vendredi 28 mars 2014

Afrique du Sud : vague de satanisme chez les ados

Un double meurtre à Soweto illustre la propagation du satanisme chez les adolescents. Sous l'influence, entre autres, des clips de certaines popstars comme Lady Gaga.
Johannesburg.

De notre correspondante.

Dans un stade de Soweto, des pasteurs appellent à chasser le diable lors des funérailles de Thandeka Moganetsi et Chwayita Rathazwayo, 15 et 16 ans. Les deux amies ont été poignardées en février par Thiko et Timelo, deux élèves de leur classe, adeptes du satanisme, arrêtés le lendemain du drame.
Dans le centre de détention, les deux garçons racontent cet après-midi fatal. « Thandeka et Chwayita voulaient être initiées pour devenir des stars comme Beyoncé, raconte Thiko. Après la classe, sur un terrain vague, nous avons fumé des joints. Les filles se sont tailladé les bras. Avec leur sang, elles devaient singer un pacte avec Satan. Mais Chwayita a pris peur. Après, on se souvient plus. Nous étions possédés. Quand nous avons repris nos esprits, il y avait du sang partout. » Avec les États-Unis, l'Afrique du Sud est le pays où le satanisme fait le plus de ravages. « Ils ont en commun un niveau élevé de violence et des Églises chrétiennes fondamentalistes puissantes, qui évoquent Satan à tout bout de champ », explique Nicky Falkof, enseignante à l'Université Wits de Johannesburg.
Une pratique d'adolescents
Le satanisme est apparu dans les années 1980 chez les Afrikaners. Popularisée par les clips de Lady Gaga, Rihanna ou Kesha, l'adoration de Satan s'est propagée dans les townships. « Il n'y a pas de culte organisé, poursuit Nicky Falkof. C'est une pratique d'adolescents, souvent une stratégie de résistance à une situation malheureuse. » Selon la police, quarante-huit cas de satanisme ont été enregistrés en trois mois dans la région de Johannesburg et Pretoria. L'an dernier à Soweto, un jeune a tué quatre membres de sa famille.
Thiko et Tumelo voulaient devenir riches, oublier leurs problèmes. La dépression pour Thiko, après le décès de son père et la maladie de sa mère ; la violence pour Tumelo, enfant battu. « On a appris les rites sur Internet, raconte Thiko. Satan nous avait même ordonné de tuer nos parents. Maintenant, je voudrais de- venir un enfant de chœur pour pouvoir identifier les bons esprits. »
Valérie HIRSCH
Source : Ouest-France, 28 mars 2014