samedi 8 mars 2014

Burkina Faso : journée de la Femme à l'hôpital du Plaisir

A la veille de la célébration du 8 mars, l’association Clitoraid, parrainé par Raël, entend démarrer, à Bobo-Dioulasso, ses activités de restauration gratuite des clitoris excisés. Dans l’Hôpital Kamkaso ou ailleurs.
Alors que se prépare la Journée internationale des droits des Femmes, prévue pour ce 8 mars, l'espoir est double pour la gent féminine du Burkina Faso, autrefois victime de l'excision à près de 90%. La première source d'optimisme vient des récentes statistiques qui situent la prévalence de l'ablation du clitoris à 15% chez les filles de moins de 13 ans. Le second motif de réjouissance pourrait venir de la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso. Les représentants locaux de l'Organisation non gouvernementale américaine Clitoraid ont annoncé, pour ce 7 mars, l'inauguration de la clinique Kamkaso où doivent se pratiquer, à termes, des opérations de restauration du clitoris. Le nom de cet espace de 2000 m2 est inspiré du dioula "Kama moussow ka so" qui signifie la maison de la femme noire. Mais depuis quelques années déjà, le Centre est connu sous le surnom d'"Hôpital du Plaisir".
C'est le médecin français Pierre Foldès, en
collaboration avec l'urologue Jean-Antoine
Robein, qui mettait au point, il y a quelques
années, une technique chirurgicale d'étirement
qui consistait à ré-extérioriser le moignon du
clitoris toujours présent sous le pubis. C'est d'ailleurs au Burkina, dans les années 1980, qu'il avait découvert les sévices causés par cette forme de mutilation pratiquée dans 28 pays africains de la région subsaharienne, ainsi que dans la partie nord-est de l'Afrique. Dans le monde, c'est 130 millions de femmes qui auraient été excisées.
C'est de Las Vegas que Claude Vorilhon, fondateur du mouvement raëlien, lançait, en 2006, le programme "adopter un clitoris" destiné à récolter des fonds pour la construction de la clinique de Bobo-Dioulasso. Huit ans, plus tard, au Burkina, Abibata Sanon, présidente de l'Association "Voie féminine de l'épanouissement / Clitoraid" annonce l'inauguration de l'Hôpital Kamkaso, ainsi que la venue de médecins américains pour former des collègues dans la deuxième ville du Faso et opérer les cinquante premières patientes de la liste d'attente.
Le mouvement raëlien, qui affirme représenter sur terre des extraterrestres techniquement avancés nommés "Elohims", est bien implanté dans le sud-ouest du Burkina Faso, notamment dans le camp "Elohika" où se déroulent régulièrement des rencontres estivales sur la route de Banfora.
Dans une société burkinabè traditionnellement
prude et massivement impliquée dans la
pratique des religions musulmanes et
chrétiennes, la publicité faite à l'hôpital du plaisir
suscite quelques réticences. Dans le domaine de
la Santé, des personnalités comme Aïna Ouédraogo, s'exprimant en tant que Secrétaire permanente du Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE), recommandait, en 2007, "prudence" et "patience" aux femmes qui nourrissaient l'ambition de corriger les effets des mutilations génitales. Circonspectes ou mal à l'aise, les autorités se montrent peu disertes sur l'événement du 7 mars. Si elle affirme avoir obtenu toutes les autorisations de construction de ses bâtiments, l'association AVFE / Clitoraid indiquait, en début de semaine, qu'à défaut de permission d'y pratiquer à la date prévue, le début des opérations chirurgicales aurait lieu "dans un autre hôpital de Bobo-Dioulasso".
Sur le fond, en l'absence d'études sexologiques rigoureuses sur les effets de ces opérations, certains professionnels de santé, sans condamner une telle chirurgie, se déclarent "partagés" sur son utilité qui, parfois, néglige l'approche multidisciplinaire et ne met pas les patientes à l'abri d'éventuelles séquelles. Des spécialistes de la lutte contre l'excision craignent, eux, que la perspective de "restauration" du clitoris ne conduise à baisser la garde. A l'inverse, les représentants de Clitoraid sont convaincus que "l'Hôpital du Plaisir sera un puissant moyen de dissuasion pour ceux qui pratiquent encore cette coutume barbare. Ils cesseront d'exciser les fillettes, car il est insensé de détruire quelque chose qui peut être facilement restauré".
Le premier intérêt de cette technique de correction chirurgicale est peut-être d'avoir libéré la parole des femmes excisées...
Damien Glez
Source : Jeune Afrique, 7 mars 2014
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140307113032/

Note du CIPPAD : Les mouvements ésotériques sont toujours prompts à profiter de toute détresse humaine. Question d’autant plus sensible ici que le mouvement à caractère sectaire Raël est connu pour encourager une sexualité des plus libérées… Souhaitons que cette alerte amène les autorités burkinabées à légiférer sur la question de l’excision, et aussi à devenir pionnière en Afrique en matière de chirurgie réparatrice de cette mutilation.