mardi 11 mars 2014

Tugdual Derville à la Catho, la vraie polémique

à Angers ou Paray-le-Monial, le délégué général d’Alliance Vita est toujours le bienvenu au sein de la Communauté de l’Emmanuel.
A contexte électoral et social équivalent, l'Université catholique de l'Ouest aurait-elle pris le risque d'accueillir Tugdual Derville à Angers il y a deux ans ? Après les incidents qui ont émaillé la conférence du délégué général d'Alliance Vita et porte-parole de la Manif pour Tous le 18 février*, la question n'intéresse pas qu'Angers Mag. Au sein même de l'Institution, des employés déstabilisés par ce qui se joue aujourd'hui, place André Leroy, témoignent, sous couvert d'anonymat, de leurs inquiétudes. En cause, le sentiment d'une emprise de plus en plus prégnante de la Communauté de l'Emmanuel, dont est issu - il en a été le modérateur neuf ans - le recteur Dominique Vermersch, sur les enseignements et la gouvernance de la Catho. Intendance, mécénat, ressources humaines..., la liste des nouveaux cadres issus ou proches, comme le patron de l'université, de cette communauté charismatique fondée en 1976, interroge à tout le moins. L'an passé, quelques rares voix s'en étaient émues comme Jean-Pierre Boutinet, l'ex-responsable de l'Institut de psychologie et sociologie appliquée (Ipsa), dénonçant en juin 2013 sur son blog, « la situation de captation imposée à l'université ». Et pointant, sur le fond, le prosélytisme de « discours placés sous l'obsession d'une recherche de vérité ». « Auparavant, on nous demandait de respecter le caractère propre de l'Institution. Là, on a le sentiment qu'il faut y adhérer », confie un enseignant. Dans une tribune au journal La Croix, titrée « Qu'est-ce aujourd'hui qu'tine université catholique ? » (11/12/13), Dominique Vermersch concluait que celle-ci était portée par « ce même mouvement d'existence de l'Église qui "existe pour évangéliser" ». Evangélisation ou prosélytisme ? Là est le débat. A Paray-le-Monial (71), Tugdual Derville est un fidèle de longue date des rencontres organisées au siège de l'Emmanuel. Des locaux où s'est tenue en novembre une discrète rencontre des « Chrétiens engagés en politique » réunissant toutes les têtes de réseaux opposés au mariage homosexuel dont Christine Boutin, Christian Vanneste ou encore Bruno Gollnisch. Un hasard sans doute.
Yves Boiteau
*Des étudiants de gauche ont été évacués manu militari de la salle après avoir tenté de prendre la parole.
Sacré boy...
Au moins a-t-il rompu
le silence... L'évêque d'Angers, Mgr Delmas, est un homme de peu de mots. Certes, le climat ambiant, délétère et souvent nauséabond, n'engage guère à délier les langues. Mais tout de même, l'émotion soulevée ces dernières semaines par la conférence de Tugdual Derville (sur l'écologie humaine) et la polémique entourant la diffusion à des collégiens du film « Tomboy » méritaient un commentaire de l'évêque. Qui a réaffirmé sa foi en l'écologie humaine - assumant sans détour la tenue de la conférence dans une période politique et idéologique fondamentale - et soutenu que « Tomboy » n'avait pas droit de cité au sein de l'enseignement catholique. Sans l'avoir vu. Après tout, depuis quand un homme d'église aurait-il besoin de voir pour croire ? 

Source : Angers Mag, n°15, mars 2014
Note du CIPPAD : quelques éléments sur le Renouveau charismatique.