mardi 17 septembre 2013

Burkina Faso: 4 ans d'emprisonnement pour un faiseur de miracle

C'était le procès d'un habitué des milieux carcéraux. En effet, KA, « sans profession » et père de trois enfants, se retrouve pour la troisième fois devant le juge. La première fois en 2003, il avait purgé une peine d'un an de prison. Une seconde fois en 2010, il passait deux ans à la Maison d'arrêt et de correction de Bobo.
Enfin, ce vendredi 13 septembre 2013, le revoilà encore devant le juge pour rendre compte des faits d'escroquerie portant sur la somme de 700 000 F CFA, en se faisant passer pour un faiseur de miracles. A la barre, il reconnaît les faits avant de dévoiler le mode opératoire de son manège qui nécessite le concours de beaucoup de complices. Il dit avoir accosté sa victime et a proposé de la déposer à la gare où elle se rendait.
Chemin faisant, KA s'est fait intercepter par trois de ses complices chargés de prendre le relais pour conduire la victime à sa destination. Mais avant de prendre congé d'elle, KA en « érudit » lui a recommandé d'offrir trois colas en sacrifice. Les complices se sont ensuite chargés de vanter les mérites de faiseur de miracles, KA, en n'omettant pas de lui conseiller de le consulter pour résoudre tous ses problèmes.
Devant l'escroc présumé, il a été vivement demandé à la victime de sortir sur-le-champ tout ce qu'elle avait sur elle comme argent, et de le mettre dans un sachet afin que le faiseur de miracles puisse prier et éloigner le mauvais sort qui planait sur sa tête. C'est alors que le sachet contenant l'argent a été échangé contre un autre, et le tour était joué.
A l'encontre de « ce récidiviste notoire qui ne regrette même pas », le parquet a requis l'une des peines rarement prononcées devant ce tribunal : 8 ans d'emprisonnement ferme. Le juge a retenu la moitié, en le condamnant à 4 ans de prison ferme.
A 51 ans, cet apprenti chauffeur yadga ne manque pas d'idées. Courant 2011, D.A a prétexté une panne imaginaire de camion pour se faire remettre une batterie de 120 volts et la moto qui devait servir à transporter cette batterie jusqu'au camion, tout aussi imaginaire. Son « deal » a marché, car il était un habitué du commerçant qui a cru que DA agissait au nom de son patron. Mais DA s'est volatilisé par la suite.
On ne l'a revu que plus de deux ans après le jour de Ramadan 2013. Pris et conduit devant le Tribunal correctionnel, le prévenu a reconnu les faits. Selon lui, il n'était nullement question de panne de véhicule, et cette manœuvre n'avait été inventée par lui-même que pour avoir de quoi soigner son épouse malade.
« J'ai échangé la batterie contre un sac de riz que j'ai revendu. J'ai transporté ensuite ma femme avec la moto du commerçant pour aller en Côte d'Ivoire. Deux mois après, j'ai vendu aussi la moto pour la soigner », a-t-il confié au tribunal.
Le juge a demandé alors à cet ex-soldat s'il n'y avait pas de médecins au Burkina, au point qu'il soit obligé de transporter sa femme jusque dans un autre pays ? Pour le tribunal, DA n'a aucun respect de son âge, avec ses mauvais comportements qui lui ont probablement valu une radiation de l'armée. Mais, le prévenu a rétorqué sans convaincre que c'est plutôt lui qui aurait démissionné de l'armée !
Quant à KS, le plaignant, il dit avoir été trahi par DA qui a abusé des relations de connaissance, voire de parenté à plaisanterie existant entre eux. Il réclame donc le paiement de 420 000 F CFA représentant la valeur cumulée de la moto qui n'était pas tout à fait neuve et de la batterie. Le procureur a estimé que DA était convaincu d'escroquerie et a requis la peine de 12 mois avec sursis. Le tribunal a été plus sévère contre ce quinquagénaire.
Il lui a infligé une peine de 6 mois d'emprisonnement ferme. Le tribunal a aussi reçu la constitution de partie civile du plaignant en demandant à DA de lui verser 420 000 F CFA de dommages et intérêts. A sa sortie de prison, ce malheureux yadga ne pourra plus lever la tête devant ses parents à plaisanterie gourmantché.
PAR FREDERIC OUEDRAOGO,
Source : All Africa,17 septembre 2013,
http://fr.allafrica.com/stories/201309180476.html