samedi 22 mars 2014

Rome - Le pape installe une commission pour la protection des mineurs

La nouvelle commission pontificale qu’avait annoncée le cardinal O’Malley comprend quatre femmes, dont la pédopsychiatre française Catherine Bonnet.
Annoncée par le cardinal américain, Sean O’Malley, le 5 décembre dernier à la presse, la "commission pontificale
pour la protection des mineurs" commence à prendre forme. Le Saint-Siège a annoncé samedi 22 mars une
première composition de cette structure destinée en particulier à prévenir les abus sexuels sur enfants, dont le scandale a éclaboussé toute l’Église catholique ces dernières années.
QUATRE FEMMES NOMMÉES
Outre le cardinal O’Malley, connu pour son combat contre la pédophilie dans son diocèse de Boston, la nouvelle commission comprend des spécialistes de la maltraitance d’enfants, dont la pédopsychiatre française Catherine Bonnet, qui a notamment travaillé auprès de femmes et d’enfants lors des conflits armés en Croatie et au Rwanda. Elle est l’auteur de plusieurs livres sur le sujet, dont « Enfances Interrompues par la guerre » (1994, Bayard éditions).
Au total, sur les huit membres actuels de la commission, quatre sont des femmes laïques. Outre Catherine Bonnet, il y a Marie Collins, une Irlandaise ayant été abusée par un prêtre dans un pays durement touché par ce scandale, Sheila Hollins, une psychiatre britannique membre de la Chambre des Lords, et l’ancienne premier ministre polonaise et spécialiste des droits de l’homme Hanna Suchock. Ces nominations forment la première traduction concrète de la volonté, exprimée par le nouveau pape, de promouvoir des femmes à de hautes responsabilités dans l’Église.
FORTE PRÉSENCE AUSSI DE RELIGIEUX
La composition de la commission se caractérise aussi par une forte présence de religieux. Le pape, lui-même jésuite, y a nommé deux autres jésuites, dont son compatriote et ancien élève P. Humberto Miguel Yanez, professeur de théologie morale à la Grégorienne (université jésuite de Rome), et le père allemand Hans Zollner, psychothérapeute. Le cardinal O’Malley est, pour sa part, un religieux capucin, ordre de la famille franciscaine.
La présence d’un canoniste, le professeur italien Claudio Papale, rappelle que cette commission aura aussi pour tâche de faire valoir les « devoirs et responsabilités civils et canoniques » et les règles de discipline envers les offenseurs, comme l’a indiqué le directeur de la salle de presse du Saint- Siège, P. Federico Lombardi dans un communiqué. « Le développement des meilleures pratiques (pour la protection des mineurs, NDLR) telles qu’elles ont émergé dans les sociétés » figure aussi parmi les missions de cette commission.
UN NOUVEL OUTIL DANS LA LUTTE CONTRE LES CRIMES PÉDOPHILES
Sa structure complète et sa mission précise restent toutefois encore à compléter. Le « groupe initial » annoncé ce 22 mars devra notamment donner « les noms de candidats additionnels, spécialement d’autres continents et pays », précise le communiqué du Vatican. Ce souci de représentation géographique se retrouve dans les autres réformes entreprises par le pape argentin. Si la commission se trouve actuellement paritaire hommes/femmes, rien ne l’engage à évoluer de la sorte.
Dans l’immédiat, ce nouvel organe dans l’Église s’inscrit dans les efforts de lutte contre les crimes pédophiles menés en particulier par Benoît XVI. Sa création survient à un moment où l’attente des associations de victimes reste vive à l’égard du Vatican, comme le rapport du comité des droits de l’enfant des Nations unies s’en était fait durement l’écho le mois dernier. « L’Église catholique est peut-être la seule institution publique à avoir agi avec transparence et responsabilité. Aucune autre n’a fait plus », avait réagi le pape François dans une interview au Corriere della Sera publiée le 5 mars dernier.
Sébastien Maillard (à Rome)

Source : La Croix, 22 mars 2014,
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Le-pape-installe-une-commission-pour-la-protection-des-mineurs-2014-03-22-1124260