jeudi 13 février 2014

Coaching - Dix-huit mois de prison ferme pour l’entraîneur pédophile de Saint-Brice

Olivier Renou, ancien président et entraîneur des jeunes au club de football de Saint-Brice, a été condamné hier par le tribunal correctionnel d’Angoulême à dix-huit mois de prison ferme pour des attouchements sur 13 adolescents.
Une phrase malheureuse hier au coeur d’une audience correctionnelle qui provoque le malaise. "Au club, je touchais à tout", lâche Olivier Renou. Au club de football de Saint-Brice, dont il portait les couleurs depuis l’âge de 16 ans, Olivier était effectivement un touche-à-tout. Joueur, président, éducateur.
Il a surtout touché ce qu’il n’aurait jamais dû toucher: les enfants. Pendant des années. Vingt et une victimes recensées entre 2002 et 2010: treize qui ont raconté les attouchements sexuels, dix-neuf qui ont parlé des DVD et revues pornos que le coach-président les incitait à regarder. Combien n’ont rien dit? "Dans cette affaire, il y a sûrement un chiffre noir des victimes", estime Benoît Berthaud, l’avocat du District de football de la Charente. Selon les projections des gendarmes, Olivier Renou a entraîné environ 500 enfants.
À Saint-Brice, petit village aux portes de Cognac, Olivier Renou, 47 ans aujourd’hui, c’était quelqu’un. L’homme respecté. La bonne pâte, pâtissier à la ville, qui vivait encore avec maman "parce que le foot, ça passe avant les femmes". Celui qui portait le club. Celui à qui, pensait-on, on pouvait confier ses enfants pour qu’ils apprennent à taper dans le ballon.
Aux enquêteurs, les minots ont dévoilé l’autre facette du coach-président: celle de l’entraîneur pédophile. À l’époque, ils avaient 12, 13, 14, 15 ans. À l’audience hier, sept d’entre eux sont venus faire face à leur ancien entraîneur. Tous ont raconté la même chose, le même scénario, le même piège.
Théo (1). "J’étais le dernier dans le vestiaire. Il est venu. Il a pris sa douche avec moi. Il m’a dit de me masturber et de le toucher. Une autre fois, ça s’est passé dans sa voiture, alors qu’il me ramenait chez moi." Thomas: "Il m’a demandé de passer chez lui. Dès que je suis arrivé, il m’a dit de regarder un DVD porno. Il m’a dit de me masturber." Dans les vestiaires, dans son bureau de président, au club-house, chez lui, chez les enfants, au tennis. Partout. Toujours la même demande, toujours le même scénario. Revues ou DVD porno. Masturbation.
Un huis clos sordide
Félix: "C’était tout le temps. Il insistait jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il demandait." Et puis il y a le petit Antoine, émouvant: "Quand il m’a nommé
capitaine, j’ai compris que c’était pour ça. Moi, ça faisait que six mois que j’étais dans ce club, j’étais pas très bon au foot et j’avais pas l’âme d’un capitaine. J’ai compris que s’il me mettait capitaine, c’était juste pour être sûr de m’emmener aux réunions du District, à Angoulême. Sur la route, il s’arrêtait dans les bois, dans un chemin. Et il me disait de me masturber devant lui ou de le masturber."
Pendant des années et des années, les gamins n’ont pas parlé. "On savait qu’on y passait tous. Mais on avait une sorte de pacte pour que ça ne se sache pas", dit l’un d’eux. À cause de la honte, à cause de la culpabilité. À cause de la peur aussi. "On était des enfants. Lui, il avait 40 ans, il était impressionnant." Adrien: "Quand j’ai pu partir, il m’a dit “à mercredi prochain”. Sa voix était terrifiante. Je ne suis jamais revenu. J’ai arrêté le foot pendant sept ans." Partir pour fuir ce huis clos nauséabond.
Comment, pendant tout ce temps, Olivier Renou a-t-il pu faire illusion? Comment a-t-il pu échapper aux soupçons alors qu’il préférait prendre sa douche avec des enfants plutôt que dans le vestiaire des entraîneurs, se déplaçait visiblement en permanence avec des revues, des DVD pornos et des mouchoirs?
Il reconnaît tout
Adrien l’a glissé: "Des choses se disaient. J’avais entendu parler des adultes qui sont souvent au club." Mais, jusqu’à ce que l’un des enfants n’explose et déballe tout, en 2010, aucun adulte n’a parlé. Aucun adulte n’a mis un terme ne serait-ce qu’aux étonnantes douches du coach au milieu des pré-ados.
Face à la vague de témoignages, face à la parole libérée, Olivier Renou a fini par reconnaître. Tout. "Oui." "Oui." "Oui, ça s’est passé ainsi." Pourquoi? "On avait des conversations très libres." Comme s’il s’était senti investi d’une mission d’éducation sexuelle plutôt que sportive vis-à-vis des enfants. Option hard et avec travaux pratiques.
Longtemps, au cours des débats, Olivier Renou, aujourd’hui exilé en Gironde, a donné l’impression de ne pas bien comprendre ce qu’on pouvait lui reprocher. Timidement, il a consenti un "c’est vrai que c’était déplacé". Et puis, alors qu’il a déjà fait cinq mois de détention provisoire, il a sérieusement vacillé en entendant Stéphanie Veyssière, procureure, réclamer cinq ans de prison, dont trois ferme, à son encontre.
Il a encaissé sans rien dire lorsque, deux heures plus tard, le tribunal l’a condamné à dix-huit mois de prison ferme, plus dix-huit mois de sursis. Interdiction de paraître à Saint-Brice pendant trois ans, interdiction d’avoir des activités avec des mineurs. Hier soir, le parquet n’excluait pas de faire appel de la décision.
(1) Les prénoms de toutes les victimes ont été modifiés.
par Ismaël KARROUM
Source : La Charente Libre, 12 février 2014,
http://www.charentelibre.fr/2014/02/12/dix-huit-mois-de-prison-ferme-pour-l-entraineur-pedophile,1879828.php