dimanche 4 mai 2014

Brest - Médecine. L'homéopathie est entrée en faculté

Les médecines alternatives font leur entrée à la faculté de médecine de Brest. Une décision du doyen, le Pr Christian Berthou qui a suscité quelques grincements de dents. Après la création du diplôme universitaire d'homéopathie, il sera question d'hypnose à la rentrée prochaine.
Paradoxe, les tubes de granules homéopathiques sont présents dans de nombreuses boîtes à pharmacie familiales, mais la discipline n'est quasiment pas enseignée dans les facultés de médecine de l'Hexagone. Un sondage, réalisé par les laboratoires Boiron, en janvier 2012, auprès de 1.005 personnes, a donné les résultats suivants : 56 % des sondés déclarent utiliser des médicaments homéopathiques, dont 36 % régulièrement et 16 % très régulièrement. Pourtant, on retrouve des diplômes universitaires (DU) d'homéopathie dans les facultés de pharmacie mais, en faculté de médecine, c'est encore l'exception. « Je me suis posé la question : la formation à l'homéopathie est-elle une nécessité ou une valeur ajoutée ? En fait, c'est à la fois l'un et l'autre. Un médecin installé est toujours confronté à la question : qu'est-ce que vous en pensez ? Comme il n'a eu aucune information sur le sujet en formation initiale, il ne peut que réagir avec son manque de connaissance, soit en disant "je n'en sais rien", soit en stigmatisant. Il faut en parler en formation initiale », explique le doyen de la faculté de médecine, le professeur Christian Berthou.
Inventée en 1796
L'homéopathie a été inventée par un médecin allemand, Samuel Hahnemann, en 1796. Le principe est d'analyser les symptômes du patient et de le soigner, en lui administrant une substance végétale, minérale ou animale qui provoque des symptômes semblables chez un sujet sain. C'est le principe de similitude. Mais cette substance est diluée en quantité infinitésimale et déposée sur des billes de sucre pour être administrée au patient. Pour ceux qui n'y voient que des billes de sucre, la nouvelle de la création du diplôme universitaire et de l'ouverture, pour les étudiants, d'une option Médecines alternatives et complémentaires n'est pas bien passée. « J'ai reçu deux mails d'insultes ». A contrario, la nouvelle a certainement fait plaisir à ces étudiants en médecine qui ont été soignés depuis leur enfance par homéopathie. « La médecine homéopathique est une valeur ajoutée, parce que la pratique de cette médecine nécessite une attention particulière au patient. Les médecins homéopathes prescrivent moins d'examens complémentaires, moins d'hospitalisations et l'homéopathie provoque moins d'effets indésirables et des soins moins coûteux. L'homéopathe est un clinicien à l'oeil particulièrement aiguisé, plus empathique et plus éducatif. Il favorise l'autonomie du malade et sa meilleure adhésion aux traitements », estime encore le professeur Christian Berthou.
Moins d'étudiants intéressés que de médecins
Mais le doyen le reconnaît, la pratique homéopathique a aussi ses faiblesses. « Il n'y a pas de recherche. J'espère que ce que nous faisons donnera l'envie à ceux qui seront formés de démontrer les effets bénéfiques. Il y a beaucoup de choses à valider en homéopathie et nous sommes prêts à le faire ». Si le diplôme universitaire a fait le plein avec 31 participants (une vingtaine de médecins, deux pharmaciens, trois sages-femmes, un dentiste et deux infirmières), ce n'est pas le cas de l'option Médecines alternatives (homéopathie, acupuncture...), ouverte aux étudiants, qui n'a attiré qu'une quinzaine d'entre eux de quatrième et de cinquième années, sur plus de 300 étudiants. « Je pense qu'à ce stade des études, ils sont focalisés sur l'examen classant national de fin de sixième année. L'étudiant de deuxième cycle est pragmatique », conclut-il.
Docteur Xavier Le Gregam médecin homéopathe et formateur
« Ma pratique comprend 85 % d'homéopathie pure. Pour 5 % des patients, j'associe homéo et allopathie et il y a 10 % des patients pour lesquels j'ai recours uniquement à l'allopathie, soit parce que leur maladie l'impose, soit parce qu'ils ont grillé leur capacité à réagir à l'homéopathie, pour différentes raisons qui peuvent être liées à l'hygiène de vie », indique le Dr Xavier Le Gregam, médecin homéopathe, installé depuis 35 ans. Une pratique qui a débuté peu après la reprise du cabinet d'un confrère qui avait pour habitude de noter beaucoup de choses après chaque consultation. Pas un mot pourtant sur ces médecines alternatives durant ses études mais il s'y était déjà intéressé à titre personnel. « Durant mon service, j'avais côtoyé des médecins militaires qui se soignaient beaucoup grâce à l'ostéopathie. À Brest, le courant est bien passé avec un confrère homéopathe, qui m'a parlé du centre d'enseignement et de documentation (CEDH), à Paris, et j'y suis allé me former. Je ne voulais pas revoir les patients régulièrement pour les mêmes choses. Je trouvais ennuyeux d'imaginer faire ça pendant 40 ans. Il me fallait autre chose ».
Un symptôme enfin entendu
Un an après son installation, le voici devenu homéopathe, en s'appuyant sur sa formation classique et la mine d'or des notes prises par le confrère auquel il avait succédé. « Un symptôme souvent évoqué, jamais traité par un médecin et enfin entendu, c'est important pour le patient. L'homéopathie est une thérapie réactive qui fonctionne à tous les âges. On voit beaucoup d'enfants. Grâce à l'homéopathie, ils font moins de rhinopharyngites, d'otites ou de bronchiolites ». Mais il reconnaît : « Tout ne peut pas se soigner par l'homéopathie, entre autres septicémies, infarctus ou les troubles du rythme cardiaque ». Passionné, le médecin est logiquement devenu formateur, pendant une douzaine d'années au CDEH, avant de faire une pause. Sollicité par le Dr Anne-Marie Le Berre, coresponsable pédagogique du DU créé à Brest, il collabore désormais aux enseignements. A-t-il rencontré parfois des réactions hostiles de confrères ? « Pas vraiment. En tout cas, pas devant moi. Mais il m'est arrivé de faire accepter un traitement homéopathique à un collègue au départ très dubitatif et de soigner aussi sa famille ».
Hypnose : une enseignante recrutée
À la rentrée 2014, si la commission de l'UBO donne son feu vert, un diplôme interuniversitaire d'hypnose ? avec Dijon ? devrait être créé au sein de la faculté de médecine de Brest. Une vingtaine de places seront ouvertes. Actuellement, ces formations, qui intéressent de nombreux soignants, sont assurées par des instituts privés. Lolita Mercadier, psychologue clinicienne, musicothérapeute et formatrice en hypnose, a travaillé avec Antoine Bioy, à l'Institut français d'hypnose, et vient d'être recrutée comme attachée temporaire d'enseignement et de recherche par la faculté de médecine de Brest. « Mon intérêt pour l'hypnose a débuté par une première expérience chez un psychologue. J'avais 16 ans. J'ai voulu comprendre comment cela fonctionnait. Le grand public n'a souvent que l'image de l'hypnotiseur en spectacle », avance Lolita Mercadier qui s'est formée à cette technique, dès ses 22 ans.
État de conscience modifié
Il y a cinq ans, c'était encore tabou mais, depuis un an, cela explose dans le milieu médical. L'hypnose est un état de conscience modifié. « C'est un état dans lequel on peut se retrouver soi-même quotidiennement. Par exemple, lorsque l'on rentre chez soi en voiture, en pensant à autre chose tout en conduisant. L'hypnose est utile pour traiter les douleurs chroniques ou aiguës, pour aider un patient à gérer son stress ou son anxiété ».
« Un partenariat »
Lolita Mercadier assure des formations dans toute la France et intervient ponctuellement auprès de patients à domicile ou avant une opération. « Il y a plein de façons de faire de l'hypnose, mais c'est un partenariat, un pas de deux. Il faut accepter de lâcher prise. La personne doit donner son accord. On suggère au patient de penser à un moment agréable. Ensuite, le cerveau s'active, comme si la personne y était vraiment. Cela a été montré par l'imagerie médicale. Le cerveau sait stopper le message de la douleur. Et les applications de l'hypnose pourraient être encore plus larges ».
Catherine Le Guen
Source : Le Télégramme, 11 avril 2014,

Note du CIPPAD : à l’heure où une  méta-analyse récente, faite à la demande du l'Institut national de la santé et de la recherche médicale d'Australie, montre une nouvelle fois une absence d'effets de l’homéopathie, et où, de la même façon, une seconde méta-analyse, également indépendante, s’interroge sur l’efficacité de l’hypnose dans la prévention de la douleur en chirurgie, les choix du doyen de la faculté de médecine de Brest pourraient surprendre.

D’autant, qu’en 2013 un rapport parlementaire du Sénat fait au nom de la Commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé s’interroge sur l’existence de certains « DU » (diplômes mis en place localement par les universités sans évaluation par le ministère de tutelle). Notamment au sujet de ceux dispensant des enseignements en hypnose ericksonienne, discipline promue par l’Institut Français d’Hypnose, organisme auprès duquel l’intervenante brestoise s’est formée.

 

- Méta-analyse concernant l’hypnose :