mardi 29 avril 2014

Opus Dei - Polémiques au lycée catholique Gerson : le diocèse tente de calmer le jeu

Une partie des enseignants rencontrés lors de l'audit du diocèse de Paris estiment que le lycée sélectionnerait davantage ses élèves depuis quelques années. Leur origine sociale serait de plus en plus « homogène ».
La direction diocésaine de l'enseignement catholique de Paris a tenté d'apaiser les esprits échauffés du lycée catholique Gerson mardi soir en organisant une réunion interne longue de près de quatre heures à l'adresse du personnel et de la direction. La polémique reste néanmoins toujours aussi vivace depuis l'intervention controversée de l'association Alliance Vita lors d'une séance de catéchèse. Une intervention considérée «comme la goutte qui a fait déborder le vase» par la vingtaine d'enseignants -sur quatre- vingt- critiquant une direction d'établissement «trop rigide et trop conservatrice» à leurs yeux.
Si dans l’entourage de la direction de l’établissement, on affirme que « tout s’est bien passé », que « chacun a pu s’exprimer » et que le « dialogue était franc », le son de cloche est nettement moins positif du côté des «opposants» qui évoquent une «mascarade de dialogue» et «l'impossibilité de prendre la parole sans être coupé». Frédéric Gautier, le représentant de la direction diocésaine de l'enseignement catholique qui est venu présenter les résultats d'un audit réalisé à sa demande en janvier et février estime quant à lui avoir rencontré une communauté éducative «désireuse d'apaisement»: «Les conditions du dialogue étaient réunies», dit-il au Figaro.
«Une moins grande diversité dans le recrutement des élèves»
Une partie des enseignants rencontrés par la tutelle diocésaine lors de l'audit lui ont fait part de quatre craintes principales. Depuis quelques années, Gerson sélectionnerait davantage «sur le niveau des élèves». L'origine sociale et l'appartenance catholique de ces mêmes élèves seraient de plus en plus «homogènes», «peut-être trop», ont-ils indiqué. On assisterait aussi à une «moins grande diversité» dans le recrutement des enseignants. Enfin, le style de la Pastorale (Ndlr. La Catéchèse) proposée au sein de l'établissement tendrait vers une forme d'«uniformité». Autant d'évolutions qui ne correspondraient pas selon eux au projet d'origine, celui d'un «établissement d'ouverture». Pour Frédéric Gautier, ces craintes «restent à vérifier. Il faut laisser le temps au chef d'établissement d'y répondre. Gerson ne se contente pas de recevoir les catholiques pratiquants du 16ème arrondissement, loin de là. Et ce n'est évidemment pas un établissement que l'on peut soupçonner d'intégrisme comme certains médias ont pu l'avancer», insiste-t-il.
Concernant l'intervention d'Alliance Vita, l'autorité de tutelle a rappelé qu'il s'agissait d'une association «non suspecte en elle-même, ni intégriste, ni sectaire qui intervient sans aucune difficulté dans d'autres établissements catholiques». Frédéric Gautier a rappelé que ladite association avait porté plainte, démentant des propos attribués par une élève à deux de ses intervenantes sur Europe 1. Selon le témoignage de cette élève, ces intervenantes auraient assimilé l'avortement à un «homicide volontaire». Frédéric Gautier a par ailleurs rappelé que l'Opus Dei, organisation à laquelle appartiennent deux personnes de la direction, qualifiée de «conservatrice et influente au sein de l'établissement» par certains enseignants frondeurs était «reconnue par l'Eglise». «L'appartenance à l'Opus Dei n'est évidemment pas un motif d'exclusion de l'enseignement catholique», indique-t-il insistant sur le fait qu'il n'y a «aucun complot de l'Opus Dei a Gerson».
Le diocèse recommande davantage de dialogue

Pour ramener le calme, le diocèse a néanmoins recommandé plus de consultations dans les processus de décision, plus de dialogue entre la direction et les enseignants. Le chef d’établissement a quant à lui fait part de sa « colère » et de sa « tristesse » d’avoir été  « trainé dans la boue» dans la presse, le plus souvent de façon anonyme mais a affirmé qu'il «renouerait le dialogue». Une réunion pourrait être organisée en mai à l'adresse des parents d'élèves.
Plusieurs dizaines d'entre eux, passablement agacés, ont en effet attendu mardi soir à l'extérieur de l'établissement, sans pouvoir assister à la réunion organisée par le diocèse. Certains étaient venus soutenir le directeur, convaincus que le lycée était victime d'une cabale menée par des «laïcards gauchistes». Des banderoles de soutien à la direction ont même été affichées hier sur les murs. «Il n'y a aucun problème ici. Nos enfants y sont très heureux. Si l'esprit catho qui règne ici ne convient pas à certains, il sont libres de partir. Nous ne sommes pas dans un établissement public!», explique l'un d'eux au Figaro.
D'autres cherchaient à comprendre le pourquoi de cette atmosphère délétère: «Je suis catholique. Je ne suis pas favorable à l'avortement, ni au mariage homosexuel. Mais il y a façon et façon de dire les choses», explique Jean, un père d'élève, racontant qu'une des personnes chargées de la catéchèse aurait dit au sujet du mariage homosexuel et de l'adoption qui en découle: «Un homosexuel qui adopte des enfants, c'est comme un cul-de-jatte qui veut mettre des chaussures». «Je ne souhaite pas que mes enfants pré-adolescents entendent ce type de propos. Ce n'est pas respectueux.», estime-t-il. A ses côtés, une mère d'élève affirme avoir inscrit sa fille à Gerson «pour son ouverture, pas pour sa fermeture». Entre les différents groupes de parents et d'élèves, le ton a monté et les altercations ont été nombreuses ont rapporté 20 minutes, présent sur place ainsi que Le Parisien, selon qui la sortie des cours a viré au psychodrame.
Marie-Estelle Pech
Source : Le Figaro, 29 avril 2014,
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/04/29/01016-20140429ARTFIG00214-polemiques-au-lycee-catholique-gerson-le-diocese-tente-de-calmer-le-jeu.php