mardi 13 août 2013

En Chine, les piqûres d'abeille en guise de thérapie de choc

Ed Jones/AFP Un patient se fait piquer par une abeille dans un but thérapeutique
le 2 août 2013 dans une clinique à Pékin
Redoutées par beaucoup, les piqûres d'abeille sont au contraire avidement recherchées par certains patients chinois qui les jugent capables de guérir ou de prévenir des maladies parfois mortelles.
Selon Wang Menglin, acupuncteur ayant fait des abeilles sa spécialité, sa clinique pékinoise a déjà soumis plus de 27.000 patients à cette thérapie de choc, dont chaque séance peut impliquer des douzaines de douloureuses piqûres.
"On tient l'abeille entre ses doigts, on la serre contre un point du corps et on presse la tête jusqu'à ce que l'aiguillon surgisse", explique M. Wang, dans ses locaux situés en banlieue de la capitale chinoise.
Les abeilles employées - qui meurent après avoir piqué le patient - appartiennent à une variété importée d'Italie, précise-t-il.
Ed Jones/AFP L'acupuncteur Wang Menglin tient une abeille avec laquelle
il s'apprête à piquer un patient, le 2 août 2013 dans sa clinique à Pékin

A part les techniques de désensibilisation visant à prévenir des réactions allergiques aux piqûres d'abeille elles-mêmes, il n'existe aucune preuve médicale formelle de l'efficacité du venin de ces insectes contre une quelconque maladie.
Mais pour Wang Menglin, il s'agit d'une méthode traditionnelle dont les effets sont réels: "Nous avons traité des patients souffrant de maladies allant de l'arthrite au cancer, avec des résultats positifs", affirme-t-il.
Les piqûres d'abeille peuvent être utilisées pour guérir "la plupart des maladies communes affectant les membres inférieurs", mais aussi à titre de médecine préventive, assure M. Wang.
Le site scientifique américain sciencebasedmedicine.org n'hésite pas à parler de "charlatanisme" au sujet d'un tel traitement s'érigeant en panacée, rappelant qu'"aucune démonstration scientifique ne justifie le recours" à l'"apithérapie".
Pour leur part, les patients de Wang Menglin y croient dur comme fer.
L'un d'entre eux assure que les docteurs lui avaient diagnostiqué un cancer du poumon et une tumeur du cerveau, lui donnant une année à vivre - mais qu'il est désormais persuadé d'avoir vu son espérance de vie presque doublée grâce aux abeilles.
Ed Jones/AFP Un patient se fait piquer par une abeille dans un but
thérapeutique le 2 août 2013 dans une clinique spécialisée à Pékin

"Depuis l'an dernier jusqu'à présent, je pense que (mon corps) s'est nettement renforcé", a-t-il déclaré à l'AFP.
Les experts de l'American Cancer Society, une organisation spécialisée dans la lutte contre le cancer, sont néanmoins formels: "Il n'y a eu aucune étude clinique sur des humains montrant une efficacité quelconque du venin d'abeille et autres produits de la ruche pour guérir ou prévenir le cancer", précise-t-elle.
"Faire confiance à ce seul type de traitement et éviter ou retarder des soins médicaux conventionnels peut avoir de très sérieuses conséquences pour la santé", ont-ils ajouté, dans un article de leur site internet.
Selon le même site, il existe des références coraniques aux propriétés médicinales des sécrétions d'abeille, et l'empereur Charlemagne lui-même (742-814) aurait bénéficié de cures par piqûres.
Le venin d'abeille a aussi été utilisé dans les pays occidentaux par des patients souffrant de sclérose en plaque, une maladie neurologique chronique attaquant le système nerveux central.
Mais là encore, la National Multiple Sclerosis Society, une organisation américaine aidant les personnes atteintes de cette maladie, avertit: "En dépit d'affirmations anciennes sur les bénéfices du venin d'abeille, une étude de 24 semaines n'a montré aucune régression de la maladie, de la paralysie ou de la fatigue (des patients), et aucune amélioration de leur bien-être."
Le venin d'abeille est l'un des nombreux produits d'origine animale ou végétale utilisés dans la pharmacopée chinoise traditionnelle, souvent accusée d'accroître la pression sur des espèces menacées.

Source : AFP, 13 août 2013
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jKKwKs5ihpAgZ4AMSY9NrPf3uf-w?docId=3c9dfca6-c0b7-44b4-a0c6-ec68f7eae69e