mardi 11 mars 2014

Saône-et-Loire - Une réflexologue plantaire ne peut pas s'improviser pédicure-podologue

Une réflexologue peut-elle couper les ongles des pieds ou gratter les peaux mortes de la voûte plantaire, avant de commencer son massage ? La réponse est non.
Pour avoir eu tendance à passer outre et à accomplir ce genre d'actes de pédicure-podologie, Carole, une habitante du Bassin Minier, vient de se retrouver devant le tribunal correctionnel de Chalon, poursuivie pour usurpation du titre ou de la qualité de pédicure-podologue, de pédicure ou de podologue, suite à une plainte de l'Ordre national des pédicures podologues. Elle a été condamnée à 3 mois de prison avec sursis et devra payer l'euro symbolique de dommages-intérêts à l'Ordre national des pédicures podologues et 2 000 € au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale.
A la barre du Tribunal, comme auparavant durant l'enquête, cette femme de 42 ans, n'a pas fait de difficulté pour reconnaître ses torts. « C'est vrai que je n'aurais pas du le faire, mais c'était pour leur faire comprendre que l'hygiène du pied est nécessaire » a-t-elle confié. La quadra a dit qu'on ne l'y reprendra plus. Ce dont n'est pas tout à fait certaine le substitut Caroline Mollier, laquelle a souligné  dans ses réquisitions que ce n'était pas un acharnement vis à vis de la prévenue et que les choses auraient pu se régler à l'amiable.

En avril 2011, Carole a ouvert un cabinet en vue d'exercer les activités d'esthéticienne et de réflexologue plantaire. Inscrite sur les pages jaunes du téléphone en tant que pédicure-podologue, elle a fait le nécessaire, dès mai 2011, pour corriger l'erreur. Mais quelques mois plus tard on l'a retrouvé comme pédicure-podologue dans le cadre de la Semaine bleue, la semaine nationale des retraités et des personnes âgées. Et le 11 octobre 2011 un huissier a constaté que, si la plaque apposée sur la porte de son cabinet, mentionnait bien « réflexologue plantaire », par contre, à l'intérieur, étaient visibles divers objets permettant de réaliser des soins de pédicure-podologie. Le 28 novembre 2011, Carole a adressé un courrier à l'ordre régional des pédicures-podologues dans lequel elle s'excusait pour son manque de vigilance et indiquait qu'elle ne recommencerait plus. Pourtant, en mai 2013, une patiente a fait savoir qu'elle était venue à son cabinet et que la réflexologue lui avait fait des actes de pédicure-podologie.

« Ni courriers, ni constat d'huissier ne l'avaient fait cesser, le Conseil de l'ordre ne pouvait pas faire autrement que de la citer. J'espère que son passage devant le Tribunal aura une vocation pédagogique » a fait remarquer Me Nicolas Tavieaux-Moro, du barreau de Paris, conseil de l'Ordre national des pédicures-podologues, après avoir rappelé que de telles pratiques pouvaient être dangereuses pour la santé de certains malades.

« C'est le procès de la candeur, le procès de la naïveté » a estimé Me Claude Vermorel, qui assurait la défense de Carole, avant de faire observer que, selon lui, la procédure la plus adaptée aurait sans doute été la juridiction administrative, qui aurait eu une vertu pédagogique immédiate ». L'avocat a également signalé « Ma cliente est une femme très gentille, très douce, et qui n'a pas su dire non. On peut vraiment souscrire à sa bonne foi. Elle a été plutôt maladroite ». Gare à une nouvelle maladresse, cela pourrait signifier la fermeture du cabinet.

Gabriel-Henri THEULOT

Source : Info Chalon, 9 mars 2014,
http://www.info-chalon.com/articles/chalon-sur-saone/2014/03/09/5217-tribunal-de-chalon-une-reflexologue-plantaire-ne-peut-pas-s-improviser-pedicure-podologue.html