jeudi 17 avril 2014

Angers, des spiritualités en marge de la campagne municipale

Ces dernières années le paysage sectaire a évolué et s’est réorganisé. Nombres de groupes importants ont progressivement laissé place à des mouvements plus discrets et mieux insérés dans la société et notre quotidien, adaptant leurs stratégies.
Ainsi, est née en 1998, à l’initiative de la Scientologie, une association du nom de CAP Liberté de Consciences (CAP-LC), dont la raison est d’être de tous les combats contre la politique de prévention des dérives sectaires, réagissant sans délai à toute initiative d’origine gouvernementale, associative ou parlementaire. Cette officine, dont le siège social est situé à Nantes, est devenu le porte-drapeau français de plusieurs organisations (Scientologie, Témoins de Jéhovah, Raël, etc.).
CAP-LC s’intéresse également aux médecines alternatives, remettant en cause la primauté de la médecine moderne, et dénonçant les lobbies, hypothétiques ou réels, de l’industrie pharmaceutique. Pour cela elle dispose d’une filiale du nom de « CAP Liberté thérapeutique », animée par sa vice-présidente, la nantaise Roselyne Morel, qui, en 2000, n’avait pas hésité pas à demander, en vain, la dissolution de l’Ordre des médecins auprès du Premier ministre de l’époque.
De formation médicale, Mme Morel ne pratique plus depuis 2005 suite à des démêlées avec l’Ordre des médecins « pour suspicion d’appartenance à une secte » et « suspicion d’utilisation de thérapies illusoires », ainsi qu’elle l’indique dans son site internet. Adepte de la médecine Hamer, du nom d’un médecin allemand condamné à des peines de prison par plusieurs pays, celui-ci explique que le cancer proviendrait d’un conflit psychologique qu’il convient de résoudre pour en guérir, prônant dans le même temps l’arrêt des traitements. Charlatanerie qui a provoqué de nombreux décès en Europe.
Cette mouvance continue de se développer sous différentes dénominations, dont le Décodage biologique, appellation que Mme Morel utilise aujourd’hui pour enseigner cette pseudo-médecine, notamment à Contigné, dans le nord du Maine-et-Loire.
L’ancien maire d’Angers, Fréderic Béatse, avait pris une position très claire par rapport au phénomène sectaire déclarant en novembre 2013, concernant de la Scientologie : « Je mets en garde les Angevins contre le discours de cette association, dont j'affirme qu'elle n'est pas une association comme les autres. J'invite les uns et les autres à se montrer extrêmement vigilants, surtout en cette période où les messages sont brouillés et que certains peuvent être tentés de jouer sur cette confusion des idées. »
La liste d’un des candidats à l’élection municipale d’Angers a, par contre, réservé son lot de surprises. Ainsi y retrouvait-t-on une chanteuse bien connue localement, interprète de qualité, au répertoire chaleureux. Côté face, dans les années 2000, avec un ami, elle co-dirigeait un café musical dans le quartier de la Doutre, à Angers. Lui, au bar et à la pression, elle, à la programmation et sur scène. Des soirées qui ont vu défiler nombres d’artistes français.
Côté pile, une alternance avec des soirées café-philo, où l’on pouvait rencontrer des personnages plus singuliers. Des psychothérapeutes formés aux méthodes psychologisantes controversées de la mouvance New-Age. Y croiser aussi des maîtres Reiki, ou bien encore des « psychologues cliniciens » dont l’activité réelle était plus à rapprocher de certaines pratiques ésotériques.
La surprise vient surtout du fait que ce café était également un lieu de réunions et de rencontres pour CAP-LC à Angers...
Ainsi, par exemple, fin 2008 CAP-LC y organisait une soirée au programme étonnant: « Lors de cette réunion nous aborderons les thèmes suivants :
- Les libertés thérapeutiques, par le Docteur Roselyne Morel, vice-présidente de CAP-LC.
Avancé du projet juridique de CAP avec d’autres associations.
Ce projet consiste :
- en l’élaboration d’un document officiel utilisable par les médecins et les avocats faisant le point sur les droits des thérapeutes non conventionnels, les droits des patients à recourir à ces thérapies.
- de demander la mise en conformité des divers textes avec les codes civils, autant en France et en Europe
- de sensibiliser le monde juridique aux problématiques actuelles auxquelles sont confrontés ces médecins non conventionnels face à leur conseil de l’ordre.
- de sensibiliser aussi le monde politique, aux incohérences et surtout aux discriminations qui apparaissent vis-à-vis des thérapeutiques non conventionnelles depuis ces dernières années.
- Le 10 octobre CAP-LC, était présent à l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe). Le thème de la 12eme réunion de travail fut celui de la « Liberté de Religion et de Croyance ». A cette occasion de nombreux gouvernements et organisations non gouvernementales ont pu exposer différentes sources de discriminations religieuses à l’oeuvre en Europe.
- Que pouvons-nous attendre de l’Europe ?
- La sortie du rapport du nouveau président de la Miviludes peut poser quelques questions. La préconisation de GIR (Groupe d’Intervention Rapide) « anti-sectes », la mise sous tutelle des adeptes « consentants »,
- Sortie des actes du colloque de CAP-LC du mois de juin 2008 qui a donné lieu à des réflexions d’avocats et de juristes sur la liberté de religion en France. »
On ne saurait-être plus clair.
Mme Roselyne Morel, s’est aussi intéressée personnellement à la politique lors des législatives de 2007, où elle s’est présentée dans la 2ème circonscription de Nantes, sous les couleurs de La France en action.
Ce parti avait alors présenté près de cinq cents candidats dans toute le France. Peu avant le scrutin, France 2 puis le député Georges Fenech affirmaient qu’il était lié à des mouvements de natures sectaires. Plusieurs responsables de La France en Action, dont le président de CAP-LC, poursuivront ce dernier en justice pour diffamation mais perdront, et seront condamnés pour procédure abusive.
Lors des législatives 2007, la permanence de La France en Action en Maine-et-Loire se tenait dans ce même café-concert du quartier de la Doutre... Après un premier un rachat frauduleux et quelques péripéties, l’établissement changera de propriétaire en 2011.
Comme l’indiquait fort justement la vice-présidente de CAP-LC, son officine a réussi à approcher des juristes et des avocats. L’un de ces derniers, connu sur la place angevine, a, au début de sa carrière, porté le fer à plusieurs reprises pour le compte de la Scientologie et de CAP-LC en poursuivant, par exemple, la Mairie d’Angers, ou en demandant, sans succès, la dissolution de l’UNADFI, importante association de prévention du phénomène sectaire. Activité professionnelle d’un avocat, vous direz nous? Sans nul doute.
Cependant, en octobre 2009, à Nantes, CAP-LC organisait un colloque intitulé « Médecines non conventionnelles et liberté de choix thérapeutique: les défendre, se protéger face aux accusations de dérives sectaires ». Sept personnes interviendront à la tribune: présidents d’associations, médecins et avocats. Parmi ces derniers, deux membres du barreau d’Angers.
L’un d’eux parlera de « Médecine, croyances et liberté. Frontières entre les médecines nouvelles, les croyances admises et les médecines condamnées, notamment par l’académie de Médecine ». Son intervention abordera également les guérisons miraculeuses de Lourdes et de Fatima.
L’activité professionnelle d’avocat semble cette fois plus lointaine. Ne se rapprocherait-on pas là, lors de cette réunion très connotée, de convictions plus personnelles ?
C’est ce même juriste qui avait préalablement contribué à poursuivre en justice la Mairie d’Angers et l’UNADFI pour le compte de la Scientologie et de CAP-LC.
Hors, début 2014, on le verra apparaître aux côtés de la chanteuse organisatrice des réunions angevines de CAP-LC, sur la liste électorale d’un des candidats à la mairie d’Angers.
La mouvance New Age n’était pas en reste non plus, et toujours sur cette même liste on y trouvait une autre candidate, qui, bien que sans formation médicale, s’est spécialisée dans le « drainage lymphatique » ou bien encore dans l’organisation de semaines thématisées associant « danse et astrologie », « Feldenkrais et tango », « Qi Gong et danser l’être », etc. Activités qu’elle propose lors de stages qui se déroulent en Charente Maritime dans un centre de vacances New Age qui a déjà connu les feux de l’actualité locale et nationale.
Un autre membre de la même liste, spécialiste en « programmation neuro-linguistique », « coaching intégratif et arts de la communication » et « maître praticien en Hypnose Ericksonienne », y ajoute un brin d’héliotropisme proposant des stages de formation professionnelle en Corse. Ainsi, fin janvier à l’heure où les candidats rendaient publique la composition de leurs listes, cette personne y animait un stage de cinq jours pour un coût modeste de 1100 euros, hors hébergement.
Cette liste électorale n’a pas survécu au « cap » du premier tour, et la possibilité d’une entrée de ces personnages au conseil municipal d’Angers s’est évanouie.
Le phénomène ne s’est pas cantonné à Angers, et nombre de villages dans l’ouest comme dans tout le pays, ont élu, des adjoints guérisseurs, sophrologues et autres professionnels des méthodes New Age. Les tenants de ces mouvements se déclarent bien souvent comme appartenant à de « nouvelles minorités spirituelles »...
La loi dite de 1905 organise la séparation des Églises et de l'État, acte fondateur contribuant à la laïcité de la République et qui donne à chacun une garantie de pratique religieuse.
Un ancien Président de la République avait souhaité la dépoussiérer, mais cela ne s’est pas fait. Souhaitons simplement que ces « nouvelles spiritualités » de toutes sortes ne viendront pas trop interférer dans le fonctionnement démocratique en s’engouffrant par la porte des élections locales.
Source : CIPPAD, 17 avril 2014,
http://www.cippad.com/2014/04/angers-des-spiritualites-en-marge-de-la.html