jeudi 19 septembre 2013

Les confessions d'un prêtre exorciste

Loin des clichés cinématographiques, le père Georges Livenais, exorciste du diocèse d'Angers, soulage les âmes en détresse.
 Jean-Philippe COLOMBET
jean-philippe.colombet@courrier-ouest.com
Le père Georges Livenais occupe un ministère aussi discret que particulier : l'exorcisme. Un mot qui alimente bon nombre de fantasmes et de clichés, immédiatement balayés d'un revers de Bible par l'abbé. « L’évêque m'a confié cette mission en 2000, mais je n'ai aucun pouvoir particulier sauf celui de la parole de Dieu », confesse-t-il d'emblée. Chaque année, pourtant, 200 âmes tourmentées, en moyenne, se tournent vers lui.

Les rencontres se font sur rendez- vous, dans un lieu à l'abri du regard des curieux et des farfelus. C'est dans un modeste local situé à quelques encablures de l'évêché que le prêtre de 78 ans reçoit les personnes en détresse. Un bureau et une table en bois se partagent l'espace de cette petite pièce aux murs décorés de quelques cadres, parmi lesquels Le Retour de l'Enfant Prodigue de Rembrandt, un paysage marin ou un cliché du Carmel d'Angers... Au fond du couloir, quelques mètres carrés ont été aménagés en une petite chapelle où il vient prier, seul ou avec des fidèles.

« Beaucoup de gens ont le sentiment d’être envoutés »

Pantalon sombre, gilet gris, lunettes sur le nez et croix des Carmels au tour du cou, l'homme d'église est à l’image de son antre: à la fois sobre et accueillant. Regard serein voix apaisante, George Livenais n’a rien d'un chasseur de démon brandissant
son crucifix et exhortant le malin de « sortir de ce corps ». Aux rituels et
aux incantations version septième
art, l'abbé préfère l'écoute empathique et le dialogue nourri.
« Beaucoup de personnes sont en souffrance analyse-t-il. Elles ont le sentiment que ni ne leur réussit et se demandent ce qui leur arrive. Ma préoccupation est de leur prendre du recul. Beaucoup vivent dans la peur de ce qui va leur arriver, j’essaie de leur faire regarder la vie autrement et de leur montrer qu'il y a toujours quelque chose  de positif ».

 Ses « clients » -la consultation est gratuite- sont essentiellement des personnes « d'un certain âge », « plutôt des femmes » mais aussi « quelques enfants  amenés parleurs parents ». Tous ont en commun de ne pas trouver d’explication rationnelle à leurs mal et sont convaincus de trouver leur salut auprès d'un exorciste qu’ils considèrent comme l'homme de la
dernière chance. «  Beaucoup de gens on le sentiment d'être envoûtés et demandent un exorcisme, reconnaît le père Georges. Je leur dis que nous allons d’abord prier prier et que nous verrons ensuite si cela s'avère nécessaire » Les cas de possession sont d ailleurs très rares. Les signes ?  « Il peut arriver que des personnes fassent preuve d'une force extraordinaire qui les dépasse ou quelles utilisent un langage autre que le leur, détaille-t-il. Mais le plus important c’est quelles montrent une haine contre Jésus ou les Sacrements ».

Cinq ou six exorcismes en 13 ans

Depuis son ordination il y a 13 ans Georges Livenais n'a eu recours à I ‘exorcisme « que cinq ou six fois » Dans ces cas exceptionnels, l'exorciste dispose d'une arme secrète qu'il est le seul, avec l'évêque, à posséder il s agit d'un ouvrage Intitulé Rituel de l'exorcisme et prières de supplication qui lui permet d'accomplir son œuvre de délivrance.
« On commence par accueillir la personne et on prend un temps de prière. II y a ensuite une bénédiction avec de l'eau bénite ; le rite de l'apposition des mains ; la profession de foi, la prière de Jésus ; la bénédiction du fidèle avec la croix et enfin la grande prière de l'exorcisme, énumère-t-il. Elle peut être déprécative lorsqu'on implore Jésus de libérer la personne, ou impérative quand l'exorciste commande à l'esprit mauvais de partir. Mais nous utilisons peu cette dernière formule ».

Ni sorcier, ni psychologue, Georges Livenais accomplit son devoir avec conviction, humilité, amour et passion. En s'en remettant au ciel. Mais en gardant, aussi, les pieds sur terre. N'hésitant jamais, lorsque les voix du Seigneur ne suffisent pas à apaiser
les douleurs, à orienter ses ouailles sur la voie de la médecine générale.

Pour prendre rendez-vous : 0241 88 08 64. Accueil les mardi,
jeudi, samedi, entre 9 heures et 10 heures.

La méthode : le dialogue et la prière

Selon l'église catholique, le dialogue avec le prêtre exorciste permet un
 « discernement ». « La personne peut nommer sa difficulté et, en la nommant prendre pouvoir sur elle, dénouer ses nœuds, couper des liens, retisser le tissu déchiré avec ceux dont on s'est éloigné, avec une communauté chrétienne (...) Et ainsi retrouver la sérénité, la paix, la confiance, une libération ». Ce temps de dialogue est généralement suivi d'une « prière confiante et de demande pour la délivrance C'est une prière qui veut dégager le fidèle
de toute influence maléfique pour lui redonner sa responsabilité et le rendre disponible aux appels et aux dons
de l'Esprit-Saint ». Mais attention : « Une s'agit pas d'exercer une force magique ni une sorte d'énergie qui obéirait à l'exorciste, mais de laisser agir la liberté aimante de Dieu qui désire sauver l'homme ».
Quant à la guérison de « la personne obsédée », elle s'opère « par la grâce de l’homme qui désire recevoir le salut (…)
Il s'agit de renouer le lien avec Dieu, de refaire alliance avec lui et avec les autres ; de retrouver le visage plein de miséricorde, de compassion et de tendresse de Dieu(... ) C’est par la foi en lui que nous sommes libérés ».
L'Église dispose également d'un rituel d'exorcisme. Le prêtre l'utilise lorsqu'il discerne qu'une personne semble être sous l'emprise de l'es- prit du mal, après en avoir référé à l'évêque. Dans ce rituel, d'autres prières de libération sont proposées.
Source : Courrier de l’Ouest, 19 septembre 2013