samedi 8 février 2014

Toulouse - Le yoga du rire : est-ce bien sérieux ?

La rigologie, introduite en France dans les années 1990, compte aujourd’hui de nombreux clubs partout dans le pays. Quelle est l’efficacité d’une telle thérapie ?
Rions, c’est la crise. Au milieu de la morosité ambiante, les Clubs du Rire entendent rappeler aux Français qu’ils ont des zygomatiques. « Les Français ne sont pas joyeux, ils préfèrent râler » rappelle Suzanne V., diplômée ès rigologie, qui exerce depuis 8 ans à Villeneuve-Tolosane. Au programme des séances de rigologie, pas de vannes ni de clowneries : on se retrouve pour entraîner le corps à rire. Comme le vante dans son livre* le docteur indien Kataria, à l’origine de la discipline, cela aurait des bienfaits psychiques et physiques : en plus de muscler l’abdomen et les zygomatiques, cela permettrait de libérer des hormones (dopamine, endorphine), donc de lutter contre les effets néfastes du stress. «On peut parler de kinésithérapie du rire » explique Suzanne.
Une séance de rigologie est découpée comme une séance de yoga. Pendant l’échauffement, on se force à rire pour arriver à un état d’« excitation joyeuse ». Puis les élèves s’allongent sur le sol, tête contre tête, et relâchent leur énergie, qu’elle soit positive ou négative. A la fin d’une séance, on doit avoir retrouvé « l’enfant libre » qui est en soi, c’est-à-dire rire spontanément de tout et de rien.
Les élèves viennent pour plusieurs raisons : « soit ce sont des gens curieux, soit en recherche de lien social ». L’effet libérateur de la rigologie pourrait même aider les dépressifs. « Une de mes élèves, déprimée, effrayée par tout, a pu affronter sa peur de l’avion en venant aux séances» se rappelle Suzanne. Marie-Thérèse, ancienne infirmière hygiéniste, exerce la rigologie auprès du personnel hospitalier pour leur permettre d’être de meilleure humeur, et donc plus efficace. Le plus dur, d’après les professeurs, ce sont les séances en entreprises, car les cadres ont trop peur de l’image qu’ils vont renvoyer. De même pour certains médecins, trop rationnels pour mordre à l’hameçon.
C’est que la rigologie est bien loin d’être une science exacte, aucune étude sur le sujet n’ayant été validée par les autorités médicales en France. On ne peut être sûr, pour l’heure, des effets réels de ces séances « thérapeutiques ». L’Académie Nationale de Médecine, dont l’une des missions est d’examiner le sérieux de telles pratiques, met en garde contre ce qu’elle qualifie de « thérapies complémentaires ». « Le développement de ce genre de pratiques induit les gens en erreur, et les pousse parfois à abandonner leurs médicaments » explique Nicole Priollot, du service communication, tout en reconnaissant qu’elles apportent réconfort et écoute aux participants. « Cela doit rester strictement complémentaire » affirme-t-elle.
La rigologie ne peut donc se substituer entièrement à la médecine. Marie-Thérèse l’admet, elle s’en sert à sa sauce, et l’utilise en complément de la sophro-relaxologie. Un avis partagé par une ancienne animatrice du rire, qui remarque que l’acceptation des élèves est primordial : « si le mental est trop fort, et que l’élève ne veut pas lâcher prise, on ne peut pas faire de miracles».
*Rire sans raison (édition inconnue)
Caroline Félix
Source : Actu Toulouse, 29 janvier 2014,
http://www.actutoulouse.fr/?p=105