samedi 10 mai 2014

Intégrisme musical - Offenbach sorti de l'église

Le diocèse n'a pas souhaité que le Galop infernal de Jacques Offenbach figure au répertoire
 de la Lyre jarzéenne lors de son concert de printemps en l'église de Corzé. Négociations en coulisse.
Martine VAILLANT-PROT avec la correspondante
martine.vaillant@courrier-ouest.com
En surface tout semblait rouler comme des tambours. Le 5e concert de printemps, donné dans l'église de Corzé, a déroulé son programme International et éclectique devant des mélomanes satisfaits. Pourtant, les négociations menées en coulisse ont « fuité » jusqu'à agacer des habitants. Parmi eux, Régine Samson n'y va pas avec le dos de la cuillère : « Offenbach censuré par l'église », titre-t-elle dans un courrier de protestation. Elle n'apprécie pas qu'un morceau ait été retiré à la demande de l'évêché.
« Pourquoi le censeur du diocèse s'est-il montré si peu mélomane et pas du tout musicologue ? Est-ce à cause de la religion d'Offenbach ? Ou bien n'apprécie-t-il cette parodie de la mythologie grecque ? Ou encore a-t-il cru que le morceau serait accompagné de French-Cancan ? La salve est virulente.
Le public présent dans l'église ne s'est rendu compte de rien. « Les musiciens amateurs de la Lyre Jarzéenne, accompagnés pour l'occasion par ses collègues baugeois, cléfois et noyantais, ont été chaleureusement applaudis », raconte le président de l'association, Jean-Albert Marchaison.
Accorder les choix artistiques au lieu de culte
Le chef, Benoît Sarélot, avait choisi des morceaux qui transportaient le public à travers le monde en Italie, en Irlande, aux Caraïbes, en Allemagne, au Pirée ou au Pays Basque avec l'inévitable « Vlno Griégo ». Tout ce petit mondé a même été félicité par Marc Bérardi, le nouveau président de la communauté de communes du Loir, partenaire de l'événement.
Il a salué « le travail des Instrumentistes qui se déplacent chaque année dans des lieux différents du territoire » Lui a « découvert le problème le soir du concert ». Il y voit « une prudence excessive » de la part du diocèse. Le maire de Corzé, Jean-Philippe Guilleux, explique que « c'est la commune qui a mis une salle à disposition des organisateurs, en l'occurrence un lieu de culte ». Charge aux organisateurs du concert de transmettre au représentant ecclésiastique la liste des titres qui seront interprétés.
 « Une charte existe et s'Impose à tous 'es demandeurs qui veulent se produire dans les églises », rappelle Christophe Lefebvre, délégué épiscopal information et communication laïc en mission ecclésiale. Chant, musique arts plastiques et autres expositions sont ainsi contrôlés par le délégué de I’évêque à la culture, afin de s'assurer que le propos artistique « ne s'oppose pas au caractère particulier du lieu de prière».
Le diocèse a émis des réserves pour
le Galop infernal d'Offenbach « un mois avant la représentation ». « Dans une volonté de dialogue, une solution a été trouvée », poursuit le diocèse.
Morceau retiré
«  L'Harmonie n'a pas été émue plus que ça », reconnaît le président de la Lyre jarzéenne. « Les programmes n'avaient pas encore été imprimés, nous avons simplement retiré le morceau. Les musiciens aspirent à jouer, pas à créer des problèmes ».
Dans un passé récent, le French-Cançan avait déjà été joué dans des églises. « il fait partie de la culture musicale populaire », poursuit Jean-Albert Marchaison. « Jusque-là, les prêtres nous faisaient confiance ».Cette fois, le jeune curé de Corzé, François Gourdon, s'en est référé aux autorités ecclésiastiques. Ses doutes ont eu raison d'Offenbach.
Source : Le Courrier de L’Ouest, Angers, 10 mai 2014
Note du CIPPAD : La position affirmée du diocèse d’Angers a récemment été remarquée avec l'invitation du conférencier Tugdual Derville, délégué général de l'association Alliance VITA et porte-parole de La Manif pour tous. Militant proche également des Légionnaires du Christ et du mouvement intégriste de nature sectaire Tradition Famille Propriété, qui de son côté pétitionne pour obtenir l’annulation du Hellfest Festival de Clisson, deuxième festival français par sa fréquentation après Les Veilles Charrues
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