samedi 18 janvier 2014

«Il est temps que les musulmans fixent le curseur entre islam et radicalisme »

Face aux risques de dérive sectaire, l'anthropologue Dounia Bouzar, membre de l'Observatoire de la laïcité, conseille à l'ensemble des musulmans de s'affirmer. Et ainsi,
 de couper court aux amalgames.
Par ALICE GÉRAUD
Dessin YANN LEGENDRE

DESAMORCER L'ISLAM RADICAL

de DOUNIA BOUZAR
Editions de l'Atelier, 224 pp., 20 €.
Ancienne éducatrice à la protection judiciaire de la jeunesse, l'anthropologue Dounia Bouzar travaille depuis quinze ans sur la gestion du fait religieux dans l'entreprise et les institutions - elle a notamment été médiatrice dans les affaires de voile à l'école. François Hollande l'a récemment nommée membre de l'Observatoire de la laïcité. Connue pour son approche pragmatique de ces questions, elle combat depuis toujours la stigmatisation des musulmans et les lois d'exception qui leur sont destinées. Longtemps, elle a considéré que ces derniers n'avaient pas à rendre compte des actes et des positions des fondamentalistes. Dans son dernier ouvrage, Désamorcer l'islam radical, publié ce mois ci, elle change de point de vue : les musulmans doivent «sortir de leur silence» face aux mouvements radicaux sectaires qui, selon elle, touchent de plus en plus de jeunes en France.
Vous décrivez une dérive sectaire de l’islam qui toucherait particulièrement les jeunes. Pourquoi parler de secte plutôt que d'intégrisme?
Savoir si ces groupes sont salafistes, tabligh ou affiliés aux Frères musulmans ne m'intéresse pas. Je suis restée éducatrice dans l'âme, je regarde l'effet du discours. Lorsque
le discours religieux amène
 des jeunes à l'autoexclusion 
et à l'exclusion des autres,
 il y a dérive sectaire. Ces
jeunes partent du principe
que la société dans laquelle
nous vivons est païenne car
régie par le mal, le sexe, la
violence et l'argent. La religion devient alors un code de conduite pour construire de nouvelles frontières symboliques entre eux et les autres, et ce par tous les moyens: l'habillement, le comportement, la façon de parler, de manger, la réinterprétation du halal, la façon de se regarder, de dire salam alekoum... Us se définissent ainsi comme un groupe purifié.
En parallèle, le groupe détruit les contours identitaires de l'individu en le coupant de la musique qu'il aime, du sport qu'il pratique et de sa mémoire familiale. Certains sites internet ordonnent même la destruction des photos de famille. C'est une forme d'hypnose pour que l'individu ne pense plus par lui-même, mais raisonne uniquement par analogies, répétitions et mimétisme.
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Source : Libération, 18 janvier 2014,
http://www.liberation.fr/societe/2014/01/17/il-est-temps-que-les-musulmans-fixent-le-curseur-entre-islam-et-radicalisme_973676