lundi 14 avril 2014

L'Église catholique s'essaye au débat

Comment concilier le souci d'unité tout en respectant la diversité des communautés chrétiennes? Réunis en assemblée plénière, cette semaine à Lourdes, les évêques s'interrogent.
Commentaire
« Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père », si l'on en croit l'Évangile de Jean. Et plusieurs sons de cloche dans la famille catholique. Reste à éviter les fausses notes. Au cours de leurs travaux, cette semaine à Lourdes, les évêques ont notamment abordé la question, délicate, du dialogue au sein de l'Église.
La longue séquence du mariage pour tous a révélé (réveillé) des lignes de fracture parmi les catholiques français. L'incontestable mobilisation des opposants ne saurait masquer les divergences. Tous les fidèles ne partagent pas le point de vue des organisateurs de la Manif pour tous. Et nombre d'homosexuels catholiques et leur famille ont été blessés par certains de leurs propos.
Selon un sondage BVA pour Le Parisien, paru en février, 51 % des pratiquants occasionnels se déclarent favorables au mariage gay, et même 37 % des plus assidus à la messe dominicale. Au sein de l'épiscopat français, l'unanimité n'a pas été la règle : entre silences prudents et appels à manifester, entre déclarations tranchées et positions plus nuancées. Les plaies ouvertes par les divisions restent vives. De la base au sommet.
Plusieurs controverses
Partager une même foi ne garantit pas la sérénité des échanges en in- terne. Mgr Podvin, porte-parole de l'épiscopat, en convient, sur Radio Vatican : « Les catholiques ont un rôle à la fois de dialogue avec la société, de débat entre eux, parce que tout n'est pas limpide entre eux-mêmes. »
Plusieurs controverses récentes en témoignent. Comme l'annulation de la conférence de Fabienne Brugère, le 19 mars, devant les délégués de la pastorale familiale en formation. La philosophe est réputée proche des défenseurs des études de genre.
Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, a dû faire marche arrière, après une campagne de groupes intransigeants relayée sur Internet par des sites traditionalistes. Dominique Greiner, rédacteur en chef religieux de La Croix, a dénoncé « une reculade sous la pression d'une minorité érigée en police de la pensée ».
Dans ce contexte, les évêques ont tenu à jouer officiellement l'apaisement. En ouverture, leur chef de file, Mgr Pontier, a déploré que « le rapport de force » l'emporte sur « tout effort de réflexion, de confrontation, de conversion ». Du huis clos des discussions, peu a filtré. Mgr Podvin, tout en admettant que « les catholiques sont différents et peu vent avoir des vues différentes », a souligné qu'« il y a, ici à Lourdes, un épiscopat capable de débattre ». Et les fidèles?
François VERCELLETTO.
Source : Ouest-France, 12 avril 2014