jeudi 18 octobre 2012

La messe comme à la maison à Jauldes


Mgr Philippe-Marie officie dans l'oratoire de sa maison familiale à Jauldes devant
une petite dizaine de fidèles venus de la grande région. Photos Renaud Joubert
Eglise syriaque orthodoxe antiochienne. À peine a-t-on prononcé son nom que l'on a déjà parcouru l'oratoire qui abrite deux messes mensuelles (1). Un lieu de culte discret logé dans une bâtisse voisine de l'église romane de Jauldes. Une simple indication sur la porte rappelle son existence et les rendez-vous des fidèles.
C'est là qu'officie Mgr Philippe-Marie alias Mgr Philipose-Mariam, Philippe Miguet de son nom de baptême. Un évêque de 54 ans avenant et plein d'humour derrière le skymo et la barbe de tradition orientale. «Ce n'est pas une obligation, mais les Orientaux, c'est au poil. Nous sommes des curés exotiques», plaisante-t-il en nous invitant à prendre un café alors qu'on débarque à l'improviste un quart d'heure avant l'office.
Soeur Marie-André - «Sister Act», glisse-t-il malicieusement -, une religieuse camerounaise, nous sert le p'tit noir dans la cuisine. Une grande salle à la tapisserie fleurie ornée d'icônes, paysages et crucifix. C'est là que défilent les enfants de choeur et les premiers fidèles, un matelas ou des mets à la main. Ambiance familiale, décontractée. La journée ne fait que débuter. «Vous restez manger? On parlera un peu après la messe», avance Mgr Philippe-Marie.
«La maison, dont je suis propriétaire avec mon frère catholique romain, sert de point de chute. Les fidèles me racontent leurs petites misères», explique-t-il en affichant sa volonté de transparence face à «l'invasion de journalistes» (sourire).
L'origine de l'église? «C'est l'une des plus anciennes. Elle est née au Moyen- Orient. On a un monastère à Chandai, en Normandie, d'où je viens. On officie en français ou en araméen. C'est dans cette langue que le message évangélique nous fut transmis.» Les relations avec la communauté orthodoxe de Grassac? «On appartient au même mouvement des artisans de paix.» Ses ressources? «Elle est gérée par une association laïque. Tout mon patrimoine passe en dons dans la vie de l'église. Vous pouvez le vérifier auprès de la trésorière, je vous donne ses coordonnées.»
Les accusations sectaires? «Dès qu'on n'est pas catholique romain, on pense à une secte. Ici, les voisins nous connaissent depuis longtemps. Nous sommes tous chrétiens de nom. Après, ce sont les prénoms qui nous distinguent. Nous n'avons pas l'esprit boutique, nous ne sommes pas sectaires.»
Un prêtre exorciste apprécié des paysans
Laurence, une jeune femme venue de Charente-Maritime acquiesce. «Mes parents aussi m'ont parlé de secte. Mais ici, c'est chargé d'énergie positive. Ça fait un bien énorme, on le ressent en soi. C'est un réconfort, un ressourcement. On garde le contact, par téléphone, par mail. Il ne nous lâche jamais», avoue celle qui a rejoint le groupe après «de gros problèmes familiaux».
Un phénomène classique. «On avait des soucis. On avait besoin d'un prêtre exorciste qui enlève le mal. Il fait partie de la famille maintenant. Il bénit les terres et les animaux comme dans le temps. Si les agriculteurs avaient recours à lui, ils auraient peut-être moins de problèmes avec les bêtes et les rendements. C'est une protection pour ceux qui y croient», appuie Mireille, une agricultrice de Charente limousine, suivie par des proches.
Le bouche à oreille fonctionne bien. «Cet hiver, on est passé à côté de la maladie alors que nos voisins ont perdu beaucoup d'agneaux», confirme un paysan, convaincu des bienfaits du seigneur. Un seigneur omniprésent. Mgr Philippe-Marie n'hésite pas à communiquer son numéro de portable à ses fidèles. De quoi les rassurer et entretenir la dépendance.
L'office n'est pas encore commencé que les femmes, dissimulées derrière un châle ou une capuche, et les hommes, têtes nues, sont déjà au ciel. Parés pour une messe de deux heures «qui tient au corps». Une «messe toujours aussi priante même si on n'est que deux ou trois», apprécient les fidèles. Ils vont bientôt entonner des chants en français au milieu des ornements, dans un parfum d'encens. Le rite. «Donnez-moi la lumière et la foi...»
(1) Prochaine messe dimanche 21 octobre à 10h30.
2007. L'église syriaque orthodoxe antiochienne, église orthodoxe orientale autonome, consacre son primat, Mgr Severius Mushe Gorgun.
25 septembre 2011. L'épiscopat confirme Mar Phipose Mariam, Mgr Philippe- Marie, métropolite pour la France et l'Afrique.
Cette église est présente en France, en Afrique, mais aussi en Allemagne, Hollande, Angleterre, Belgique et aux États-Unis. Elle possède deux centres de formation: le monastère Saint-Gabriel en Allemagne et, pour les francophones, le monastère syriaque de Notre-Dame-de-Miséricorde à Chandai en Normandie. Ce dernier travaille en partenariat avec l'institut de théologie orthodoxe. C'est à Chandai que réside Mgr Philippe-Marie, entré dans les ordres dans un monastère ardéchois à 17 ans. L'église compte «une petite centaine de fidèles» dans la grande région, de Limoges au Sud-Ouest.
par Sylviane Carin
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Les mauvaises affaires de "Monseigneur" Miguet
Dans la famille Miguet, il y a l'homme d'affaires. Nicolas Miguet, infatigable défenseur des contribuables, éphémère candidat à l'élection présidentielle de 2002, condamné en 1999 pour escroquerie. Et puis il y a "Monseigneur" Miguet. Philippe Miguet, frère de Nicolas et évêque d'une drôle d'Eglise en rupture avec le catholicisme romain. Il règne sur une chétive communauté religieuse de cinq âmes, deux Sœurs et trois Frères, dans le village normand de Chandai (Orne).
Depuis octobre 2002, Mgr Miguet est mis en examen pour escroquerie et abus de confiance. Il lui est reproché d'avoir utilisé à des fins personnelles une somme de 45 000 euros. Il abuserait aussi de la crédulité de ses fidèles en usurpant une qualité à laquelle il n'a pas droit. C'est l'évêque de Sées, Mgr Jean-Claude Boulanger, qui l'affirme : ""Monseigneur" – entre guillemets – Miguet n'est pas reconnu par le Saint-Siège comme évêque de l'Eglise catholique romaine". Philippe Miguet ne conteste pas ce fait : "Nous sommes traditionalistes. Nous n'appartenons pas au catholicisme romain."Mais il prétend avoir été ordonné en bonne et due forme.
Mgr Miguet a même été ordonné deux fois, par précaution. Une première fois en 1981, par Mgr Georges Musey, lui-même ordonné par Mgr Ngo Dinh Tuc, un prélat vietnamien qui a rompu avec Rome. Il a été consacré une deuxième fois le 1er mai 2002, par Mgr Nicolas, qui se réclame de l'Eglise syro-orthodoxe d'Antioche. Ordination que le patriarche de cette Eglise d'Orient, Sa Sainteté Zakka Ier, conteste.
"Monseigneur" Miguet édite un bulletin trimestriel, Mater Misericordiae, diffusé auprès de 6 000 abonnés. Pieuse publication qui lui a valu de se fâcher avec son frère Nicolas : "Il a abusé de ma confiance en utilisant mon fichier à des fins politiques", se lamente le prélat. Dans la famille Miguet, on ne distingue pas toujours le temporel du spirituel.
par Xavier Ternisien
Source : Le Monde, 16 février 2003