samedi 22 février 2014

Biodynamie : Le vin qui titille le palais de justice

Par CHARLIE DUPLAN

« Libération ? Laissez-moi deviner, vous appelez pour M. Giboulot!» A Beaune, petite ville de 20 000 habitants souvent désignée comme la capitale des vins de Bourgogne, Emmanuel Giboulot excite, énerve, interpelle.
Dans la région, plus un seul vigneron ignore son parcours. Le viticulteur en biodynamie de 52 ans, propriétaire de 10 hectares de vigne, doit comparaître lundi devant le tribunal correctionnel de Dijon pour avoir refusé de pulvériser du pesticide sur ses terres. Ceci malgré un arrêté préfectoral de juin visant à lutter contre la flavescence dorée, mortelle pour la vigne. Cueilli par la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf) en juillet, il encourt 30 000 euros d'amende et six mois de prison. Au cœur du débat, la cicadelle, un insecte porteur de cette maladie. Une fois contaminés par la bactérie, les pieds de vigne touchés n'ont plus qu'un à trois ans à vivre. La préfecture de Bourgogne a donc choisi d'éradiquer la petite bête grâce au seul moyen officiellement reconnu, les pesticides : il en existe des phytosanitaires, mais aussi des biologiques, comme le Pyrévert, qui permettent aux viticulteurs bio de traiter leur terrain sans perdre leur label. Une option qu'a également refusée Emmanuel Giboulot. Selon Olivier Lapôtre, chargé de la protection des végétaux à la Draaf, «la flavescence est la seule maladie des vignes pour laquelle un traitement est obligatoire».
CONDITIONS. En 2008, la France s'était engagée à réduire de moitié l'utilisation des pesticides chimiques d'ici 2018. Pourtant, la Draaf, chargée d'appliquer la décision préfectorale, a obligé tous les viticulteurs de la Côte-d'Or à en pulvériser. «Pendant des années, on a expliqué qu'il n'y avait pas besoin d'en utiliser, se défend Olivier Lapôtre. C'est uniquement à cause du risque d'épidémie qu'il a fallu s'y résoudre. » Emmanuel Giboulot, lui, maintient qu' «il n 'y avait pas de cas de flavescence avéré l'année dernière». Pas complètement opposé à l'utilisation de pesticides, tant que ceux-ci restent biologiques, il y pose des conditions essentielles : «Si un foyer se déclare à proximité de mes vignes, je traiterai sans problème. Mais, même s'il est d'origine végétale, le Pyrévert casse la notion d'équilibre biologique. Alors, dès qu'il est possible d'éviter d'en pulvériser, il faut le faire.»
«Traumatisme» pour les viticulteurs bourguignons, la flavescence dorée est apparue dans la région en 2011 et a laissé des traces indélébiles sur leurs domaines. En 2012, quelque 12 hectares de vigne ont été arrachés, puis brûlés, seule solution efficace pour lutter contre l'épidémie. Jean-Pierre Chariot, producteur à Volnay, près de Beaune, évoque doucement la flavescence, comme s'il ne voulait pas s'attirer malheur : « Je n'avais pas mis de pesticides depuis huit ans. Mais l'année dernière, j'ai dû traiter à contrecœur. » Pas labélisé bio mais adepte de l'agriculture raisonnée, Jean-Pierre Chariot est « cartésien ».
Un arrêté préfectoral est pris, il le respecte. «Le choix d'Emmanuel Giboulot est personnel», déclare-t-il.
Sa seule crainte : que la décision de
son collègue provoque la discorde. «Certains viticulteurs sont procéduriers. Si la flavescence se déclare chez eux, ils pourraient porter plainte et ça sèmerait la zizanie. »
INTERNET. D'autant plus que, depuis une semaine, des soutiens se manifestent sur Internet en faveur d'Emmanuel Giboulot. Vendredi, sa page Facebook comptabilisait près de 80 000 soutiens, et une pétition en sa faveur, lancée par l'Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN), revendiquait plus de 400 000 signatures. De nombreux syndicats et associations se sont également ralliés à sa cause, renforçant sa détermination, mais aussi l'agacement de ses voisins. Henri Cauvard, président de l'Organisme de défense et de gestion de l'appellation de Beaune, ne cautionne pas la démarche de son confrère : «II n'est pas du tout soutenu par la profession, mais il n’y aucune animosité envers lui», explique-t-il. Avant de rappeler qu'«une vigne, une appellation, est un bien collectif. Une personne seule ne peut pas décider de traiter ou non. S'il a des pieds infectés, il risque de polluer tout le monde». En Côte-d'Or, 10% des viticulteurs exercent sous le label bio. Emmanuel Guillot, président de la section viticole du Service d'écodéveloppement agrobiologique et rural de Bourgogne (Sedarb), ne «défend pas le positionnement» d'Emmanuel Giboulot, mais le soutien «face à la sanction disproportionnée qu'il encourt». Selon lui, la plupart des producteurs bio de Côte-d'Or ont pulvérisé du Pyrévert sur leurs parcelles. Malgré les critiques, Emmanuel Giboulot reste confiant, à deux jours du procès : «Je ne suis pas en opposition. Je suis sur une ligne que je trouve cohérente. ».
Source : Libération, 22 février 2014
Note du CIPPAD : la Biodynamie ne repose sur aucun fait établi, mais sur les croyances ésotériques de l’anthroposophe Rudolph Steiner. 
A consulter également: Quand Rudolf Steiner expliquait des phénomènes qui n’existent pas.