jeudi 22 août 2013

Insolite - La sorcellerie est mise sur le gril - Villers-Bocage Banneville-sur-Ajon

Pour la cinquième édition des « Visites insolites », l'office de tourisme du Bocage normand organise la découverte d'un lieu, d'une histoire ou d'un thème original. Mercredi dernier, à la chapelle Saint-Clair, il s'agissait de découvrir les secrets de la sorcellerie dans le Bocage.
Vous avez apporté vos balais ? », questionne David L. , animateur de la visite. L'auditoire est composé d'une centaine de personnes. Très attentives. D'emblée, David L. annonce la couleur. «Je ne suis pas ici pour vous dire si le diable existe ou pas. Sachez que je ne suis pas sorcier. Ma démarche est simplement ethnologique. J'ai une formation d'historien de l'alimentation. »
En préambule, le conférencier dresse rapidement l'histoire de la sorcellerie depuis ses origines. Chez tous les peuples, dans tous les pays, depuis le début de l'humanité la sorcellerie accompagne les hommes. Mais qu'est-ce qu'un sorcier ? Selon l'acception générale, le sorcier est un jeteur de sorts, recourant à la magie.
Un marginal
La sorcellerie a toujours été liée à l'activité de celui qui exerce des fonctions ne correspondant pas à celles pratiquées au sein de son groupe social. « Le sorcier est celui qui pratique une activité sédentaire parmi les nomades, tel le forgeron, ou celui qui pratique une activité nomade parmi les sédentaires, tel le berger », remarque David L. . Et pendant les dix premiers siècles de l'ère chrétienne, la sorcellerie n'est pas réellement pourchassée. Les lois sont très peu sévères à son égard. À la fin de la période médiévale, renversement de situation : les persécutions sont meurtrières. « Pendant cinq siècles », précise David L. . Pourquoi ? « Au IXe siècle, sous l'empire de Charlemagne, le pouvoir civil impose une unification des rites. Un seul empire, une seule église. Ceux qui ne rentrent pas dans le modèle social et religieux sont persécutés. »
La magie noire

Quittons le Moyen-Âge pour l'époque moderne (XVIIe et XVIIIe siècles). Parmi les représentations encore présentes, David L. signale les graffitis qui ornent les murs de part et d'autre de la porte d'entrée de la chapelle Saint-Clair. Laquelle se situe sur le chemin du pèlerinage au Mont Saint-Michel. Les graffitis sont soit votifs : pour appuyer une demande afin de mener à bien le pèlerinage. Soit de magie noire, pour invoquer Satan, avec la représentation d'une croix inversée.
Pour le XIXe siècle jusqu'à nos jours, David L. a réuni tout un attirail de sorcellerie qui permet d'envoûter, « d'encraouder », comme on dit par ici, son ennemi. Souvent son propre voisin.
Petit inventaire, en commençant par les plantes. L'herbe à taupe, qui est une plante toxique. Ainsi que le muguet, très toxique. Le saviez-vous ? C'est un véritable poison. Qui peut entrer dans la composition d'un philtre mortel. Autre élément : la poupée, souvent de cire, mais aussi de bois ou de chiffons, qui est appelée « dagyde ». Elle sert à jeter des sorts. Avec une dague, la poupée est piquée à certains endroits. La personne concernée est censée en souffrir. D'autres objets sont exposés : des gerbes de blé liées en croix, des outils détournés de leur usage habituel, des coquilles Saint-Jacques en plomb, etc.
L'eau bénite

Là encore, David L. a rassemblé un arsenal d'objets. Du sel et de l'eau bénite qui étaient jetés aux quatre coins de la maison, pour conjurer le mauvais sort. Une poêle à long manche dans laquelle du laurier était déposé pour être réduit en cendre et ensuite répandu sur le seuil de la maison. De la sauge séchée, puis brûlée dans chaque pièce de la maison, pour repousser les force du mal. Des poteries en terre crue dans lesquelles étaient mélangées du crin de cheval avec des grains de blé et du buis, etc. Sans oublier que la cheminée étant au cœur de la maison, elle était cerclée d'une croix métallique pour empêcher le démon d'y pénétrer. Il fallait donc que tout lien avec l'extérieur soit purifié. Aujourd'hui, si une maison devait être protégée des mauvais sorts en purifiant tout lien avec l'extérieur, il serait utile de ne pas oublier les ordinateurs et les téléphones portables...
J.-Y. H
Source : La Voix du Bocage, 22 août 2013