vendredi 6 septembre 2013

Charente-Maritime : victime d'une manipulation mentale

Christian Radoux, ex-patron d’une tonnellerie, a subi une tentative d’extorsion. Deux hommes, dont son coach sportif charentais, sont écroués.

Jean Moulineau est l’avocat de Christian Radoux.
Christian Radoux, 66 ans, est un homme qui se reconstruit peu à peu. L’ancien patron de la tonnellerie du même nom, fondée par son père Robert en 1947 à Jonzac, vient de vivre « le pire été de sa vie. » Trahi par « un ami » en qui il avait confiance, il s’est vu pendant un mois harcelé, menacé et suivi par des personnes qui lui ont réclamé de l’argent. Il a fallu l’intervention de sa fille pour le sortir de ce guêpier. Manipulé au point de ne pouvoir prévenir la gendarmerie, il s’est retrouvé pris au piège dans un engrenage impossible à arrêter.
Dans cette affaire, deux personnes, pour l’heure présumées innocentes, ont été mises en examen pour extorsion aggravée par association de malfaiteurs. Il s’agit d’un attelage assez improbable, composé de Franck Arnal, un coach sportif pour particuliers originaire de Mornac, et de Zaoui Saada, un responsable d’associations et d’une société de conseils basée en région parisienne (lire ci-dessous). Après leur garde à vue, tous deux ont été déférés devant le parquet d’Angoulême et conduits en détention provisoire dimanche soir. Deux autres Charentais de l’agglomération angoumoisine ont eux aussi été mis en examen. Remis en liberté sous contrôle judiciaire, ils auraient un rôle secondaire dans l’entreprise d’extorsion.
« Digne d’un film d’Hitchcock »
L’avocat de Christian Radoux, Jean Moulineau, n’a pas encore eu accès au dossier, mais il parle déjà d’une affaire hors-norme. « C’est la première fois que je vois ça. C’est digne d’un film d’Hitchcock. On a des manipulateurs qui provoquent une psychose chez leur victime, selon un scénario établi à l’avance, pour lui soutirer de l’argent. »
Et l’intéressé de rappeler qu’il y a eu des menaces de mort sur son client et sa famille. Il parle de « mise en scène d’une infraction pénale. » « À ce niveau d’intelligence, c’est incroyable. Parce qu’il n’y a pas de manipulateurs sans intelligence. Le scénario mis en place pour soutirer de l’argent était bien huilé... »
« LA PEUR DE SA VIE »
Jean Moulineau affirme que Christian Radoux n’est pas un faible. « Or, il m’a dit qu’il avait eu la peur de sa vie. Il se sentait suivi et craignait pour sa famille. » C’est le parquet d’Angoulême qui a été saisi de l’affaire et une instruction est en cours. Le procès en correctionnel n’aura probablement pas lieu avant plusieurs mois. Un laps de temps dont va profiter Christian Radoux pour se remettre de ses émotions.
Le loup dans la bergerie 
 
Le duo principal aurait imaginé un scénario machiavélique pour soustraire plusieurs centaines de milliers d’euros à leur victime  sur fond de manipulation mentale.
Pour bien comprendre le caractère incroyable de cette histoire, il faut revenir quatorze ans en arrière. Christian Radoux cherche alors un coach pour se maintenir physiquement en forme. Il fait appel aux services de Franck Arnal avec lequel il transpire trois fois par semaine. « Avec le temps, c’est devenu un ami. Il faisait partie de la famille et avait toute ma confiance », confie-t-il aujourd’hui. Forcément, à force de se fréquenter, l’entraîneur connaît bien le profil psychologique de son client. C’est grâce à cette connaissance que l’étau se serait refermé sur la victime. « Les gendarmes m’ont dit que la mise en condition devait avoir commencé il y a plusieurs mois », précise l’ancien chef d’entreprise.
Impossible de se cacher
Selon Christian Radoux, à force de questions et de discussions, Franck Arnal aurait tout su de lui : ses peurs, ses faiblesses, ses points faibles. De quoi mettre en place un complot de la terreur. C’est à partir de la mi-juillet que les menaces ont commencé. « J’ai reçu des coups de téléphone, des SMS. Ceux qui me les envoyaient connaissaient bien ma vie, ma famille. Franck Arnal me faisait croire que nous étions en danger. Il m’a enfermé dans un délire », avoue le Jonzacais.
Toujours sur ses gardes, ce dernier perd le sommeil. « Toutes les nuits, à 2 h 15, quelqu’un marchait dans mon jardin. J’entendais les chiens aboyer. » Christian Radoux, qui a perdu rapidement six kilos, ne sait plus quoi faire. C’est sa fille qui va le sauver. « J’ai fini par lui faire part de la situation. Elle m’a fait réagir. J’étais complètement en dehors de la réalité. » Dans la foulée, une plainte est déposée. Les gendarmes de la section de recherches de Poitiers sont saisis dans le cadre d’une commission rogatoire diligentée par un juge d’instruction charentais.
« On a essayé de se cacher, mais ils ont tout le temps réussi à retrouver notre trace », témoigne la victime qui, n’en pouvant plus, a fini par couper son téléphone pendant cinq jours. Les gendarmes, qui sont sur une piste, demandent pourtant à Christian Radoux de rappeler le numéro que ses harceleurs lui ont donné. « Ils voulaient que je leur fixe un rendez-vous à Paris pour leur remettre de l’argent. J’ai appelé, mais je n’ai en revanche pas eu besoin d’y aller. Les arrestations ont eu lieu avant », précise l’ancien patron de la tonnellerie.
Pour lui comme pour ses proches, le travail des enquêteurs a été « formidable. » « Les gendarmes ont assuré ma protection et ont mis les moyens nécessaires pour résoudre cette affaire rapidement. Maintenant, il faut que je refasse surface. En plus de ce que j’ai vécu, la trahison me fait mal », avoue Christian Radoux.
Les mis en examen
Franck Arnal, le Charentais impliqué dans cette affaire, aurait autour de 45 ans. L’autre personne, Zaoui Saada, a fait parler d’elle au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet. « Charlie Hebdo », qui avait publié ces dessins, avait à l’époque été cité à comparaître par deux associations totalement inconnues alors : Rassemblement démocratique algérien pour la paix et le progrès (RDAP) et Organisation arabe unie (OAU) se disant « branche organe de la RDAP » (sic). Toutes les deux étaient présidées par Zaoui Saada.
Après avoir assigné « Charlie Hebdo », les deux associations avaient assigné Gérard Longuet et Gilbert Collard devant la 17e chambre (celle spécialisée dans la presse) du tribunal de grande instance de Paris pour « injure publique ». Gérard Longuet avait notamment fait un bras d’honneur en réagissant à la sollicitation d’un journaliste sur une dépêche AFP. L’Algérie venait tout juste de demander « une reconnaissance franche des crimes perpétrés par le colonialisme français ».
Source : Sud Ouest, Charente-Maritime, 6 septembre 2013,
http://www.sudouest.fr/2013/09/06/digne-d-un-film-d-hitchcock-victime-de-manipulateurs-1160078-1368.php