vendredi 30 mai 2014

Méditation de Pleine Conscience: une question pour le design ?

Grâce - ou à cause - de Google, la méditation de pleine conscience perce dans les entreprises. Reste à trouver comment en initier la pratique. Une question pour le design ?
Autant l’avouer tout de suite. C’est ma participation à un dîner de presse, soi-disant en silence, pour découvrir la méditation en pleine conscience, qui est à l’origine de ce billet. Ces dîners sont organisés depuis un an par Coco Brac de la Perrière pour des particuliers ou, plus récemment pour des managers d’entreprises (un grand laboratoire pharmaceutique se serait récemment plié à l’exercice). Et un grand dîner "Silence & Mindfulness" de 300 personnes est programmé le 30 juin à Electric, lieu d’événement parisien designé par Mathieu Lehanneur. Le menu sera élaboré par le chef Thierry Marx.
Au mieux, les convives risquent d’être un peu désorientés, voire déstabilisés. Mais sûrement un peu déçus. Ceux qui goûtent déjà à la pleine conscience repartiront sûrement avec le sentiment d’avoir été trompés. Voir floués. En tout cas, je doute que le "design" du dîner permette à quiconque de s’initier aux bienfaits de la méditation en pleine conscience (prise de recul, appréciation du temps présent, créativité accrue...). Car la "coach" du dîner tente de faire entrer dans deux heures trente de discours, de chants lyriques (avec deux vraies chanteuses talentueuses), de scènes de théâtres ou de bruits de dîners, tous les exercices de méditations en pleine conscience possibles (dégustation en conscience, méditation, écoute, respiration consciente...) sans laisser un seul instant aux convives le temps de les pratiquer vraiment. La peur de les laisser réellement seuls avec eux-mêmes ? Car de silence, vous l’aurez compris, les convives n’en auront pas un instant. Par "dîner en silence" il faut comprendre dîner sans paroles pour les convives ! Certes, une expérience de groupe originale. Mais impossible de trouver son silence intérieur (il paraît que c’est pourtant le vrai objectif du dîner !)... dans un tel brouhaha !
Pourtant, l’idée d’utiliser un dîner gastronomique pour initier à la méditation en pleine conscience (à ne pas confondre avec la méditation transcendantale, sectaire, chère à David Lynch et qui ferait sortir de soi !) est séduisante. Ne serait-ce que pour apprendre (ou réapprendre) à déguster des mets en pleine conscience du travail, de l’énergie et de la créativité qu’il a fallu pour faire arriver ces aliments, transformés et magnifiés devant le convive et en apprécier toutes les couleurs, saveurs... Pleinement, sans être dérangé par le babillage de son voisin ou ses préoccupations personnelles. Mais le concept nécessiterait sûrement d’être retravaillé. Et pourquoi pas par un designer ?
Car ne s’improvise pas gourou professionnel de la méditation qui veut. Toutes les entreprises ou organisation ne vont pas trouver leur Chade-Meng Tan, qui semble-t-il a réussi à imposer quelques minutes de médiation en pleine conscience avant chaque réunion chez Google. Faire entrer cette pratique (qui demande un long apprentissage et un bon guide !) dans une organisation, en commençant par exemple par un dîner d’initiation, est affaire personnelle, mais aussi de parcours, d’usage, d’objectif et de moyens... et d’objectifs. De communication et de scénario, aussi. De design en somme. Qui pour y réfléchir ?
Aurélie Barbaux
Source : L’Usine Nouvelle, 28 mai 2014,
http://www.usinenouvelle.com/article/la-meditation-une-question-pour-le-design.N265365

Note du CIPPAD : De très nombreuses vertus sont alléguées  à la Méditation de Pleine Conscience, tant d’un point de vue médical que sociétal. Il convient de conserver une certaine prudence dans les effets d’annonces. En effet, une méta-analyse récente concernant la Méditation de Pleine conscience et des méditations utilisant des mantra, réalisée par l’Agence de santé américaine (AHRQ) en partant de 18 753 publications, incluant 47 essais cliniques avec 3 515 personnes, conclue à une évidence insuffisamment étayée d’un possible effet de la Méditation de Pleine conscience sur l’amélioration des états anxieux et dépressifs, pratiquée en l’absence de groupes contrôles. La Méditation de Pleine conscience, lorsque elle est comparée à l’effet des traitements conventionnels ou à des contrôles appropriés, ne montrent aucun effet supérieur à ces derniers.
De plus, il n’a pas pu être mis en évidence d’effets positifs de la Méditation de Pleine conscience sur une amélioration de l’humeur, l’attention, l’addiction à des substances (alcool, cigarettes, etc.), les habitudes alimentaires, la qualité du sommeil ou la surcharge pondérale.

Référence: Meditation Programs for Psychological Stress and Well-Being, Heffective Health Care Program, comparative Effectiveness Review, number 124, January 2014, Agency for Healthcare Research and Quality U.S. Department of Health and Human Services 540 Gaither Road Rockville, MD 20850 , www.ahrq.gov.