lundi 2 juin 2014

HÔTELLERIE - Le boycott de la charia, ça, c'est palace !

L'instauration de la loi islamique par le sultan de Brunei, propriétaire du Meurice, mobilise.
C’est la panique au Meurice. Situé près des Tuileries, l'hôtel de luxe parisien fait les frais de l'appel au boycott contre les établissements du groupe Dorchester, propriété du sultan du Brunei, Hassanal Bolkiah. Le monarque, actionnaire principal via son fonds souverain, a annoncé, fin avril, l'entrée en vigueur progressive de la charia dans son pays. Au programme : amputation pour les voleurs, flagellation pour les consommateurs d'alcool ou les femmes qui se font avorter, lapidation pour les criminels.
People. De quoi interpeller les habitués qui promettent de ne plus remettre les pieds dans ces palaces. Ces riches «indignés» auraient déjà fait perdre 2 millions d'euros de chiffre d'affaires au seul hôtel Beverly Hills, aux Etats- Unis, selon François Delahaye, le directeur général de Dorchester, qui répondait à France 24. A Paris, où le groupe possède deux hôtels, le Plaza Athénée - fermé pour travaux- et le Meurice, la perte n'est pas chiffrée, mais le directeur évoque des centaines de réservations annulées.
Sur la Toile, les people rivalisent de messages consternés. Le groupe de luxe Kering et son PDG François-Henri Pinault - également président de la fondation Kering contre les violences faites aux femmes - ont ainsi réaffirmé samedi leur boycott pour protester contre les «mesures attentatoires à dignité humaine». Aux Etats-Unis, Anna Wintour, la patronne du Vogue américain, a juré que les hôtels Dorchester seraient «désertés au profit de la concurrence» lors des Fashion Weeks à venir. A Londres, le milliardaire Richard Branson est également monté au créneau. Autre appui plus inattendu, Karel De Gucht, le commissaire européen au Commerce, a fait part vendredi, sur Twitter, de son soutien à «la campagne de sensibilisation».
Salariés. «Stupéfait», François Delahaye, le directeur de Dorchester, s'indigne de cet «acharnement» qui, jure- t-il, pourrait nuire à l'emploi. «Les personnes qui vont être affectées par ce boycott, ce sont les 3 500 salariés du groupe, certainement pas le sultan», menace-t-il. Les syndicats craignent eux aussi que les employés soient les victimes collatérales de ce règlement de comptes. «En voulant s'attaquer au sultan, il ne faudrait pas mettre les salariés en danger. Ils ne sont pas responsables de tout cela», confie Didier Del Rey de la CGT.
AMANDINE CAILHOL
Source : Libération 2 juin 2014