une philosophie extrême-orientale... ”, selon l’avocat.

Une autre procédure a été lancée contre une représentante syndicale de la CGT Recherche qui a aussi mis en garde contre des dérives sectaires. Le procès se tiendra le 21 novembre à Angers.


Mise à jour et corrections 16/09/2011 et 21/09/2011 pour tenir compte des remarques de M.Bois.

Mots-clefs: Jean Bouchart d'Orval

Note du CIPPAD : à lire également sur le site Psiram : Ashram Shambala