mercredi 28 août 2013

LA MAGIE NOIRE TUE

Cette rubrique n'a de cesse de dénoncer le taux de mortalité très élevé parmi la population des hérétiques. Un incroyant, un infidèle, un libre-penseur, un athée, un agnostique, bref, tout contrevenant aux rigides canons religieux est souvent un homme mort.

Narenda Dabholkar, né en 1945, vient d'en faire la macabre expérience. Militant contre les superstitions, les discriminations liées aux castes et la magie noire dans l'État du Maharashtra, en Inde, il vient d'être lâchement assassiné par des extrémis- tes hindous. Auteur de nombreux ouvrages sur le rationalisme, docteur en médecine et militant associatif, il a péri par la main de vulgaires adeptes de la sorcellerie. Le droit au grigri est visiblement plus important que le droit à la vie aux yeux des inconditionnels du charlatanisme.

Depuis 1983, Dabholkar avait fait l'objet d'innombrables menaces et mêmes d'attaques physiques, mais il a toujours refusé tout dispositif de sécurité. « Si je dois recourir à une protection policière dans mon propre pays, contre mon propre peuple, cela voudrait dire que j'ai raté quelque chose. Je me bats dans le cadre de la Constitution indienne, ce n'est contre personne, mais pour l'intérêt de tous », avait-il dit

Rancuniers, les obscurantistes sorciers qui lui ont certainement jeté des sorts pendant trente ans passeront finalement à la machette pour faire taire la voix de la raison. Pour l'instant, nul ne sait si son sang, ses poils ou ses membres ont pu servir à l'élaboration d'un talisman.

Zineb El Rhazoui

Source : Charlie Hebdo, 28 août 2013