jeudi 16 mai 2013

Rencontre avec un médecin qui étudie l'expérience de mort imminente

Un tunnel, une lumière... et après ?
Le tunnel, la lumière blanche..., des témoins après un coma ou un arrêt cardiaque, confient leur expérience de mort imminente. Que l'on y croit ou pas, leurs paroles nous interpellent. Un anesthésiste réanimateur, Jean-Jacques C., qui donne de nombreuses conférences sur le sujet en France et à l'étranger, était l'invité de l'association challandaise Espérance.
Qu'appelle-t-on l'expérience de mort imminente (EMI) ?
“L'état de mort clinique définitif correspond à l'arrêt du fonctionnement cérébral : deux encéphalogrammes plats pendant au moins vingt minutes, à quatre heures d'intervalle, en dehors des conditions de narcos (des produits injectés pour endormir le patient) ou d'hypothermie. Le patient ne peut pas revenir, donc on débranche le respirateur. En dehors de ces cas, on parle de mort clinique provisoire, c'est-à-dire un électroencéphalogramme plat.

Dans les quinze secondes qui suivent un arrêt cardiaque, le patient est en état de mort clinique provisoire et dans les conditions optimales de surveillance cardiaque, il y a une période incompressible d'au moins deux minutes avant de pouvoir réanimer un cœur.

Selon une étude, 18% sur 344 personnes qui avaient fait un arrêt cardiaque, ont témoigné d'avoir vécu une expérience de mort imminente, que j'appelle mort provisoire. Le pourcentage est plus réduit chez les comateux. Je pense que nous avons deux formes de conscience : une analytique, et une intuitive. La première nous situe dans le temps et l'espace. Elle est mise en sommeil au moment de la mort provisoire, mais aussi dans d'autres circonstances ne mettant pas en danger la vie : le sommeil, les expériences de médiumnité, de télépathie, de chamanisme, ou lors d'efforts physiques intenses. Alors, elle cesse d'occulter ce qui est du domaine de la perception extra-sensorielle et on entre en connexion avec notre conscience intuitive”.

Quels témoignages avez-vous recueilli ?

“Les réanimateurs sont les témoins privilégiés de ces personnes qui font des incursions dans l'au-delà. J'ai collecté plusieurs centaines de témoignages, pour la plupart de façon indirecte alors que d'autres professionnels, aucun. Le patient hésite à se confier à sa famille, à ses proches, aux médecins, de crainte d'être psychiatrisé, médicalisé, marginalisé, alors que, selon certains, ce qu'ils ont vécu est plus réel que le réel.

C'est l'expérience la plus importante de leur vie : ils quittent leur corps. C'est révolutionnaire car on nous a appris qu'on est un corps, pas qu'on a un corps. Certains m'ont vu essayant de les réanimer, en étant capables de décrire la scène très précisément. L'un m'a dit : “J'étais au-dessus de mon corps. Je me voyais”. Il semblerait, d'après ce qu'ils racontent, qu'il suffirait de penser à quelqu'un pour se trouver auprès de lui. C'est très troublant car ils sont capables de décrire des situations en temps réel, alors que leur cerveau ne fonctionne plus, c'est pourquoi je parle de conscience intuitive.

Ensuite, il y a ce passage dans une autre dimension, par un tunnel, un puits selon les images qu'ils emploient. Et là, ils sont confrontés à ce qu'ils appellent une lumière d'amour inconditionnel. Un amour tellement puissant qu'il balaie tous les amours terrestres et qu'ils ne veulent plus quitter. Certains revoient leur vie comme un film en accéléré, c'est la récognition. D'autres, c'est leur futur, dans la pré-cognition. Dans mon hypothèse, ils sont connectés à une banque de données universelle. Ils disent : “Je savais tout sur tout. J'avais l'omniscience. Maintenant que je suis revenu, je ne sais plus rien”. Quelque fois, ils rencontrent des êtres spirituels, des anges, des proches décédés qui leur disent de ne pas franchir cette frontière.
Ils reviennent complètement transformés. Ils vont se détacher des valeurs matérielles. Ils sont dans le don et la générosité. Ils témoignent dans des livres. Mes meilleurs professeurs n'ont pas été à l'université. Ce sont des gens qui reviennent avec ces questions : “Qu'as-tu fait de ta vie ? Qu'as-tu fait pour les autres ?””.

Que pensez-vous de la théorie selon laquelle ces personnes revivraient leur naissance ?

“Cet argument n'explique pas toute la phénoménologie de l'expérience. Comment quelqu'un qui revivrait sa naissance serait capable de décrire très précisément ce qui se passe ailleurs à ce moment même ? Des témoignages sont vérifiés, notamment dans l'association le centre d'étude de mort imminente, dont je fais partie. Mais il y a un parallèle intéressant entre la naissance et la mort : c'est le passage d'une dimension à une autre”.

Une explication pourrait aussi être celle d'une réaction chimique dans le cerveau ?
“Comment un patient dont le cerveau ne fonctionne plus pourrait nous donner ces témoignages ? Je ne pense pas, contrairement à la pensée matérialiste, que le cerveau est un organe qui secrète de la conscience, comme un poste qui fabriquerait des programmes. Quand le poste est cassé ou éteint, le programme continue. Dans mon hypothèse, le cerveau est un émetteur/récepteur d'information. Émetteur dans la télépathie et récepteur d'un ailleurs qui nous dépasse dans l'inspiration, la précognition, la médiumnité”.

Nous pourrions être “conditionnés” par notre éducation religieuse ?

“Je dirais plutôt par une éducation matérialiste qui dit que le cerveau sécrète de la conscience. Les spiritualistes, eux, pensent que nous possédons un corps un instant de vie et que nous nous échappons de ce corps. Il y a une confusion entre la religion et la spiritualité. Ces personnes ne sont pas plus religieuses qu'avant mais plus dans le monde spirituel, elles se sentent connectées entre elles, à l'univers, à l'amour universel. La religion peut être un excellent outil pour exprimer une spiritualité mais il n'est pas nécessaire d'être spirituel pour être religieux et inversement”.
Comment conciliez-vous dimension spirituelle et esprit cartésien ?
“Je m'identifie à un scientifique chercheur qui dit que ce n'est pas parce qu'une phénoménologie n'entre pas dans des dogmes fixés par la pensée matérialiste, qu'on doit la rejeter. Je pense qu'un scientifique doit observer tous les phénomènes et essayer de proposer une façon différente de penser, jusqu'à ce qu'un événement vienne contredire sa théorie.
Un jour, une idée obsédante s'est imposée à moi, qui me demandait d'intervenir auprès d'une patiente alors que je n'avais aucune raison de le faire. Quand elle s'est réveillée de son coma, elle m'a dit : “Je vous reconnais docteur. C'est vous qui m'avez sauvé la vie. Je vous disais d'aspirer cette sonde. Heureusement que vous m'avez écoutée”. J'ai reçu beaucoup de témoignages de soignants qui ont été guidés pour faire certains gestes qui ont sauvé leurs patients.
J'ai débuté un travail avec des médiums à la clinique car Il n'y a rien de plus frustrant pour un réanimateur que de ne pas connaître les pensées d'un patient. On a eu des informations très troublantes. Une médium, sans connaître le cas, m'a dit qu'un de mes patients était malheureux d'être seul, qu'il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé et qu'il voulait sortir avec ses copains. Ça colle avec son histoire : il vivait seul et un jour qu'il était avec ses amis, il a été victime d'une rupture d'anévrisme.
Je m'intéresse également à la médecine holistique. Je ne dis pas qu'il ne faut pas de médecine traditionnelle mais simplement qu'il faut travailler ensemble, dans l'intérêt du patient”.

Le sujet de “l'après-vie” est souvent décrié. Vous, qui dîtes “n'appartenir à aucun mouvement sectaire, philosophique ou religieux”, que répondez-vous aux sceptiques ?
“Qu'ils n'en sont pas car ils se mettent déjà dans un camp, en affirmant que la mort, c'est le néant. Mais ils ne peuvent pas fournir de preuve de cela, alors qu'il existe tous ces témoignages d'expérienceurs. Leur conclusion n'est pas du domaine du scepticisme, mais de la croyance”.

En même temps, c'est un thème très vendeur. Vous-même avez publié une dizaine d'ouvrages, vendez des DVD de vos conférences...
“Je gagne confortablement ma vie dans mon service de clinique. Je connais les arguments de mes détracteurs mais quand on met en balance mes droits d'auteur avec ces revenus, ils ne sont plus valables. L'argent n'est pas mon moteur. Comment irais-je mettre en danger mon statut social de cette manière ?”
Quelle relation entretenez-vous avec Jean-François B., président de l'association challandaise Espérance, qui vous a invité à venir donner une conférence à La Roche sur Yon ?

“Il m'a contacté, en même temps que des producteurs qui recherchaient des expérienceurs pour leur prochaine vidéo. Il m'a semblé très honnête dans son cheminement, très carré. Il est devenu médium à la suite de cette expérience et au fil des années, un ami”.
Magali Dupont, Propos recueillis par Magali Dupont
Source : Le Courrier Vendéen, jeudi 16 mai 2013