lundi 28 avril 2014

FRANCHE- COMTÉ - BIENVENUE À « CHAMAN-LAND »

INSOLITE - LE PLUS IMPORTANT FESTIVAL DE CHAMANISME DU PAYS FERME SES TIPIS AUJOURD’HUI EN FRANCHE- COMTÉ. VISITE GUIDÉE
Dole. La Nature étant bien faite – et ce ne sont pas les chamans qui le contrediront – le soleil s’est finalement résolu à pointer le bout de ses rayons, éclaboussant les pieds nus des premiers visiteurs... Jeudi, s’ouvrait le 7e festival de chamanisme organisé par le Cercle de la Sagesse, plus important regroupement du pays.
Bâton décoré d’une poignée de plumes en main, Adrien déambule tranquillement sur l’une des pelouses bordant le château Bellevue. Bénévole, le sympathique trentenaire grenoblois tenait à retrouver cette « sphère créée le temps d’un week-end » où, dit-il, « on se débarrasse de ses tensions pour se retrouver autour des valeurs humaines »... Antoine, un visiteur, acquiesce : « Ici, il y a comme une libération. On sent qu’une porte s’ouvre... »
Le décor et ses tipis sont plantés. Et aussitôt, les clichés fleurissent. Retour aux années hippies, pâquerette, longs cheveux, avec un John Lennon allongé dans l’herbe, là-bas, qui entonne sa chanson «Imagine » ? Cruellement réductrice, cette première impression se heurte à la richesse et la multiplicité d’une manifestation forcément déroutante pour les non-initiés, et ils sont nombreux.
1.500 visiteurs se laissent envoûter
Quatre jours, près de 1.500 visiteurs se laissent envoûter par 260 cérémonies agrémentées de films, d’expositions d’objets traditionnels et d’« expériences » spirituelles ou de soins conduites par les chamans dans l’intimité des tentes. Une machine bien huilée par les 85.000 € nécessaires au budget, que pilote le Cercle de Sagesse, association de loi 1901 ayant l’ambition « d’incarner le chamanisme en Europe.
Patrick Dacquay en est le père fondateur. Ce Breton définit le chamanisme comme « un projet politique, économique sous-tendu par une vision spirituelle du monde. Il regroupe des pratiques ancestrales préchrétiennes liées à la nature. Toutes nos valeurs sont basées sur l’échange égalitaire. » Le chamanisme s’appuie sur la notion de monde « visible », accessible à tous, et de monde « invisible », celui des esprits ou des ancêtres. Le chaman assume alors un rôle de passerelle entre ces deux dimensions, simple « facilitateur » d’un transfert d’énergies qu’il peut interpréter et orienter à des fins thérapeutiques.
Le mouvement se réfère volontiers à la physique quantique, et évoque des « fréquences, des vibrations, des ondulations » émanant du vivant comme du minéral. Les chamans savent de tout temps les écouter. « Les ressentir », disent-ils. Cela fonctionne-t-il ? Impossible, au sein du cercle sacré qui délimite l’endroit central du site, de débusquer quelqu’un qui en douterait...
Il est tentant d’apparenter le chamanisme à une religion, voire à une secte. Patrick Dacquay sait déjouer ce qu’il présente comme une profonde confusion : « Notre objectif premier, c’est l’anéantissement de l’ego. Un chaman est un homme ordinaire et solitaire. Nous nous plaçons en dehors de tout système, de toute hiérarchie, de toute religion. Dès qu’on rentre dans un système de croyance, on rentre dans un système de dépendance. »
En essor certain depuis vingt ans en Europe, le chamanisme surfe sur le mal-être accentué par la crise économique, et ce besoin généralisé de nouveaux horizons, d’un second souffle.
Certains charlatans s’en délectent. « C’est comme les champignons, il y en a des vénéneux et des bons. Il y a du ménage à faire », consent Patrick Dacquay. Mais à l’entendre, ces derniers n’avaient pas le droit de cité, ce week-end à Dole.
Willy GRAFF
Source : L’Est Républicain, 27 avril 2014,
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/04/27/bienvenue-a-chaman-land