jeudi 29 mai 2014

Gard : le psychiatre "ne concevait pas de thérapie sans sexe"

Devant la cour d'assises du Gard, les relations et les victimes du psychiatre de Sauve l'ont présenté comme un gourou. Le verdict du procès est attendu ce mercredi soir.
Ce mercredi, les jurés du Gard vont devoir se prononcer sur les agissements coupables de Bernard Calamy. Des attouchements sexuels, comme l’ancien psychiatre de Sauve l’a toujours prétendu, ou des viols, comme les trois parties civiles le soutiennent depuis le début de l’instruction, en 2009.
"Il m’a assuré que j’étais en dépression parce que j’étais frigide" dit une victime
Elles avaient 9, 10 ou 20 ans quand elles ont été victimes de sévices sexuels de la part de celui qui est aujourd’hui âgé de 76 ans. À la barre, des témoins ont présenté l’accusé comme un gourou manipulateur et sectaire qui embrigadait, formatait les jeunes femmes fragiles sur lesquelles il avait jeté son dévolu. Au travers d’une thérapie très particulière, il conjuguait la psychanalyse et le yoga.
"Il m’a assuré que j’étais en dépression parce que j’étais frigide et qu’il voulait travailler ma sexualité. Il disait qu’il devait récupérer l’énergie vitale qu’il dépensait pendant les soins. On lui en était redevable. En fait, il ne concevait pas de thérapie sans sexe. Je croyais que c’était mon sauveur. J’étais sous influence. Il a abusé de moi comme de tant d’autres." C’est quand elle a appris que des enfants étaient également victimes que la plaignante a décidé de dénoncer les faits.
"J’ai cédé à la tentation" dit l'accusé
Endossant tantôt le costume de psychiatre et tantôt celui de vieillard fatigué et cardiaque, Bernard Calamy cantonne ses réponses à la présidente Perrin et aux parties, à celles qu’il avait concédées lors de l’instruction.
Avec les fillettes, il reconnaît des caresses superficielles qu’il qualifie de dérapages sur des victimes plus âgées qu’elles. "J’ai cédé à la tentation. Je n’ai pas de motif verbalisateur, explicable, raisonnable à vous fournir", répète l’ancien psychiatre.
"Si j’avais pris en considération mon propre plaisir, les soins n’auraient pas marché" dit l’accusé
À propos de la victime adulte, l’accusé prétend : "Si j’avais pris en considération mon propre plaisir, les soins n’auraient pas marché." Son chignon si savamment échafaudé la veille dégringole en petites nattes rigides en même temps que ses explications s’effondrent dans de pléthoriques sophismes. Les porte-paroles des parties civiles s’insurgent : "Il n’a pas fait un seul jour de détention... Pour lui, c’est une banalité d’éveiller les enfants à la sexualité."
Me Florence de Prato dénonce la mythomanie de celui dont elle s’attache à écorner la brillante réputation. "Il a redoublé trois fois la première année de médecine et est devenu intermittent psychiatre à 34 ans." Dans le box, Bernard Calamy somnole.
Après les réquisitions et les plaidoiries de la défense, verdict ce mercredi soir.
DOMYNIQUE AZÉMA
Source : Midi Libre, 28 mai 2014,
http://www.midilibre.fr/2014/05/28/il-ne-concevait-pas-de-therapie-sans-sexe,866848.php