samedi 12 avril 2014

Rennes - Religion et internet : «Les gens attendent des sermons twittables»

FORUM DE RENNES Internet et les réseaux sociaux prennent chaque jour plus d'importance dans nos sociétés. Comment la religion appréhende-t-elle et s'approprie-t-elle ces technologies ? Trois spécialistes nous livrent leur analyse.
Delphine Horvilleux, Toureq Oubrou et Pierre Morel étaient présents ce vendredi au Forum Libé de Rennes pour débattre sur le thème «Quel avenir pour les religions ?»
• Delphine Horvilleux, rabbin au sein du Mouvement juif libéral de France :
«Aujourd’hui, l’essor des nouvelles technologies pose des questions fondamentalement religieuses. Il faut repenser la création des liens entre les êtres, se questionner sur la formation des communautés autour d’affiliations, qu’elles soient sérieuses ou non. Au sein du Mouvement juif libéral de France, on utilise de plus en plus les réseaux sociaux et on se pose sans cesse des questions sur leur utilisation. On se demande par exemple si on peut créer des communautés de prières sur Twitter ou s’il est possible de prier via Skype. Finalement, on cherche quelle place attribuer au virtuel dans la religion.»
• Toureq Oubrou, grand imam de Bordeaux :
«Avec les nouvelles technologies, on a l’impression d’être passé d’une communauté collective à une communauté connective. Le virtuel prend le pas sur le réel et cela se ressent sur notre exercice pastoral. Les gens attendent des sermons twittables. Pourtant, le virtuel n’est pas une conception fidèle du réel. C’est un objet de fascination qui se trouve loin du religieux et de l’interprétation des textes. Lorsqu’un prêtre, un rabbin ou un imam ne trouve pas de paroisse, il ouvre un site internet et devient un gourou. De même, l’intégrisme se développe beaucoup plus dans le monde virtuel que dans les mosquées. Aujourd’hui, on passe notre temps à réparer tout cela.»

• Pierre Morel, créateur de l’Observatoire du pluralisme des cultures et des religions Pharos :
«Lorsqu’on a créé l’Observatoire Pharos, nous nous sommes inscrits dans une démarche transconvictions regroupant les croyants de toutes confessions et les laïcs dans le but de traiter ensemble de la question des minorités et de celle de la liberté de croyance. A ce moment, on a directement pensé utiliser internet pour sensibiliser et informer les gens. Nous considérons que si internet peut propager des incendies, nous devons faire en sorte qu’il puisse aussi les éteindre. Mais pour autant, on ne peut que remarquer la mutation des rapports entre les hommes due aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux. Par exemple, alors qu’avant les gens tendaient les mains pour toucher physiquement les gens, aujourd’hui, ils tendent leurs téléphones pour prendre des photos.»
Lila Haffaf, étudiante en journalisme à l'IEP de Rennes
Source : Libération, 11 avril 2014