samedi 31 mai 2014

Bordeaux - Près de 300 personnes ont défilé, chanté et joué hier dans le centre ville.

La bonne nouvelle. L'Évangile. Et parce que la nouvelle est bonne, il faut chanter, danser sans oublier de dire ce qui est bien ou mal, hein. La bonne nouvelle, c'est que Jésus est vivant, que Jésus libère, pardonne, m'aime, vit. Foi de tee-shirts portés par bon nombre de participants à la marche évangélique, inspiré d'un protestantisme made in USA, hier après-midi, au fil d'une boucle partant de la Victoire et passant par Pey-Berland, Gambetta et la place de la Comédie.
Derrière le camion-podium tonitruant sur lequel musiciens et choristes partent en live, un cortège de 300 personnes maximum.
Toutes les générations y sont, toutes les origines aussi.
« Je viens du Congo », raconte Justin, près de 43 ans, venu avec sa femme et ses deux enfants. « Nous sommes évangéliques depuis plusieurs générations. Je viens pour montrer la joie que procurent Jésus et Dieu. »
Quelques mètres plus loin, la luxuriante Rita pousse elle aussi un long cri de joie quand la procession s'ébranle aux premiers accords du Martin (Luther) Circus. « Dans tous les moments de la vie, qu'ils soient gais ou tragiques, nous cherchons toujours le positif. Jésus est en nous, avec nous. » Et que dire aux victimes de la misère, des injustices, de la faim, de la guerre ? « Il faut leur pardonner car ils ne savent pas que Jésus est là. » Ben ouais.
Après « Dieu est la source de ma joie », « Nous annonçons le Roi », « Hosanna » ou encore « Sauve avec puissance » sont entonnés par des fidèles de plus en plus fervents, de plus en plus exubérants. Une quinzaine de chants rythmeront ainsi la balade mystique. À Pey-Berland, un slameur met Jésus dans la place, rappelant que de nombreux jeunes fréquentent la vingtaine d'églises évangéliques sur l'agglomération.
« Pendant ce temps-là, ils ne sont pas au bistrot », raille un Bordelais qui sent bon le fagot. C'est bien le problème : sous la joie et les couleurs, on entend une interprétation ultra-rigide de la Bible, où le sexe, à l'instar du tabac, de la drogue et de l'alcool sont les maux absolus. Le doute aussi.
« J'ai eu la conviction du péché », dit de sa voix douce Séverine Paolin, opticienne à Cenon. Et de raconter son voyage en Israël il y a trois ans pour elle, la catholique pratiquante. « J'y suis allée avec des Juifs messianiques et des évangéliques. Lors d'une prière dans la Chambre haute à Jérusalem (NDLR : le Cénacle), j'ai senti fléchir mes genoux, et éclaté en sanglots. » Quelques jours plus tard, elle se fait baptiser dans le Jourdain. Depuis qu'elle fréquente le temple de l'avenue de la République à Bordeaux, elle dit avoir trouvé « plus de fraternité, de solidarité et de spiritualité » que dans l'église catholique, même si le nouveau pape lui semble plus « proche de la Bible » que ses prédécesseurs.
Derrière Séverine, un jeune homme arbore un costume d'un jaune oriental qui pique aux yeux : Erick est venu d'Indonésie avec trois autres fidèles dont Budon, le pasteur. « Nous habitons un pays musulman mais notre religion monte en puissance », dit-il. « Nous sommes venus partager avec vous l'amour de Jésus. » Comme à Lille, Nantes, Montpellier et Strasbourg aujourd'hui.
Yannick Delneste
Source : Sud Ouest, 26 mai 2014,
http://www.sudouest.fr/2014/05/25/la-ferveur-parade-1565541-2780.php