dimanche 29 décembre 2013

Angers - Miviludes: "Sectes : 3 000 signalements par an"

Le développement des mouvements sectaires épouse les inquiétudes qui se font jour dans notre société. Une conférence, présidée par Serge Blisko de la Miviludes, en livrait les clefs, début décembre.
Christophe Ricci
christophe.ricci@courrier-ouest.com
Le docteur Serge Blisko était récemment à Angers, où II a donné une conférence, à l'Invitation de la Ligue des Droits de l'Homme. À la tête de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), il a décortiqué le phénomène sectaire en France, en présence de l'ancienne parlementaire Catherine Picard, qui a laissé son nom à une loi anti-secte votée en 2001, aujourd'hui présidente de l'Association de défense des familles et de l'Individu victime de sectes.
Mouvements sectaires les chiffres
La Miviludes reçoit 3 000 signalements par an, dont un millier qui concerne la santé, à l'échelle nationale (voir ci-dessous). Ces signalements sont donnés par des personnes qui ont le sentiment d'avoir été approchées, d'une manière ou d'une autre, par un mouvement ou une personne sectaire.
Selon le docteur Blisko, « 15 % de la population française est ou a connaissance d'au moins une personne dans son entourage concernée par un mouvement sectaire ». Selon les projections, 200 mouvements toucheraient autour de 300 000 adeptes à degrés divers ».
Définition de l’emprise
« En trois semaines, on peut voir des gens tout plaquer, quitter le territoire, leur famille, emporter l'argent », alerte Catherine Picard qui prévient : « Le terrain de la santé est propice à l'emprise ».
Quand l'ancienne parlementaire
parle d'emprise, elle envisage «  la destruction d'une pensée et la reconstruction d'une autre ». La personne présente « une rupture avec sa vie et ses valeurs pour se livrer à un groupe ou à une pensée ».
« Le danger » est d'autant plus fort
 « lorsqu'il y a une scission totale » avec les anciennes valeurs. « Il y a emprise, duperie intellectuelle et morale et mise en danger des personnes ».
Evolutions des formes sectaires
« Le plus inquiétant », reprend le président de la Miviludes, « c'est la fragmentation des mouvements. Il y a 20
ou 30 ans, on avait à faire avec de grands mouvements pseudo-religieux. Aujourd'hui, ce sont souvent de petits groupes, voire un ou deux individus, qui soumettent quelques personnes. Ils sont plus dangereux » car moins faciles à identifier.
Des groupes qui s'emparent des questions qui traversent la société.
« L'évolution des sectes est en phase avec la société », indique Catherine Picard. « Alimentation, santé... Des Inquiétudes auxquelles répondent les sectes par des escroqueries. C'est une réponse à nos demandes ».
Les dérives thérapeutiques
C'est un champ d'actions en pleine croissance, à en croire Lionel Gaugain. Le président du Centre d'Information et de prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes liste « le syndrome des faux souvenirs induits (on vous fait croire à une agression sexuelle durant vote enfance, par exemple), de soi-disant envoûtements ou la méthode Hamer ».
La méthode Hamer consiste à faire croire «  à des malades du cancer que le problème est d'ordre psychologique » et que « les soins doivent passer par l'esprit et non par la médecine ». Lionel Gaugain, qui dénonce une conférence donnée par un adepte de cette méthode dans cette même salle Davier en septembre, affirme avoir connu deux personnes, décédées depuis, qui avaient choisi cette méthode pour soigner leur cancer.
Pour le docteur Blisko, Steve Jobs, le patron d'Apple, décédé d'un cancer en 2011, a été « victime des naturopathes qui ne l'ont pas soigné en refusant toute médecine traditionnelle ».
La Scientologie
« La Scientologie a déjà été condamnée pour escroquerie en bande organisée », a rappelé le docteur Blisko (par un jugement de la Cour de Cassation d'octobre 2013). « Nous protégeons la personne de bonne foi qui rencontre la Scientologie et y laisse beaucoup d'argent mais nous ne jugeons pas la doctrine », précise le président de la Miviludes.
Le communiqué du maire d'Angers publié en novembre à l’encontre du prosélytisme dont fait preuve la Scientologie, n'est pas passé Inaperçu.  « Frédéric Béaste a fait son boulot de maire, celui d'un élu courageux. Il
 a pris ses responsabilités », a salué Catherine Picard.
La prévention
« Au-delà des faits, Il est important de faire de la prévention », poursuit-elle. « Les grands mouvements sectaires ne sont pas amoindris mais n’agissent plus ouvertement Ils se sont repliés vers la Belgique, les Pays-Bas et le Québec. Ils ont développé de nouvelles stratégies et continuent de mener des actions », prévient l'ancienne parlementaire.
« Le phénomène est très complexe (et) recouvre des aspects financiers et politiques ». Catherine Picard insiste sur les tentatives de pénétration des mouvements sectaires dans les Institutions. - Nous devons faire ce travail de prévention avec les associations de défense des libertés. Il n'est pas envisageable dans un état de Droit de laisser se faire spolier des gens ».
REPERES
La Milivudes 
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) emploie une quinzaine de personnes. Son rôle est
 « d’éclairer les pouvoirs publics sur les dérives sectaires dans la société française », indique son président, le docteur Serge Blisko.
La Milivudes n'est pas une brigade d'intervention. « Nous ne luttons pas contre les sectes. C'est très difficile », reprend le docteur Blisko. « Nous étudions, prévenons et informons sur ce phénomène ». www.derives-sectes.gouv.fr
L'Association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Adfi), à Angers 
L'association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Adfi) dispose d'une antenne angevine, au 32/34 avenue de Chanzy, dans le quartier Lafayette-Eblé. Comme son nom l'indique, l'objet de ('association est de « défendre les victimes de pratiques abusives, de mouvements ou organisations de type sectaire entraînant l'altération de l'intégrité de la personne (physique, psychologique, sociale...) et qui présentent à leur base, une tromperie intellectuelle, morale ou financière». À travers son action, l'Adfi veut également « conduire une action préventive ». Des permanences sont organisées les mardis et vendredis de 9 h 30 à 12 heures et les jeudis de 15 heures à 18 heures. 
Contacts : 02 41 87 44 03. Courriel de l'association : adfi.nantes@wanadoo.fr
Secte. Les coordonnées du Cippad 
Suite à notre article paru hier à propos de la lutte contre les mouvements sectaires, nous précisons ce jour les coordonnées du Centre d'information et de prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes (Cippad), basé à Segré, au 6 rue de la Roirie. Le Cippad propose une permanence téléphonique aux victimes de mouvements sectaires. Contact au 02 41 61 38 52. il est également possible de contacter le Cippad par courriel : cippad@unimedia.fr. Enfin, un site internet est dédié à l'association : www.prevensectes.com/cippad.htm
Source : Le Courrier de l’Ouest, 28 décembre 2013, et additif du 29 décembre 2013
Mots-clefs: Angers – Nantes - Information et prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes (emprise mentale, irrationnel, charlatanisme, ésotérisme, dérive sectaire, secte)