jeudi 13 février 2014

Rennes - Sectes : les dérives thérapeutiques en question

Une formation va permettre aux cadres de santé et du secteur social de mieux protéger les personnes vulnérables face aux dérives sectaires.
« La maladie est devenue une porte d'entrée propice aux mouvements à caractère sectaire, qui profitent de la souffrance ou de l'inquiétude des malades pour exercer une emprise à leur égard », observent Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), et Laurent Chambaud, directeur de l'École des hautes études de santé publique (EHESP). Ils viennent de s'engager dans un partenariat qui prévoit notamment une formation des cadres de santé et du secteur social à la protection des personnes vulnérables vis-à-vis des dérives sectaires.
Leur constat : « Chaque année, nous répondons à 3 000 signalements de la part de particuliers ou de services publics », indique Serge Blisko. Le problème ? Les sollicitations visant des personnes vulnérables à qui l'on promet un mieux-être ou une guérison grâce à des offres alléchantes.
Danger pour la santé
Ce phénomène ne surprend pas Laurent Chambaud. « Nous vivons dans un monde où nos concitoyens ont de plus en plus recours aux médecines douces, complémentaires ou alternatives. » Il ne s'agit pas de pointer du doigt des doctrines ou des théories en tant que telles, mais plutôt d'inciter à la plus grande vigilance.
Les 15 millions de malades atteints d'une affection de longue durée ou de maladies chroniques cherchent parfois à soulager leurs souffrances en empruntant des voies non conventionnelles. « Certains traitements sont prometteurs. D'autres ne sont que la poudre de perlimpinpin. Enfin, certaines pratiques sont carrément dangereuses. Inciter un malade à arrêter une chimiothérapie, par essence lourde et pénible, mais souvent salutaire, ne peut que porter préjudice. »
Les mineurs à qui l'on propose des méthodes éducatives miracles visant divers troubles du comportement ou de l'apprentissage, ainsi que les personnes âgées ou en situation de handicap, présentent une grande vulnérabilité. Les femmes enceintes ne sont pas à l'abri quand on leur fait miroiter des prédictions d'enfants parfaits « Ce sont ces publics que nous voulons protéger dans le cadre de notre partenariat, expliquent Laurent Chambaud et Serge Blisko.
Une formation et des actions de sensibilisation des cadres supérieurs de la santé, du secteur social et médico-social à ce phénomène seront menées afin que les professionnels soient mieux armés pour repérer les risques le plus précocement possible. »
Source : Ouest-France, Rennes, 12 février 2014