lundi 16 juin 2014

Genève - Baptême «Feng Shui» pour le bonheur d'une banque, quai des Bergues

La cérémonie a été dirigée par Jacques Rosset qui a bénit deux lions. HSBC n'est pas le seul établissement à souffrir de l'agonie du secret bancaire.
La scène fut impressionnante, selon un témoin. Pour inaugurer son nouvel immeuble du Quai des Bergues, la banque HSBC a fait appel à un consultant «Feng Shui» et organise une cérémonie de bénédiction en l'honneur des deux lions gardant le nouvel immeuble de sa banque privée, situé au Quai des Bergues, à Genève.
Fallait-il, par cette mise en scène peu banale, éloigner les mauvais esprits qui semblent s'acharner sur l'établissement anglo-saxon? Régulièrement épinglée dans des affaires de blanchiment d'argent sale, l'établissement serait, selon Le Monde de mercredi dernier, sur le point d'être mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale (Lire ci-contre et notre édition du week-end).
Des «messages de bienveillance » ont été déposés, aux pieds des Lions, par les principaux dirigeants de la banque, Peter Boyles (CEO, Global Private Banking) et Franco Morra (CEO de HSBC Private Bank (Suisse) SA). La cérémonie a été dirigée par Jacques Rosset, consultant Feng Shui. Vêtu d une toge blanche, il a notamment agité une clochette sous le nez d'un des lions. Des coffrets en bois contenant des pièces de monnaie «vin» argentées et dorées ont également été déposés.
Objectif global de la cérémonie? "Améliorer la qualité du cadre de travail et le bien-être de l'ensemble des usagers». Et ils seront nombreux sur place: 650 collaborateurs, selon la banque.
Perdant cependant du terrain par rapport à ses concurrents dans le domaine de la gestion de fortune, la banque maigrit de manière importante sur le plan local. Il y a trois ans, elle occupait 1540 personnes à Genève, contre 1482 aujourd'hui, pour l'ensemble de la Suisse (avec Zurich et le Tessin). Ces pensées positives pourront-elles éloigner les juges français et les procureurs américains? L'avenir le dira.
HSBC n'est pas le seul établissement à souffrir de l'agonie du secret bancaire. La plupart des banques de la place se préparent à affronter des mois voire des années difficiles, mais non dépourvues d'opportunités. Une consolidation du secteur - qui a déjà commencé - est incontournable.
Formateur en gestion du stress, Denis Inkei a observé des comportements notablement différents depuis cinq ans. En 2009, après l'éclatement de l'affaire UBS, dirigeants, cadres et employés de banque faisaient front. Ils exprimaient leur colère. «Aujourd'hui, après avoir recueilli un millier de témoignages, je suis frappé par l'inhibition et l'anxiété qui habitent Les professionnels de la branche». Les responsables des ressources humaines ont fort à faire pour gérer des situations humaines difficiles. En période d'incertitudes, personne n'ose bouger. Alors, dans ce climat ambiant, la cérémonie initiée chez HSBC sert peut-être de catharsis.
Des affaires en cascade depuis 2008
Mardi dernier, au moment où les dirigeants de HSBC participaient à la cérémonie de «Feng Shui», ils étaient loin d'imaginer qu'au même instant, à Paris, deux journalistes du Monde écrivaient un article annonçant pratiquement la mise en examen de leur établissement pour blanchiment de fraude fiscale. L'enquête des juges est liée à la transmission d'une liste sensible par un ex-informaticien de HSBC Genève.
C'est en décembre 2008 qu'Hervé Falciani remet aux autorités françaises des documents où figurent 3000 noms de contribuables soupçonnés d'avoir fraude le fisc. Cette affaire n'est pas la seule qui éclabousse la banque. En février 2008, un homme d'affaires syrien est accusé de corruption par les Etats-Unis. Par La suite, des documents prouvent que son trust est géré par la filiale genevoise de HSBC.
Le géant anglo-saxon est ensuite mis sous pression par la justice américaine pour divers cas de complicité de blanchiment au profit de cartels mexicains de la drogue et de terroristes. En décembre 2012, HSBC doit payer une amende de 1,9 milliard de dollars. La banque doit aussi s'expliquer sur ses liens avec Meyer Elmaleb. un gérant de fortune mêlé à un vaste trafic de cannabis dans des banlieues françaises, ainsi qu'avec les avoirs du clan Ben Ali, l'ex-président de la Tunisie.
HSBC est apparue dans le paysage bancaire en mai 1999 rachetant la Republic National Bank au banquier Edmond Safra, mort assassiné sept mois plus tard à Monaco. HSBC n'a voulu commenter aucun de ces cas.
Par Roland Rossier
Source : Tribune de Genève, 15 juin 2014,
http://www.tdg.ch/economie/argentfinances/Bapteme-Feng-Shui-pour-le-bonheur-d-une-banque-quai-des-Bergues-/story/24709477