jeudi 17 octobre 2013

La gourou de Lisieux est en prison

Les parents de l'ex-adepte angevine de la secte se disent « soulagés » par le jugement d'hier

Jean-Yves LIGNEL
jean-yves.lignel@courrier-ouest.com
Le maximum de la peine, plus importante encore que celle prononcée par les juges de Lisieux. L'animatrice de la secte du Parc d'accueil à Lisieux (Calvados), Françoise Dercle, a été condamnée hier à 5 ans de prison ferme. Absente au moment du délibéré, elle a été inter- pellée hier vers 17 heures à son domicile et incarcérée.
Pendant six ans, une jeune femme d'origine angevine avait été adepte de la secte. C'est même d'Angers que l'enquête pénale avait été initiée lorsque ses parents, désemparés par la dérive de leur fille, s'étaient résolus à porter plainte auprès du procureur de la République d'Angers.
C'est d'Angers que l'enquête avait démarré
Très réduite (pas plus d'une quinzaine de membres), la secte était pourtant d'une extrême virulence. Violences physiques et sexuelles, humiliations psychologiques, pratiques sexuelles collectives imposées (appelées « mêlées célestes »)..., la liste des dérives sectaires du parc d'accueil est hallucinante. L'enquête a prouvé que la gourou faisait ou défaisait les couples au gré de ses humeurs. Elle avait notamment contraint une mère à avoir des relations sexuelles avec ses fils.
En outre, celle qui était surnommée « l'épouse de Dieu » ou la « Déesse de la beauté » ne se contentait pas de sa domination psychologique sur le groupe. L'enquête a ainsi prouvé que les membres étaient tenus de lui verser leurs salaires, leurs pensions et même les héritages qu'ils pouvaient recevoir. Le patrimoine escroqué a été estimé à plus de 400 000 €. Pendant tout le procès, la gourou a répété que « Tout se faisait dans le Saint-Esprit ». Sans crainte d'être contredite, elle a ainsi affirmé qu'il « n'y a ni argent, ni violence dans le Saint-Esprit ». Plus finement, Me Eric Schneider avocat de la prévenue a expliqué que sa cliente était elle aussi la victime d'un « délire de groupe ». Toutefois, la gourou continuait. Un document vidéo récent, apporté par l'accusation, a montré qu'elle animait désormais un nouveau « groupe de prière » en Espagne, sous le nom de Françoise Victoire.
Les parents de l'ex-adepte angevine, qui mènent aujourd'hui une vie paisible de retraités dans une commune de l'agglomération d'Angers, nous exprimaient hier soir leur satisfaction à l'issue de cette décision. « Ce fut un procès exemplaire. Au moins une peine de prison va l'empêcher de nuire. Pour nous, c'est donc une grande satisfaction, d'autant que nous, parents, avons été reconnus comme victimes collatérales ».
La jeune femme, et son compagnon (qui était lui aussi membres de la secte) ainsi que les parents angevins étaient représentés par les avocats angevins Mes Alain Fouquet et Pascal Rouiller.
Me Fouquet contestait toutefois hier l’arrêt de la cour, en regrettant vertement que le juge n’ai pas ordonné d'expertise médico-légale de son client, expertise qui aurait permis d'évaluer le préjudice, alors que les retentissements physiques et psychiques restent très importants. Le jeune couple dit notamment ne pas parvenir à avoir d'enfant.
Source : Courrier de l’Ouest, 17 octobre 2013