mercredi 23 avril 2014

NICARAGUA - L'Eglise et le «socialiste» Ortega de concert contre l’avortement

« Nicaragua socialiste, solidaire et catholique.» De la place de la Victoire au rond-point Hugo-Chàvez, voire jusque dans les quartiers périphériques, les rues de la capitale sont pavoisées de ces affiches roses fluos à la gloire du président sandiniste Daniel Ortega. Si les Nicaraguayens nourrissent des doutes quant à «socialiste» et «solidaire», ils n'en ont guère à propos du qualificatif «catholique». Ici, l'ultraconservatrice Eglise, emmenée par le cardinal Obando Bravo, agit main dans la main avec les sandinistes au pouvoir. La Conférence épiscopale impose ses thèses à loisir et notamment, depuis 2008, l'interdiction de tout avortement, y compris lorsque la vie de la mère est enjeu. Le 25 mars (neuf mois symboliques après la fête des Saints Innocents), ils étaient des milliers dans les rues de Managua, catholiques et sandinistes au coude à coude, à célébrer «le droit des non-nés».
Pendant ce temps, le mouvement féministe écume de rage. A la tête d'une délégation qui s'est récemment déplacée à Genève pour porter l'affaire devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, Marta Maria Blandon évoque un mal qui tue silencieusement : «Le pouvoir pratique un black-out total sur l'avortement thérapeutique, alors on ne dispose d'aucune statistique.» Sans pouvoir les quantifier, les militantes nicaraguayennes parlent de centaines de femmes condamnées à garder des foetus issus de viols, atteints de malformations irrémédiables ou synonymes de mort certaine pour leurs génitrices. «Au mieux, vu qu'ils risquent des peines de prison, les médecins refusent net. Au pire, ils dénoncent, souligne l'avocate Juanita Jimenez. Si bien que beaucoup de femmes recourent seules aux méthodes les plus barbares, notamment un pesticide utilisé pour les haricots ! » D'après les féministes, environ 7000 femmes nécessitent chaque année un avortement thérapeutique; parmi elles, selon l'Institut de médecine légale de Managua, 85% seraient des adolescentes de milieux pauvres, le plus souvent violées par un parent.
Le zèle anti-avortement du président Daniel Ortega, qui modifia le code pénal en 2008, est perçu comme un mystère par les Nicaraguayens qui, selon une récente enquête, seraient favorables (à 78%) à un retour à la situation antérieure.
«Depuis notre indépendance, soit près de deux siècles, il y avait un statu quo pour autoriser l'avortement dans les cas extrêmes», s'étrangle l'activiste Sofia Monténégro. Pourquoi, alors, l'avoir brisé? «Lors des élections de 2006 [gagnées par les sandinistes, ndlr], afin d'engranger le maximum de suffrages catholiques, poursuit-elle, les Ortega se sont projetés comme une famille conservatrice modèle. Plus papistes que le pape. Et voilà le résultat ! ».
Par FRANÇOIS MUSSEAU

Source : Libération, 23 avril 2014

Note du CIPPAD : Le cardinal Obando Bravo est un fidèle de Tradition Famille Propriété, groupe considéré comme de nature sectaire en France. Obando Bravo écrit régulièrement dans la revue italienne de ce mouvement (Alleanza Cattolica), aux côtés de son responsable transalpin Massimo Introvigne, qui est également l'animateur du lobby pro-sectaire, le CESNUR (http://www.alleanzacattolica.org/fascicoli/indice127-128.htm).