vendredi 23 mai 2014

Lot - Tribunal correctionnel de Cahors : un magnétiseur condamné pour abus de faiblesse et interdit d’exercer à vie !

Interdit d’exercer sa profession à vie suite à une condamnation du Tribunal Correctionnel de Cahors

Était-ce le procès d’un homme qui se déroulait lundi 12 mai devant le Tribunal Correctionnel de Cahors ou le procès des médecines parallèles ? Xavier* 58 ans, domicilié dans le Quercy Blanc, exerçant la profession de magnétiseur radiesthésiste comparaissait pour exercice illégal de la profession de médecin, escroquerie faite au préjudice d’une personne vulnérable et exécution d’un travail dissimulé.

Chasse aux sorcières ou charlatanisme ?

« De tous temps il y aura des personnes comme Xavier. Autrefois on les appelait des sorciers, aujourd’hui on est tenté de les appeler des charlatans ! » Maître Gonelle, avocat de la partie civile débutait sa plaidoirie par ces mots chocs, laissant entrevoir un procès pour charlatanisme. Côté défense, Maître Soulem abordait sa plaidoirie en usant des ressorts de l’absurde. « Nous assistons en 2014 à un procès de sorcellerie ! Alors ou les magnétiseurs sont autorisés dans ce pays ou on les interdit définitivement. »

Tout au long de l’audience, qui aura duré près de quatre heures, le prévenu n’aura de cesse de nier en bloc. « Je n’ai jamais prétendu être médecin et je n’ai jamais rien promis aux gens. Je ne fais qu’écouter et faire de la reformulation active », explique le prévenu.

Reformulation active. Un terme qui sera repris par le Tribunal, s’interrogeant sur ce concept. La question soulevée est bien de savoir si le prévenu s’autorisait à diagnostiquer des pathologies et à pronostiquer des guérisons ou s’il ne faisait que reprendre les diagnostics établis au préalable par des médecins. Xavier s’explique : « c’est-à-dire avoir de l’empathie pour les gens, prendre leur phrase et dire oui vous avez raison ».

À l’origine de l’affaire, une plainte déposée par un couple pour faits d’escroquerie commis pendant l’hiver 2008 – 2009. S’adressant au prévenu, la présidente du Tribunal, Mme Almendros rappelle : « ils expliquent que vous leurs avez fait croire que vous étiez en mesure de guérir leur fille, Marie, âgée de 7 ans et victime d’une tumeur au cervelet dont elle décédera le 24 février 2009 ». Présents dans la salle, les parents témoigneront à la barre. « Il a dit à ma fille, en face : tu es guérie. Tu peux dire à tes parents que l’année prochaine tu peux reprendre l’école ». L’espoir suscité chez cette petite fille a été immense. Opérée déjà trois fois de cette tumeur, la petite fille rencontre le magnétiseur la veille de sa 4e opération. L’espoir fou d’une guérison miracle sème le doute chez la maman, accablée par la maladie invasive de sa fille. « Il m’a dit qu’il avait séché la tumeur de ma fille et que ça ne servait à rien de l’emmener à Bordeaux pour l’opération », déclare la mère. De la même façon, il préconise l’arrêt de son traitement qui « lui empoisonne le sang », selon les termes rapportés par la mère. « Elle était à 80 mg de cortisone   administrée uniquement pour la soulager puisqu’il n’y avait plus rien à faire ». Malgré le doute induit par le magnétiseur, les parents n’arrêteront pas le traitement et conduiront bien leur fille se faire opérer une 4e fois. Pourtant, la mère demande le soir avant l’intervention qu’on procède à un IRM et sur les conseils du magnétiseur, explique que c’est son instinct maternel qui lui fait dire que la tumeur a séché. « Les médecins ont cru que je devenais folle », précise-t-elle visiblement très émue par la tenue de ce procès.

D’autres victimes seront évoquées par le procureur de la République, Mme Bérangère Lacan. Une mère dont son fils, Adrien, 15 ans, a succombé à une leucémie foudroyante rapporte des faits similaires. Représentée par une avocate, cette maman n’aura pas le courage de revivre encore une fois ces moments très difficiles devant le Tribunal. « Aujourd’hui elle se dit que Xavier lui a pris les derniers moments de la vie de son fils. On ne lui reproche pas la mort d’Adrien mais d’avoir profité de la détresse pour leur faire croire à une guérison. Elle culpabilise de l’avoir cru et de ne pas avoir pu bien accompagner son fils sereinement ».

Mentionnant la charte du guérisseur où il est stipulé qu’un magnétiseur « doit s’interdire toute promesse illusoire de guérison », le Ministère public appuie le chef d’accusation principal, à savoir l’exercice illégal de la profession de médecin. « Xavier est allé au-delà en promettant à toutes ces victimes et aux enfants qu’il allait les guérir ».

Il demandait des sourires

Quel intérêt si ce n’est financier, ou à des fins publicitaires avait Xavier à manipuler des personnes en situation de faiblesse ? « Il n’y a pas de tarif chez moi. Bien souvent quand on me demande qu’est ce que je vous dois je réponds votre sourire » explique Xavier. Passés au peigne fin par le Tribunal, les comptes de Xavier sèment le doute. Déclaré auprès de l’URSSAF depuis février 2005 en tant que travailleur non salarié comme magnétiseur radiesthésiste, Xavier est accusé d’avoir dissimulé certains de ses revenus. « Vous avez déclaré entre 5600 et 6000 euros de revenus par ans au titre de cette activité », précise Mme Almendros, présidente du Tribunal. Des sommes pointées du doigt par la cour comme incompatibles avec le volume d’activité que Xavier prétend avoir, soit une dizaine de patients par jour du mardi au samedi.

Lors d’une garde à vue, Xavier admet avoir dissimulé tous les revenus perçus en espèces et n’avoir déclaré que les chèques. Il reviendra sur cette déclaration, expliquant que c’est sous la pression de la garde à vue qu’il a fait cette fausse déclaration. Propriétaire de plusieurs biens immobiliers, de voitures de collection, de liquidités en banque, Xavier aura bien du mal à justifier un train de vie visiblement au-dessus de ses revenus de magnétiseurs.

Après trois quarts d’heure de suspension d’audience, le verdict tombe. Xavier est déclaré coupable de tous les chefs d’accusation et écope de 8 mois d’emprisonnement assorti de sursis et de 10 000 euros d’amendes avec 5 000 euros de sursis. Il lui est interdit d’exercer sa profession de magnétiseur définitivement et il est condamné à reverser à chacun des parents de Marie, 5 000 euros de dommage au titre de préjudice moral et 3 000 euros au frère de Marie, mineur pendant les faits. Xavier a dix jours à compter de la date du jugement pour faire appel.

*Tous les prénoms ont été changés

Sophie Aymard

Source : La Vie Quercynoise, 23 mai 2014,
http://www.laviequercynoise.fr/tribunal-correctionnel-de-cahors-un-magnetiseur-condamne-pour-abus-de-faiblesse-et-interdit-dexercer-a-vie-83079.html