jeudi 10 avril 2014

L'art-thérapie est en souffrance

Tout juste nommé ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Benoît Hamon doit se souvenir qu'il a naguère été prof associé et membre du Conseil d'administration de l'université Paris-VIII-Saint-Denis, héritière de la fac libertaire de Vincennes créée en plein Mai-68, et réputée l'une des plus créatives et ouvertes de France.
Or certains étudiants et enseignants de cette fac sont en ébullition, car ledit conseil d'administration (CA) de Paris-VIII a décidé, le 21 février, de supprimer froidement un diplôme universitaire d'art-thérapie créé en 2008. Une formation en pleine déconfiture : 222 candidatures pour 30 places ! L'un des diplômes les plus courus de la fac ! De plus en plus en vogue depuis quinze ans, l'art-thérapie permet de soigner par l'art les maladies de la psyché. Ce diplôme reconnu constitue un complément de formation tant pour les psys que pour les artistes intervenant à l'hôpital.
Mais rien n'y a fait, ni la mobilisation des étudiants, actuels et anciens, ni une pétition signée par plus de 800 professionnels, dont Boris Cyrulnik. Ni même le soutien constant du Conseil des études et de la vie universitaire (Cévu) de Paris-VIII, officiellement chargé de l'évaluation des cursus, qui a voté par trois fois à l'unanimité la reconduction de ce diplôme !
Tandis que le directeur de l'Institut d'enseignement à distance, chargé du diplôme, n'a jamais été auditionné par le CA, en violation de l'article 712-7 du Code de l'éducation...
Un des principaux reproches faits à cette formation : le flou sur ses responsables. Car sa fondatrice, Silke Schauder, enseignante à Paris-VIII de 1987 à 2013, a été élue l'an dernier professeure de psychologie clinique à Amiens. Elle s'est pourtant engagée clairement à continuer de codiriger le diplôme avec sa collègue restée sur place, Véronique Baqué, maître de conférences en arts plastiques à Paris-VIII. Un usage courant dans le monde académique...
Tout est parti d'un e-mail du 15 juillet 2013 annonçant la suppression du diplôme en plein été. Depuis, tout a été invoqué et passé au crible : le budget de ce diplôme obtenu en deux ans, son taux de réussite, la mise à jour des cours, leur volume horaire... Au bout de quatre mois d'attente, ses deux responsables ont été reçues, le 28 janvier, par la présidente de l'université, l'historienne Danielle Tartakowsky. Laquelle, lors du CA du 31 janvier, a d'ailleurs « reconnu [s]'être retrouvée à court d'arguments » pour justifier la suppression du diplôme !
Et donc ? Le couperet est tombé le 21 février, par 8 voix contre 7. En toute logique. Va- t-il falloir soigner ces membres du conseil d'administration en plein blocage par l'art-thérapie ? Ou saisir leur ex-collègue Hamon ?
D. F.
Source : Le Canard Enchaîné, 9 avril 2014

Note du CIPPAD : d’une façon générale, l’art-thérapie est étroitement liée aux théories développées par le psychanalyste Carl Jung et au controversé mouvement de Psychologie transpersonnelle qui s’appuie sur une récupération de ses travaux. La Commission d’enquête parlementaire sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé s’est étonnée, dans son rapport d’avril 2013, de l’existence de Diplômes Universitaires en art-thérapie dans certaines universités françaises.