jeudi 27 février 2014

Alger - Violent, le charlatan !

Quels arguments peut exhiber un avocat qui défend un... charlatan qui use de violence et de cochonneries?
Les charlatans de tous bords pullulent. Et lorsque certains d'entre eux sont pris, c'est «l'encombrement» des esprits qui suivent les récits des victimes. Et encore, cet inculpé qui a eu un excellent avocat, en l'occurrence Maître Djediat de la rue Patrice-Lumumba d'Alger, a tout fait pour se présenter non pas comme un «criminel» mais plutôt un «guérisseur» d'occasion pour la face... d'Allah! «Je n'ai fait que ce que ma conscience m'a recommandé de faire!» a-t-il répété durant tout le procès.
Ce qu'a fait Kamel B. M. à Houaria ne relève probablement ni de l'infraction, ni du délit, encore moins du crime. Un couteau, du feu, des plaies ouvertes et pourries et de l'... urine...
«Cet avocat n'aurait jamais dû me défendre», a lancé, en guise de... dribble et de dernier mot, le prévenu de blessures volontaires, coups et beaucoup d'autres choses» avérées par les constats des services de sécurité qui ont déroulé le «tapis» au ministère public qui a préparé un rouleau compresseur au juge du siège malmené par le détenu.
Maître Mohamed Djediat a pourtant tenté de sauver les meubles de son client, lequel, un soir d'hiver, a invité une jeune fille chez lui. «Elle dansait bien. Elle m'a plu. Je lui ai signé au stylo rouge un chèque de dix mille dinars», a sifflé l'inculpé qui a reconnu s'être adonné à une «cérémonie d'exorcisme» sur le dos de la femme. «Elle souffrait énormément du dos» continue le prévenu.
Miné par les dribbles, le président de la section pénale l'aide: «Vous aviez chauffé à blanc la lame d'un couteau que vous aviez appliquée en urinant sur les plaies tous les quarts d'heure», rappelle le juge devant une assistance médusée. Le prévenu jure qu'il exorcisait. Son avocat plaide la folie passagère mi agacé, mi-amusé, le procureur ne veut rien savoir. Il plaide la responsabilité du bonhomme. Il requiert 18 mois ferme et 5000 DA d'amende ferme.
«Il devra savoir, une bonne fois pour toutes, que dans ce pays, il y a une justice qui veille sur le respect des lois.» Le dernier mot de l'audience reviendra au juge qui prendra un peu de temps pour rendre son verdict: la désignation d'un médecin expert permettra au magistrat d'être définitivement fixé. En attendant l'éclairage de l'expertise, l'inculpé restera à l'ombre pour un éventuel placement... et ce dernier mot est à saisir au sens propre et figuré. En attendant, la victime, une danseuse, absente lors du procès, doit probablement réfléchir avant d'accompagner un client de cabaret, un client qui, physiquement, présente bien, mais dont les gestes, les tics, les grimaces, les réponses désignent franchement un... malade à soigner, car la taule n'arrange rien. Maître Djediat l'a martelé: «Ce n'est ni un voyou ni un bandit, c'est plutôt un grand malade et nous nous étonnons qu'il n'ait jamais été suivi en prison à moins que durant la détention sa «maladie» ne fut mise sous un mandat de dépôt, comme... lui!»
Bien dit, Maître Djediat, mais notre justice est telle qu'elle est.
Par Abdellatif TOUALBIA
Source : L’Expression,  24 février 2014
http://www.lexpressiondz.com/chroniques/la_chronique_judiciaire/190127-violent-le-charlatan.html