jeudi 29 mai 2014

Gard : les séances très particulières du psychiatre de Sauve à la barre

Sur sa filleule de 9 ans ou sur ses jeunes patientes l'ancien psychiatre de Sauve admet des attouchements. Pas de viols.
Énigmatique accusé que cet ancien psychiatre de 76 ans qui cultive les préceptes peace and love et affiche une image désuète de soixante-huitard. Le slogan “Il est interdit d’interdire” a cependant des limites que Bernard Calamy est soupçonné d’avoir franchies par des agressions sexuelles et viols sur des mineurs et une adulte vulnérable.
L'accusé admet des "caresses thérapeutiques... ou éducatives"
Lundi, devant la cour d’assises de Gard à Nîmes, le septuagénaire, résidant à Sauve, ne conteste qu’en partie les faits qui lui sont reprochés, rejetant les viols, mais admettant des "caresses thérapeutiques... ou éducatives". Barbe fleurie, longs cheveux blonds remontés en chignon, il est présenté par ses amis comme une référence de la psychiatrie parisienne. Dans les années 70 et 80, il s’imposait dans le domaine de l’addictologie. À l’époque, il avait fait l’objet de plaintes pour attouchements et viols sur mineurs ou personnes vulnérables qui n’ont pas abouti.
Un père magistrat, un grand-père avocat, une famille d’industriels et de notables provinciaux... "Des puritains catholiques qui lui ont inculqué une éducation rigide avec des carences affectives", note l’enquêtrice de personnalité qui souligne une vie sentimentale chaotique.
Décrit comme un gourou
À l’expert psychiatre, Bernard Calamy a admis avoir "dérapé" avec sa filleule de 9 ans. "Mais il n’a pas eu l’impression de lui nuire. Il explique qu’au Cambodge (d’où est originaire l’enfant, NDLR), à 10 ans, on a déjà une sexualité..." Précurseur de l’anti-psychiatrie (c’est la société qui fabrique la maladie, NDLR), longtemps président national de Narcotiques anonymes, le septuagénaire est décrit par certains comme un gourou qui choisissait ses proies selon le même profil. "Des personnes en détresse, jeunes, sveltes et faibles..." constate le policier Stéphane Coutant.
"S’il fallait en passer par là pour aller mieux, on l’acceptait..." Une victime
Les victimes, entendues à huis clos à leur demande, ont renouvelé leurs accusations. Alors qu’il était à la retraite, il continuait à suivre des personnes fragiles, notamment lors de cours de yoga à Durfort. Des séances très particulières où le maître avait des rapports sexuels avec ses élèves. À la barre, l’une d’elles modère ses propos. "Je ne m’en suis jamais plainte. Il ne m’a jamais violée." À l’époque, celle qui est devenue institutrice admettait : "S’il fallait en passer par là pour aller mieux, on l’acceptait..." Une autre, qui n’a pas cédé à ses pressions, reconnaît qu’il avait une très forte emprise sur ses patientes. "En fait, il fallait qu’elles aient des rapports pour être soignées."
Ce mardi, c’est l’accusé qui donnera sa version des faits
DOMYNIQUE AZÉMA
Source: Midi Libre, 27 mai 2014,
http://www.midilibre.fr/2014/05/27/les-seances-tres-particulieres-du-psychiatre-de-sauve-a-la-barre,866252.php