mercredi 7 mai 2014

Méditation de Pleine Conscience - Le yoga ne sauvera pas les banquiers de la City

A lire le Financial Times, la City est en proie à une « révolution tranquille ». Il ne s'agit pas d'une limitation volontaire des bonus ou d'un accès de générosité philanthropique. La bible des milieux d'affaires met en exergue le nombre croissant de professionnels de la première place financière européenne qui se tournent vers le yoga et la méditation. Sur les rives de la Tamise, le courant psychothérapeutique mindfulness – « en pleine conscience » – fait recette.
L'aide de ces thérapies douces sur les opérateurs ne peut être que bénéfique. A l'heure de l'efficacité et du rendement, le surmenage guette. En ces temps de réduction du personnel et d'alourdissement du fardeau réglementaire, les longues heures de travail augmentent dangereusement l'épuisement et le stress. Yoga et méditation permettent de combattre le syndrome de souffrance au travail. L'environnement financier, concurrentiel, individualiste, éphémère et peu compassionnel laisse pas mal de bleus aux âmes.
Par ailleurs, cette cassure dans un horaire d'enfer permet aux banquiers, avocats, comptables ou autres consultants de mieux se concentrer, de prendre un peu de recul. Ces bienfaits ne peuvent que doper la productivité. De surcroît, pareille pratique permet d'échapper momentanément à son rôle professionnel. Coupés du réel par la technologie et les communications électroniques, les professionnels remettent ainsi les pieds sur terre, ce dont ne peut que profiter l'entreprise.
SUICIDES ET CONGÉS MALADIE
L'article à la « une » du Financial Times met du baume au cœur des réformistes qui s'efforcent de changer la culture d'entreprise brutale et le train d'enfer de la City. En effet, il y a urgence à réagir au vu de plusieurs tragédies récentes qui ont coûté la vie à plusieurs banquiers. Depuis le début de l'année, deux financiers se sont suicidés. Le décès, en août 2013, d'un stagiaire de 21 ans chez Bank of America Merrill Lynch à Londres a défrayé la chronique.
C'est aussi le cas de la démission d'Hector Sants, l'ancien régulateur redevenu banquier, qui a claqué la porte de la Barclays après seulement un an à la tête du contrôle des risques. En novembre 2011, épuisé par les efforts déployés, Antonio Horta-Osorio, le patron du Lloyds Banking Group, a été contraint de prendre un repos forcé de deux mois après avoir « craqué ». « Etre leader, c'est être seul. J'étais incapable de recharger mes batteries », a-t-il confié à propos de cet accident dû visiblement au surmenage. Selon une étude de l'association d'aide City Mental Health, les congés maladie coûtent annuellement 26 milliards de livres (31 milliards d'euros) à l'économie britannique.
L'engouement pour le bien-être au travail s'inscrit également dans la remise en cause par certains du veau d'or, conséquence de la crise de 2008. La religion a retrouvé la cote, sous la houlette notamment de l'archevêque de Canterbury, Mgr Justin Welby, ancien cadre de l'industrie pétrolière, qui ne cesse de rappeler les exigences inconfortables de l'Evangile : « Nul ne peut servir deux maîtres... Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent » (saint Matthieu, 6,24). Cette quête d'une mission socialement acceptable explique l'accueil triomphal dans la City de la version anglaise du livre de Thomas Piketty sur la croissance des inégalités.
MÉDITER, UN AVEU DE FAIBLESSE
Mais l'exercice a ses limites. Malgré son succès, le mindfulness cadre mal avec la culture financière, même revue et corrigée par la crise. Méditer est toujours un aveu de faiblesse dans cet environnement viril et ultracompétitif. L'image de l'adepte du yoga reste associée à une philosophie baba cool à des années-lumière de l'image sérieuse et battante qu'entend projeter le sanctuaire du capitalisme financier.
Fatigué ? Visiblement, ils n'ont jamais lu le mot dans un dictionnaire, les stakhanovistes de la course contre la montre et des voyages incessants, de séminaires en présentations. A quoi bon prendre des vacances si c'est pour vérifier frénétiquement ses e-mails ou participer à des audioconférences interminables ?
Car les salles de marché londoniennes restent une Cocotte-Minute guidée par la tradition américaine du travail à l'extrême. Une étude de la revue Sociological Quarterly montre que, même quand ils changent de métier, les hommes et les femmes de la City reproduisent leurs mauvaises habitudes dans leur nouvel environnement professionnel.
L'ARGENT RESTE LE MOTEUR
Et malgré la limitation des bonus, au demeurant compensée par l'augmentation du salaire fixe, l'argent reste le moteur des métiers de la finance. Dans ce secteur, où les acteurs sont interchangeables, devenir riche, c'est « être ». L'objectif n'est pas d'égaler la rémunération du PDG mais de se placer coûte que coûte au-dessus de ses pairs. Hier comme aujourd'hui...
Enfin, malgré la mauvaise réputation de la City, les meilleurs éléments continuent de rêver d'être recrutés par l'une des grandes banques du sérail. En 2013, Goldman Sachs a reçu 17 000 candidatures pour 300 postes d'analystes juniors.
Malmenés par la crise, les jeunes diplômés sont davantage motivés par l'obtention d'un emploi stimulant et bien rémunéré que par l'équilibre entre vie professionnelle et privée. Quoi qu'en dise le FT, l'ère du banquier contemplatif n'est pas pour demain.

Par Marc Roche (Londres, correspondant) 
Source : Le Monde, 7 mai 2014,
http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/07/le-yoga-ne-sauvera-pas-les-banquiers-de-la-city_4412645_3232.html

Note du CIPPAD : il convient de rappeler que la méditation de Pleine Conscience ou Mindfulness n’est qu’une adaptation de la méditation Vipassana de S.N. Goenka. Il s’agit d’une forme de méditation par le vide, basée sur l’écoute de sa respiration. L’association américaine International Cultic Studies Assocation rapporte des témoignages troublants concernant la méditation Vipassana.