lundi 4 mars 2013

Charente: la folie des médecines douces

Deux mondes quasiment parallèles. Dehors, les écolos, les bio, les producteurs, les constructeurs de maisons à énergie positive, des promoteurs du compost, et puis tiens, une Mia électrique, pour la conduite douce en auto partage.

Dedans, les «thérapeutes». Pas de quoi organiser un congrès médical, mais sur la porte de la salle de La Combe, à Saint-Yrieix, la longue liste des conférences annonce la couleur: la kinésiologie, un voyage vers soi; le reiki et les secrets du reboutement; l'ondobiologie, pratique du soin; le palpé drainant en auto-massage, ou encore le amma assis et le yoga du rire.

En rire ? Pas question. «C'est très sérieux». Julien A. est un jeune chef d'entreprise qui vend des purificateurs d'air sur internet. Il est l'organisateur du salon «Nature et Bien-être», neuf ans d'existence et une notoriété que l'entrée gratuite pour la première fois a décuplée, ce week-end.

Tous ses «invités» sont des thérapeutes. Presque tous Charentais. Les écoles sont souvent confidentielles, exotiques parfois, tout autant que les disciplines affichées. Sophrologie, shiatsu, biodanza... «Des médecines douces, sans les médicaments. Avec beaucoup de plantes» traduit Julien A. . «Je les connais tous. Ils reviennent d'une année sur l'autre. S'ils n'étaient pas sérieux, les gens ne reviendraient pas les voir».

Comme Delphine, qui revient chez Alain L. pour la troisième fois, se faire contrôler l'aura, le centrage interne, les sept centres d'énergie. Le travailleur social est aussi spécialiste de la bioénergie et son «échelle de Lecher», qui ressemble à une antenne télé, lui permet de mesurer vos sept centres d'énergie, les chakras, quoi. Delphine se marre face au profane dubitatif. «Ça m'apporte un bien-être.»

C'est la clé. Soulager. Roland D. , le Bordelais y a gagné un podium de concours d'innovation. Une étoile de boules de bois: il a inventé le palpé drainant en auto massage que des pros, kinés ou esthéticiennes commencent à utiliser. Attraper la lymphe et ne plus la lâcher pour éliminer les toxines. Une révolution et le succès depuis huit ans.

Parce que la médecine douce, ça marche. Eole S., à Dignac a bien dû conserver un mi-temps de fonction publique pour assurer l'ordinaire, mais elle commence à gagner des sous avec le amma assis, une technique de massage chorégraphiée, qu'elle garantit énergétique et relaxant, au point que des collectivités seraient prêtes à signer et la solliciter pour ses agents, «comme le font des chefs d'entreprise».

Cédric L. est ex-coach sportif, reconverti dans l'hypnose. Il est coach personnel, travaille le stress et l'assurance de soi. Il en vit. Il envisage de monter des cabinets publics d'hypnose, pour diffuser, expliquer.

A La Rochelle, Carole D. a monté sa société, pour expliquer que l'eau photonique c'est bien meilleur, parce qu'à l'instar des torrents de montagne, on lui a cassé les molécules, débridé les photons. Elle commercialise ses appareils à billes comme Alain P. , l'ancien président du salon, vend ses séances de reiki pour accompagner de bien-être les traitements médicaux. Comme Jean D. , «ondobiologue certifié», qui soigne par magnétisme humain, «sans manipulation, sans bracelets magnétiques qui pulsent trop fort». C'est parfois ardu de pénétrer ce monde parallèle. Il fait accepter le «lâcher-prise». Ce n'est pas de l'hypnose, «ni de la manipulation mentale». A Angoulême, il crée «des outils virtuels», pour pénétrer votre subconscient, pour en évacuer les énergies usées qui empêchent la régénération.

Patrick, 61 ans et son épouse, étaient venus pour la voiture électrique. Ils se sont intéressés au reste. «Mais c'est pas mon truc» lâche le sexagénaire. Il a tout de même vu que la lectrice de tarots ne dit pas la bonne aventure et que les mages marabouts sont restés à la porte. Mais si on avait affaire à des charlatans ? «Ça existe», concède Cédric L. . «Mais ils ne durent pas», rassure Julien A. . Philosophe, aussi, Jean D. , qui va s'attaquer à son diplôme de biochirurgie immatérielle, a le sens de la formule. «Au pire, qu'est-ce que vous risquez, à part aller mieux ?»

Par Jean-François BARRÉ

Source : La Charente Libre, 4 mars 2013,