vendredi 28 mars 2014

Marseille - Les prostituées étaient sous l'emprise d'un rite vaudou

Des jeunes Nigérianes étaient obligées de se vendre à Aix et à Marseille

Si vous ne suivez pas les instructions de votre supérieur, vos ongles vous poursuivront et vous grifferont !" La violence de la rue, les "passes" qui s'enchaînent, les viols, la menace de la prison les faisaient à peine trembler. Tout ça n'est rien à côté du Vaudou. "Même en garde à vue, elles étaient terrorisées. Elles sont restées muettes tant elles avaient peur", confiait, hier, une source proche de l'enquête, après le démantèlement d'un réseau de proxénétisme nigérian qui "ensorcelait" les filles pour les mettre sur le trottoir à Marseille, Place du Général Ferrié, quartier Menpenti, et à Aix, à proximité de la place de la Rotonde.
Après plus d'un an d'investigations, aux côtés de l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRET), la brigade de répression du proxénétisme (BRP) de la DIPJ (Direction interrégionale de la police judiciaire) de Marseille a interpellé, vendredi dernier, cinq personnes, dont quatre femmes. Elles ont toutes été mises en examen pour "proxénétisme aggravé" et écrouées.
Selon les informations recueillies par les enquêteurs, une vingtaine de Nigérianes, dont certaines mineures, se prostituaient sur la voie publique depuis fin 2012. Sorties des bidonvilles du sud du Nigéria après avoir été achetées 15 000 € à leur père ou leur mari par des rabatteurs, elles étaient emmenées clandestinement en Europe, via le Maroc. Barcelone, Toulouse, Paris, Marseille... Mais la terre promise est rapidement devenue hostile. Jetées sur le trottoir, elles devaient rembourser 50 000 € pour racheter leur liberté. Personne n'a tenté de fuir. Le chantage vaudou a fait le reste.
Avant de venir en Europe, certaines filles étaient contraintes de se plier à la cérémonie du "juju". Ce pacte tribal sacré est connu de tous depuis l'enfance. Elles se coupent les ongles des pieds et les poils qu'elles remettent à un sorcier en prononçant une formule magique. D'autres pratiquent des scarifications sur le corps des futures travailleuses du sexe et les recouvrent de poudre noire destinée à les rendre invisibles aux yeux de la police. Ce rituel est suivi du sacrifice d'une poule. D'abord piétinée par la fille, la volaille est ensuite égorgée par le sorcier ...
Lorsque la cérémonie n'a pas pu avoir lieu au Nigéria, c'est depuis le pays où elles sont retenues prisonnière, que leurs ongles et leurs poils sont envoyés à "une sorcière". Les "mamas", mères maquerelles, abusent ainsi de leur crédulité en leur faisant croire que si elles ne ramènent pas d'argent, ou pis, si elles fuient, il leur arrivera malheur... Rendues dociles par ce chantage d'un autre temps, ces esclaves du sexe sont devenues rapidement "très rentables". Plusieurs milliers d'euros en espèces ont été saisis au domicile des "mamas". Pour ramener l'argent au Nigéria, un homme était chargé de faire la collecte. Au passage, il prenait 10 % de commission.
En juin dernier, un réseau du même type avait été démantelé à Barcelone.

Laetitia Sariroglou

Source : La Provence, 28 mars 2014,
http://www.laprovence.com/article/actualites/2811610/les-prostituees-etaient-sous-lemprise-dun-rite-vaudou.html