mardi 18 février 2014

Biodynamie : Un viticulteur ira-t-il en prison pour refuser d'employer un pesticide?

Six mois de prison et une amende de 30 000 euros. Voilà ce qu'encourt Emmanuel Giboulot parce qu'il n'accepte pas d'utiliser un insecticide car il est adepte de la biodynamie. Pour le viticulteur français, il s'agit d'une question d'équilibre biologique. La préfecture de Côte d'Or veut, quant à elle, préserver les vignobles d'une dangereuse maladie.
Le 24 février prochain, Emmanuel Giboulot doit comparaître devant le tribunal correctionnel. Le viticulteur français de la région de Côte d’Or risque une peine d’emprisonnement de 6 mois fermes et une amende de 30 000 euros. Les faits sont les suivants : en juin 2013, les vignes de la région sont menacées par la cicadelle. Il s’agit d’un insecte qui transmet une maladie appelée flavescence dorée. Cette affection est particulièrement dangereuse car elle est mortelle pour la plante. En outre, elle se propage rapidement.
Face à cette menace, la préfecture de Côte d’Or émet un arrêté imposant l’application d’un insecticide contre la cicadelle dans l’ensemble des vignobles du coin. Emmanuel Giboulot refuse tout net. En effet, le viticulteur exploite ses vignes selon le principe de la biodynamie. Une approche visant à travailler sur les équilibres biologiques qui rejette la prévention par l’usage d’insecticide. Selon lui, il existe d’autres méthodes plus naturelles qui permettent de préserver les cultures.
Plusieurs initiatives ont été mises en place pour soutenir l’agriculteur. Une pétition circule sur la toile et l’Institut pour la protection de la Santé Naturelle (IPSN) a créé une page de soutien via le réseau social Facebook.
La polémique n’en finit pas d’enfler à propos de l’usage ou non d’insecticide. La flavescence dorée représente en effet une menace non-négligeable pour la viticulture. Les avis divergent quant à la manière de lutter contre sa propagation. En refusant d'employer le pesticide, le viticulteur risque que la maladie se repende parmi les vignes avoisinantes.
Le seul insecticide accepté sous le label bio est le Pyrevert. Mais là encore, son utilisation comporte certains dangers pour l'environnement. Denis Thiery, directeur de l’unité santé et agroécologie de l’Institut National de la Recherche Agronomique, explique : "même s'il est d'origine naturelle, il est nuisible pour l'environnement : c'est un neurotoxique qui peut affecter les insectes, mais aussi les oiseaux, les animaux et même les viticulteurs selon les doses utilisées".
Une méthode de culture qui ne fait pas l'hunanimité
La biodynamie est une forme d’agriculture particulière respectant l’harmonie et l’équilibre biologique de la terre. Elle privilégie des préparations naturelles à toutes autres formes d’engrais. Mêlant philosophie et astronomie, elle s’intéresse également à l’influence des mouvements des planètes et aux phases lunaires sur les récoltes. Cette pratique recueille de plus en plus d'adhérents et non des moindres. Le domaine de la Romanée-Conti, dont la production est reconnue comme l'une des meilleures de Bourgogne, emploie cette méthode.
Mais la biodynamie est vivement critiquée par de nombreux sceptiques. En cause, le manque de preuves scientifiques des effets de la lune et des planètes sur les pousses. Pour Christophe Chauvel, régisseur de la maison Albert Bichot: "On a une formation scientifique, cartésienne. La biodynamie ne correspond pas à ce qu’on apprend à l’école". Luc Charlier, vigneron consultant pour des revues sur le vin, va même jusqu'à qualifier la pratique de "fadaise".
Emmanuel Giboulot n'en finit pas de susciter le débat tant sur le plan des méthodes de culture que sur le plan des gestions de pathologies végétales. Une seule certitude demeure: l'agriculture n'est pas une science exacte!
Source : RTBF, 17 février 2014,
http://www.rtbf.be/info/societe/detail_un-viticulteur-ira-t-il-en-prison-pour-refuser-d-employer-un-pesticide?id=8203102

Note du CIPPAD : la Biodynamie se réfère aux croyances du maître-à-penser Rudolf Steiner.