lundi 23 juin 2014

La Coupe du monde au service du prosélytisme religieux

REPORTAGE - Evangéliques, juifs, Témoins de Jéhovah, Hare Krishnas, toutes les religions se retrouvent autour des stades du Mondial...
De notre correspondant à Rio de Janeiro
Les abords du Maracanã un jour de match, c’est la Cour des miracles. Ce dimanche, à l’occasion de Belgique-Russie, les choses ont quelque peu changé. Depuis l’invasion du stade par des supporters chiliens sans billets mercredi avant Espagne-Chili, il faut montrer son sésame pour franchir le large périmètre de sécurité et approcher l’enceinte de près. Ce qui a repoussé un peu plus loin tous les «intrus», notamment les vendeurs de tickets, bibelots et... religion.
A côté du premier des trois cordons de police fermant une rue proche du Maracanã, une équipe de jeunes vêtus de t-shirts rappelant le maillot du Brésil (tous siglés John 3.16 dans le dos) distribuent des éventails sur lesquels sont inscrits des extraits de la Bible. «Nous sommes là pour parler d’une chose très importante à tout le monde: notre relation et expérience avec Dieu», indique Jonathan, jeune missionnaire argentin de l’Eglise baptiste «povo novo» («peuple neuf»). «Nous voulons toucher les gens qui ne connaissent pas encore Jésus car il peut changer notre vie et faire de grandes choses», ajoute-t-il.
«Beaucoup de gens nous demandent des places»
En pleine croissance au Brésil, les églises évangéliques ne s’y sont pas trompées: la Coupe du monde et son flot de supporters du monde entier sont une excellente occasion de faire leur promotion et de tenter, éventuellement, d’attirer quelques brebis égarées en leur sein. «Il y a plein de monde ici et on en profite, cela donne beaucoup plus d’opportunité de parler de Dieu aux gens», confirme Jonathan. Cependant, malgré leur jeunesse, leur dynamisme et leurs outils marketing, ces missionnaires modernes peinent à arrêter des supporters impatients de rentrer dans le «Beaucoup de gens nous demandent des places, surtout les Argentins, alors on leur répond que nous avons seulement des tickets pour le ciel et ils sont gratuits», s’amuse Jonathan, habile porte-parole de sa cause. Lui-même grand amateur de football, il sait qu’il y a beaucoup d’âmes supportrices à sauver, surtout les plus violentes. «Mais notre responsabilité à nous, c’est de leur parler, le reste du travail, c’est à l’esprit saint de le faire», conclut-il.
«Dieu est brésilien»
On ne voit plus les stands des Témoins de Jéovah qui sont là d’habitude, mais à deux pas, des membres du mouvement Hare Krishna donnent un petit concert. Eux non plus ne peuvent plus s’introduire aux portes du Maracanã. Un seul religieux a réussi à s’y glisser. Il s’agit d’Efraim, du mouvement juif Chabad. «Un ami m’a donné un billet alors j’ai pu rentrer», sourit-il malicieusement. Avec son jeune fils, ils se tiennent au milieu de l’une des esplanades du stade, brandissant un drapeau avec des inscriptions religieuses en hébreu et distribuant des cartes mentionnant les «sept lois universelles».
Eux aussi sont là pour «apporter la parole de Dieu» aux supporters et louent le saint-patron Fifa de leur offrir toute cette foule à conquérir: «La Coupe du monde est un événement d’union et de paix, c’est un excellent moment pour en parler, il y a plein de monde, de touristes». S’il y a bien une compétition sportive, point de compétition religieuse entre les différents prosélytes. «Non, nous ne sommes pas des concurrents, moi je m’occupe des juifs et les évangéliques des chrétiens, et je ne cherche à convertir personne», rassure Efraim qui n’a lui non plus affaire à aucun rejet vindicatif: «Au contraire, les supporters demandent à être pris en photo avec nous». Sauf peut-être les Argentins, aficionados les plus difficiles à aborder. Pourquoi? «Dieu est brésilien», rappelle un jeune missionnaire évangélique.
Corentin Chauvel
Source : 20 Minutes, 23 juin 2014,
http://www.20minutes.fr/article/1408098/ynews1408098?xtor=RSS-176