mercredi 30 avril 2014

Soufisme - La Turquie veut mettre la main sur le prédicateur Fethullah Gülen

Au soir de sa large victoire aux élections municipales, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, l'avait promis : il allait « régler ses comptes » avec ses ennemis. Un mois plus tard, l'offensive est lancée. M. Erdogan a annoncé mardi 29 avril que son gouvernement allait entamer une procédure pour obtenir l'extradition des Etats- Unis de son ex-allié le prédicateur Fethullah Gülen, accusé par le pouvoir d'être au cœur de la crise politique qui agite la Turquie depuis 2013.
Agé de 72 ans, M. Gülen s'est exilé en 1999 en Pennsylvanie, sur la côte est des Etats-Unis, afin échapper aux poursuites de la justice turque pour activités anti laïques — des charges dont il a été acquitté en 2008. C'est de là que cet imam dirige le puissant mouvement socio religieux de la confrérie Gülen.
Secte musulmane, lobby socioreligieux, cette organisation revendique plusieurs millions de sympathisants dans le monde entier et se montre très influente dans la police et la magistrature turque. La confrérie fonctionne sur un puissant réseau d'écoles qui diffusent la culture turque à travers le monde, soutenu par des chaînes de télévision et le quotidien le plus vendu de Turquie, Zaman. Libéral, Fethullah Gülen prône en même temps la foi islamique et l'esprit du capitalisme.
Bien qu'elle s'en défende, la confrérie, née dans les années 1970, prospère depuis vingt ans dans les coulisses du pouvoir. Officiellement apolitique, elle est soupçonnée d'avoir infiltré la bureaucratie turque, de contrôler la police et une partie de l'appareil judiciaire. Au moment de sa réélection en 2011, Erdogan avait reçu l'appui décisif de ce puissant lobby. Leur alliance depuis dix ans repose sur une opposition commune à l'armée turque et à l'appareil bureaucratique que tient l'intelligentsia kémaliste. Mais lors des manifestations qu'a connues la Turquie en 2013, la confrérie a pris ses distances, désapprouvant la répression menée par le gouvernement.
« PLUS GROS SCANDALE DE L'HISTOIRE DE LA TURQUIE »
Les hostilités entre le gouvernement et la confrérie se sont fortement aggravées en décembre, lorsque le chef du gouvernement a accusé le mouvement de M. Gülen d'être à l'origine du vaste coup de filet anti-corruption qui a menacé le régime. Menée par le procureur d'Istanbul, Zekerya Öz, réputé proche des réseaux « gülenistes », cette opération concernait des ventes illégales d'or de Turquie vers l'Iran, mais aussi des malversations et des irrégularités commises lors d'appels d'offres publics immobiliers. Cette opération, qualifiée de « plus gros scandale de l'histoire de la Turquie » par l'opposition, a abouti le 25 décembre à la démission de plusieurs ministres, obligeant M. Erdogan a un vaste remaniement.
A la suite de cette opération, le premier ministre lui-même a été compromis dans un enregistrement téléphonique — non authentifié — dans lequel il demanderait à son fils de faire disparaître plusieurs millions d'euros et de dollars dissimulés chez des proches. Le premier ministre a alors dénoncé « un montage immoral et totalement faux », et mis en cause la confrérie.
Malgré les protestations de Fethullah Gülen, qui a démenti tout complot, le pouvoir turc a lancé une offensive contre la confrérie. Le gouvernement a déclenché une purge des appareils policier et judiciaire. En deux mois, quelque 6 000 policiers, dont près de 2 000 à Ankara, ont été sanctionnés, notamment pour avoir « outrepassé leurs pouvoirs », selon le décompte de la presse turque.
M. Erdogan espère désormais que l'administration américaine s'engage à extrader M. Gülen. « Ils devraient au moins le déporter » vers la Turquie, a-t-il insisté dans un entretien diffusé lundi soir sur la chaîne de télévision américaine PBS
Source : Le Monde avec AFP, 29 avril 2014,
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/29/erdogan-veut-obtenir-l-extradition-de-gulen-son-ex-allie-des-etats-unis_4409143_3214.html