lundi 24 mars 2014

Des familles s'inquiètent de dérives sectaires liées à l'islam

Par Stéphanie Le Bars
La jeune femme, née à Paris dans une famille d’origine africaine chrétienne, ne sort qu’intégralement voilée et gantée, ce qui lui a déjà valu plusieurs contraventions. Dans la chambre de son fils de 12 ans, un livre sur le Prophète, un autre sur les ablutions à effectuer avant la prière constituent les seules distractions du jeune garçon.
Contraint par sa mère de se rendre à la mosquée cinq fois par jour, l’élève, aujourd’hui en CM2, a été déscolarisé durant toute l’année 2013. « Elle ne voulait pas qu’il aille à la piscine avec les filles, qu’il entende parler d’accouchement ou de sperme à l’école. Elle a plusieurs fois évoqué son intention de partir en Afrique ou en Arabie saoudite », rapporte une source proche du dossier.
Le 12 mars, le tribunal correctionnel de Chartres a condamné la jeune mère de 27 ans à six mois de prison avec sursis et à une « obligation de travailler ». Le procureur a estimé que cette attitude n’avait « rien à voir avec la religion » et a dénoncé une « dérive sectaire ».
Depuis quelques mois, des familles confrontées à une radicalisation religieuse de ce type dans leur entourage prennent contact avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui a « lancé l’alerte » au niveau interministériel. De même, l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi), constate une « poussée exponentielle » des cas enregistrés dans ses antennes locales.
« PHÉNOMÈNE RÉCENT ET CROISSANT »
Dounia Bouzar, auteur d’un récent ouvrage intitulé Désamorcer l’islam radical (Les Editions de L’Atelier, 224p., 20 euros), qui tente depuis des années de démontrer que « ces parcours de désocialisation relèvent plus d’une instrumentalisation du religieux que de l’islam », assure, elle, être en relation avec une trentaine de familles ayant un « enfant endoctriné ». Elle vient de créer un centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, pour aider les travailleurs sociaux à faire la distinction entre ce qui relève « de la liberté de conscience et ce qui s’apparente àune dérive sectaire, à une souffrance ».
Face à ce « phénomène récent et croissant », selon la Miviludes, et alors que les services de renseignement s’inquiètent du départ de plusieurs centaines de jeunes Français vers la Syrie , chacun se félicite d’une prise de conscience, mais les analyses divergent encore. « Emprise mentale » pour les associations, « radicalisation religieuse », voire « dérive islamiste » pour les autorités, les réponses oscillent entre approches sociale, judiciaire et policière.
Les appels reçus à la Miviludes interviennent surtout pour s’inquiéter d’un changement de comportement chez des jeunes filles. « Ce sont des familles de culture musulmane ou non, pieuses ou non, qui voient en quelques mois, leur enfant se couvrir des pieds à la tête », confirme Serge Blisko, président de la Miviludes. Jusqu’à présent, les familles témoins d’une radicalisation religieuse liée à une dimension politique se taisaient ou, plus rarement, se tournaient vers la justice ou la police .
« Les cas qui nous arrivent ne relèvent pas tous de cela, explique M. Blisko. Parfois, la crainte concerne un départ à l’étranger pour un mariage, ou une rupture avec le cadre familial, avec les études. Les jeunes filles refusent certaines pratiques alimentaires ou affirment à leurs parents qu’ils vivent dans le faux. Les familles, dont certaines n’ont aucune attache religieuse, sont désemparées. »
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Source : Le Monde, 24 mars 2014
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/24/des-familles-s-inquietent-de-derives-sectaires-liees-a-l-islam_4388591_3224.html